PROFONDEURS DE L'ATLANTIQUE BORÉAL
l'Islande aux Färôer est d'origine voleanique et que les forces souterraines ont contribué à partager les saux de l'Atlantique boréal en deux bassins séparés, Quant au plateau de Rockall, il ne se relie aux Hébrides que par un seuil d'environ 1500 mètres, La profondeur moyenne de tout le bassin ortental qui s'étend de l'Islande à la Norvège, et que M. Mohn propose d'appeler mer Norvégienne’, est aussi de 1500 mètres, soit environ la troisième partie de l'épaisseur approximative des eaux océaniques sur la Terre. Cepeniant au centre de cette mer la sonde a trouvé 5405 mètres.
Autrefois un grand nombre de géographes, guidés par des indices trompeurs, admettaient comme probable l'opinion que l'Océan boréal diminue graduellement en profondeur vers le pôle; mais l'exploration suédoise de 1868 à démontré que cette idée préconçue était complétement erronée, À 500 kilomètres environ à l'ouest du Spitzherg, la sonde à trouvé le fond à 4856 mètres seulement : jeté dans cet abîme, le mont Blanc lui-même n'arriverait pas à la surface de l'eau. La mesure prise le plus avant vers le nord, dans la mer de Parry, est de 2500 mètres, En ISIS déjà, le grand navigateur polaire Scoresby avait jeté la sonde entre Spitberg et Jan Mayen sans trouver le fond à 2150 mètres. Ainsi, du côté du nord, aussi bien que dans la direction du sud, l'Atlantique européen est limité par des gouffres profonds. Les glaces polaires qui, sous forme de banquises et de montagnes flottantes, s'avancent plus ou moins vers le sud, suivant les alternatives des saisons, constituent aussi pour les mers d'Europe une ligne de séparation naturelle. C'est un phénomène remarquable que le fond de l'Océan présente dans son relief des traits analogues à ceux des continents voisins, Si les eaux s'abaissaient de 2000 mètres, de manière à révéler la forme du lit marin, on verrait surgir entre l'Europe et le Grünland deux péninsules se dirigeant vers le sud comme la Scandinavie, l'Ibérie, l'talie, la Grèce. Ni une autre couche liquide de 2000 mètres venail à disparaître, une très-grande presqu'île, découpée en de nombreuses ramifications secondaires et se prolongeant aussi vers le sud, se montrerait au-dessus des flots à l'est des mers de Terre-Neuve; enfin le seuil qui sépare les deux gouffres océaniques de l'occident et de l'orient formerait un isthme rattachant aux terres du nord une péninsule d'énormes dimen-
sions s'orientant également dans la direction du nord au sud, jusqu'au delà des Açores. D'après d'anciennes légendes, que les cartes marines recueiliaient jadis comme des faits certains, une de ces presqu'iles immergées, dont la sonde suit aujourd'hui les contours, aurait été visible au-dessous
* Miltheilungen von Petermann, janvier 1878,
des flots lorsque les premiers navigateurs se hasardèrent dans ces parages. Cette terre disparue portait mème un nom : c'était la « Terre Noyée de Buss ». D'après de l'Isle et quelques géographes du siècle dernier, c'est là que se serait trouvée cette île de Finlandia découverte à la fin du quatorzième siècle par les frères vénitiens Zeno, et cherchée vainement depuis par les navigateurs.
Les mouvements qui s'accomplissent dans la masse des eaux de l'Atlantique boréal ont, comme ceux de toutes les autres mers, une multiple origine; mais ils se distinguent par leur amplitude et la variété de leurs écarts, Nulle part on n'a mieux étudié ces phénomènes de l'Océan, mais nulle part non plus ils ne s'entremélent d'une manière aussi étrange. Beaucoup de problèmes restent à élucider dans l'étude de ces mouvements, car la connaissance des courants superficiels ne suffit pas; il faut suivre aussi par la pensée tous les contre-courants cachés, observer la température changeante et la salinité des eaux dans toute leur épaisseur.
Grâce à sa périodicité journalière, la marche normale des marées dans les mers et les golfes de l'Europe boréale est beaucoup mieux connue que celle des courants. La grande vague de flux qui se propage du sud au nord dans la vallée centrale de l'Atlantique, en frappant à heure égale les côtes opposées de l’ancien monde et du nouveau, se divise naturellement en trois vagues distinctes, dès qu'elle est arrivée au carrefour de détroits, au sudouest des îles Britanniques. La vague principale continue de se diriger vers le nord, le long des côtes occidentales de l'Irlande, tandis que deux vagues secondaires pénètrent, l’une dans la mer de Saint-George, l’autre dans la Manche. Mais le flux de marée qui contourne l'Irlande à l’ouest trouve aussi une autre porte marine ouverte devant lui : il pénètre, par le détroit du nord, entre l'Angleterre et l'Irlande et vient se rencontrer avec la vague entrée par la porte du sud, Autour de la Grande-Bretagne, le choc des marées se fait d'une manière analogue : le flot qui, après avoir fait le tour de l'Écosse, ondule du nord au sud le long des côtes orientales de l’Angleterre, se heurte dans le voisinage du Pas de Calais contre la vague venue par le chemin beaucoup plus court de la Manche. Seulement cette marche des intumescences de marée varie constamment suivant la position de la lune et du soleil, la force et la direction des vents, les variations infinies de l'atmosphère; on ne peut en donner que la moyenne. Les hydrographes anglais, Whewell, Airy, Beechey, Scott Russell, d’autres encore, ont tracé sur les cartes marines les lignes « isorachiques » où « cotidales » des