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LANGUE ANGLAISE

à l'autre, permettent de prévoir pour un avenir peu éloigné un nombre double et triple d'hommes ayant pour idiome commun celui qui se parle maintenant dans les ports de Liverpool, de New-York, de Sydney, de Caleutta. L'anglais est beaucoup plus favorisé dans sa puissance d'extension que le français, le russe ou même l'espagnol, car il possède trois grands centres d'où il se répand sur le monde. Les États-Unis et nne partie du Canada propagent l'anglais aussi bien que la mère patrie; l'Australie enseigne également cet idiome aux races de l'Océanie; peut-être pourraiton compter en outre les colonies de l'Afrique du Sud comme un quatrième centre d'où l'anglais gagnera de proche en proche sur les Boers, les Cafres et autres populations méridionales du continent. Le monde habitable se trouve assiégé, pour ainsi dire, par l'Angleterre et par son génie. L'espagnol n'a que deux centres d'expansion, la péninsule Ibérique et l'Amérique du Sud, et jusqu’à maintenant il ne possède pas une force de rayonnement considérable, à cause de l’infériorité commerciale des nations qui le parlent. Quant au français, si apprécié par toutes les nations policées comme intermédiaire commun des sciences, des arts, des relations sociales, il n’a d'autre foyer que la France elle-même, augmentée de l'AIgérie, car les Antilles et les provinces canadiennes de langue française n'ont pas assez d'importance pour que leur action dans l'équilibre général se fasse sentir au loin.

L'anglais se trouve done sans rival pour la rapidité avec laquelle il étend son domaine. D'ailleurs il possède l'avantage capital d’appartenir en même temps à deux groupes de langues : au groupe germanique par l’origine première, le tour d'esprit, la construction des phrases ; au groupe latin par la multitude des mots du langage usuel, relatifs à la science, aux arts, à l’industrie, à la politique, aux dignités, aux fonctions sociales : tel article de journal, telle description technique ne renferme guère d’autres mots de souche anglo-saxonne que les verbes auxiliaires, les prépositions et les conjonctions ; mais, suivant le sujet qu'ils ont à traiter, les bons écrivains savent marier les mots de provenance diverse, comme des ouvriers tissant les fils dans une étoffe de couleurs mélangées. Tandis que le français ne pourrait servir facilement de langue commune qu'aux populations de l'Europe latinisée et aux personnes instruites de tout le continent, l'anglais, grâce à sa double trame, ne présente pas plus de difficultés aux Portugais qu'aux Scandinaves, aux Roumains qu'aux Allemands; il ne reste langue absolument étrangère que pour les Slaves, qui préfèrent encore en grande majorité se servir du français ou de l'allemand pour converser avec des Euro-

péens occidentaux; mais, dans ces derniers temps, les Slaves, eux aussi, [LE 46

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