‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 200 sur 552 · D RE TS RE · texte numérisé non relu

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302 NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, profitant de la facilité toute particulière qu’ils ont à s’assimiler les idiomes étrangers, s'adonnent de plus en plus à l'étude de l'anglais.

Outre les avantages spéciaux que lui donnent lubiquité de ceux qui

le parlent et son trésor de mots synonymes, — chaque terme d'origine

tudesque ayant son correspondant de provenances latine, — cet idiome a les plus précieuses qualités pour devenir une langue générale ; il se distingue surtout par la simplicité de la grammaire, par la brièveté des mots et des phrases. Au point de vue des mots, de leurs flexions, de leur groupement, il n'est pas de langage qui soit plus mutilé, plus détérioré que l'anglais; mais l'altération phonétique n’a-t-elle pas aidé l'émancipation de la pensée, n'a-t-elle pas favorisé les progrès de l’homme dans la voie de l'abstraction‘? Aussi des écrivains anglais se félicitent-ils d’avoir délivré leur langue d'un « système suranné de flexions » et ne regrettent-ils nullement de la voir ressembler par certains côtés aux dialectes agglutinants, par d’autres aux langages monosyllabiques *. Tel est chez les Anglais le besoin de s'exprimer rapidement, que dans l'usage ordinaire un grand nombre de mots trop longs pour eux ont été, contre toute étymologie, réduits à une seule syllabe, celle du commencement ou de la fin, et que mème l'emploi de simples lettres initiales pour les noms propres et les litres est fréquent dans la conversation. « Quelle langue expressive et prompte, à dit Ampère, que celle où dog veut dire « suivre quelqu'un à la trace, comme un chien suit sa proie », et où, dans l’usage familier, cut a le mème sens que la longue périphrase : « sembler ne pas reconnaître quelqu'un pour rompre une fâcheuse connaissance ». Toute langue poétique est intraduisible, mais c'est de l'anglais surtout qu'on peut le dire : l’idiome de Shakespeare , de Shelley, de Swinburne, est d’une telle richesse, d’une si grande puissance, d’une précision si rigoureuse, d’un pittoresque si achevé, qu'il est vraiment impossible de le rendre; on ne peut qu’essayer d’en donner une idée générale par des mots et des tournures de sens rapproché, mais la force ne s’y retrouve plus ; on dirait un corps auquel le squelette viendrait à manquer. Depuis trois siècles, le français s’est malheureusement, et surtout par la faute des « gens de goût », privé d’une multitude de mots qui font image, il a repoussé comme grossiers les termes les plus expressifs usités dans les diverses provinces, et il n'a guère, comme l'anglais, la ressource de frapper des adjectifs qui sont tout un tableau.

Toutefois le parler ordinaire des Anglais est loin d’être agréable aux étrangers : il leur paraît pauvre en voyelles distinctes, sourd, inégal,

! Michel Bréal, Mélanges de Mythologie et de Linguistique.

# Sweet, Language and thought; — Élie Reclus, Ethnography, Encyclopedia Britannica,

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