ANGLESEY, GALLOIS
les prêtres d'outre-mer, même ceux des Gaules. On montre encore, presque en face de Caernarvon, de l’autre côté du détroit, des ruines qui ont peulêtre remplacé des constructions plus anciennes et auxquelles on donne les noms de Terr Drew et de Terr Beirdd, c’est-à-dire de « Hameau des Druides » et de « Hameau des Bardes'»; mais tout le pays de Galles est encore un temple, non de la religion des druides, mais de cultes antérieurs, et partout se voient des picrres (caer ou caern), des fontaines ou des ruines rappelant quelque miracle d'autrefois ou les hauts faits mythiques des aïeux Cymry. Dans ces souvenirs de la vieille Galles, la légende chrétienne se mêle à la fable païenne et la continue : le mythe est le même; il s’est perpétué de siècle en siècle, en s’accommodant peu à peu au milieu nouveau. Les mégalithes, nombreux dans le pays de Galles comme dans la Bretagne française, y sont aussi des monuments respectés, devant lesquels le Gallois d'aujourd'hui sent qu'il est le descendant d’une race antique : chacune de ces pierres porte le nom d’un héros. C’est ainsi que le grand dolmen situé dans la péninsule de Gower, à l'ouest de Swansea, est devenu «la roche d'Arthur », le roi légendaire qui représente l’ancienne nationalité galloise. A Caerleon, près de Newport, une enceinte ovale, que les gradins du pourtour, révélés par les fouilles, ont fait reconnaitre pour un amphithéâtre romain, est aux yeux du peuple la « table d'Arthur », la fameuse « table ronde » où s’asseyaient les chevaliers au retour de leurs pèlerinages et de leurs expéditions. Non loin de Caermarthen, qui fut longtemps la capitale des Gallois, se voit une grotte où la fée Viviane emprisonna l’enchanteur Merlin. Ailleurs, à la base du massif du Plynlimmon, près du hameau de Tre-Taliesin, est le tombeau du plus célèbre des bardes gallois : deux cercles de pierre entourent la butte sacrée et, d’après la légende, tous ceux qui passent la nuit dans cette enceinte se réveillent bardes comme Taliesin ou frappés de démence. C'est là que les poètes allaient composer leurs triades ou tribannau, dont les trois vers assonants renfermaient chacun une pensée ou une image distincte, échappant souviat aux profanes par leur sens symbolique. Parmi les triades qui nous ont été conservées, il en est d’admirables, dignes d’être méditées à jamais : « Trois choses, disent-elles, sont primitivement contemporaines, l’homme, la liberté, la lumière *! »
Malgré les grandes routes et les chemins de fer, malgré l’industrie manufacturière et le commerce maritime, les Gallois (Welsh) ont conservé dis-
? Alph. Esquiros, L'Angleterre et la vie anglaise. 2 Pictet, Mystères des Bardes, Cyfrinach Beirdd Ynys Prydain.
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Uinetement leurs traditions nationales, et leur langue se maintient encore. Quoique la principauté de Galles ait cessé d'exister dès la moitié du treizième siècle comme pays indépendant, les Gallois, qui s'appellent euxmêmes les Cymry, c'est-à-dire « ceux qui ont une même patrie! », ne cessèrent de se considérer comme un peuple à part et se révoltèrent souvent contre les souverains anglais. Ils ne se tinrent pour satisfaits qu'après deux siècles de lutte, à l'avènement de Henry VIE, appartenant à la famille galloise des Tudor. Comme les Bretons de France, leurs frères de race et de langue, les Gallois saisirent l’occasion que leur offraient les guerres civiles de la nation à laquelle ils se trouvaient rattachés de force, et pendant la révolution du dix-septième siècle ils se montrèrent ardents royalistes, ce qui élait une manière indirecte de revendiquer leur indépendance nationale. Pendant les sept années de la guerre, les Gallois restèrent fidèles à la cause de Charles, qu'ils avaient embrassée comme la leur propre, et Cromwell dut s'emparer de maint château. Ce fut la dernière lutte, et depuis cette époque la paix publique n'a plus été troublée, si ce n’est en 1845, lorsque des hommes masqués, habillés en femmes et parcourant le pays sous le nom de « Rebecca et ses filles », déclarèrent la guerre aux collecteurs de l'impôt et aux bénéficiaires de la dime. La € principauté » do Galles n’est assimilée politiquement à l’Angleterre que depuis l'année 1746. Pour la religion, il existe un certain contraste entre les Gallois et les Anglais, mais précisément inverse de celui qu’on observe en France, où les Bretons, pris en masse, sont plus zélés pour l’ancienne foi que les autres Français. Très-portés au mysticisme, aussi enthousiastes qu'ils sont colères, passionnés pour la dialectique, impatients de toute règle étrangère, les Gallois n'ont pu s'accommoder du rite épiscopal de la majorité des Anglais : ils appartiennent pour la plupart aux sectes dissidentes, surtout à celles des méthodistes, des baptistes, des congrégationalistes. Au milieu du dix-huitième siècle, quand le fameux Whitfield prècha dans leurs vallées, la fvveur religieuse passa sur le pays entier comme une flamme ; dans le moindre hameau, on entendait les prédications véhémentes, les prières et les hymnes. Les sectes du pays de Galles ont même pris l’initialive pour entrainer leurs ccreligionnaires anglais dans les grandes entreprises religieuses : ce sont eux qui ont fondé la société « biblique » et les premières écoles du dimanche ; ils entretiennent des missionnaires dans la Bretagne française pour convertir à leur foi les frères de race que l'Océan sépare d'eux. Néanmoins tout ce zèle religieux n’empèche pas que,
IE Gaidoz. Revue des Deux-Mondes. 1° mai 1876.
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