MONTAGNES DE LA HAUTE ÉCOSSE
Au delà de l'étroite et profonde coupure du Glenmore se redressent d'autres montagnes, connues dans leur ensemble sous le nom de Northern Highlands (Hautes Terres du Nord). Le sommet principal, le Ben Attaw, est moins élevé que le Nevis et que le Mac-dhui; mais, quoique plus basses, les montagnes du nord ne sont pas d'un aspect moins sauvage que les Grampians. Môme dans les grandes Alpes il est peu de sites qui aient plus de sévère tristesse que les hautes vallées de Ross et de Sutherland. Les Alpes ont du moins la fraiche verdure de leurs pâturages et, plus bas, leurs bouquets de sapins ; la plupart des montagnes du nord de l'Écosse ne sont revètues que de landes et de tourbières aux nuances sombres ou d’un gris terne ; des eaux noires emplissent les vallées étroites, semblables à des puits ; le brouillard, qui rampe presque toujours le long des pentes, fait apparaître et cache tour à tour les crêtes des rochers, qui tout à coup, entrevues dans les vapeurs, semblent grandir comme des fantômes, puis s’abaissent de nouveau. La solitude immense donne à la nature environnante quelque chose de formidable. La terre semble morte, mais de chaque sommet on voit les eaux grises qui s’avancent en golfes allongés dans quelque avenue de rochers ; parfois même on peut en entendre le grondement continu. Il est quelques cimes dont les pentes sont brusquement coupées en falaises et d’où l’on aperçoit, à 100 mètres plus bas, les immenses replis du flot qui se heurte contre les écueils. Le cap Wrath, dont la pointe aiguë s'avance à l'angle nord-occidental de l'Écosse, est un de ces promontoires superbes que les vagues entourent incessamment d'écume'. Le cap Duncansby, qui forme l'autre angle de la péninsule, est moins abrupt, mais quelques roches voisines se dressent isolées dans la mer, pareilles à des obélisques.
Leipoldt? a évalué à plus de 581 mètres la hauteur moyenne de toute l'Écosse, y compris les Lowlands : c’est que les plaines sont rares et de peu d’étendue dans l'Écosse septentrionale. À l'exception du Strathmore, qui prolonge obliquement les campagnes du Forth vers le nord-est, les seules parties de la contrée qui présentent des espaces unis, propres à la culture, sont les régions qui bordent les deux rives du golfe de Moray, parsemées de dunes envahissantes, et la péainenle de Caithness, au nord-
! Principaux sommets des Highlands :
Ben Nevis, . . . . . . . . . . 1345mèt, | Ben Altaw, . . . . . . . . . . 1150 mt, Ben Macd-hui . . . . . . . . . 1309 » Ben Cruachan. . . . . ER 1116 » Ben Lawers . . . . . . . . . . 1912» ! Whiten Head, Sutherland. . . 3 157 » Gairngorm 117» ! Cap Wrath, Sutherland, . . . . . 120 »
* Ueber die mitllere Hôhe Europa's.
est de l'Écosse : ces plaines appartiennent, comme les Orcades voisines, à une formation différente de celle des Grampians, puisque leurs roches sont composées de vieux grès rouge : le contraste du relief s'ajoute à celui des assises, Mais si les plaines proprement dites sont peu nombreuses, de vastes dépressions au sol inégal s'étendent çà et là entre les massifs de montagnes, à Ja hauteur moyenne de plusieurs centaines de mètres audessus de la mer; ce sont des marécages, des landes 0 chaos de pierres qui se continuent sur des lieues de distance sans qu'on y rencontre un arbre où une cabane. Les forêts emplissaient jadis presque toutes les vallées de la haute Écosse et s'élevaient assez haut sur les pentes : divers étymologistes croient même que le nom de Calédonie était synonyme de forêt, Près de Balmoral, dans le bassin supérieur de la Dee, on voit sous les tourbes les restes d'anciens bois de pins à 750 mètres d'altitude; mais il ne reste plus qu'un bien petit nombre des halliers primitifs; depuis le moyen âge, presque toutes les vieilles forêts ont été abattues ou brûlées, parce qu'elles donnaient asile aux loups, aux sangliers et aux bannis : après les guerres, on vit jusqu'à 24000 bûcherons travailler à la fois à la destruction des forèts'. Les arbres que l'on aperçoit dans les vallées sont presque partout de plantation m Verne; çà et
là, notamment autour des somplueux châteaux des seign les forèts ont été reconstituées. Loin des pares, la contrée n'offre qu bruyères,
des tourbes et la roche nue.
Aueune des montagnes de li haute Écosse ne s'élève dans la zone des neiges persistantes ; cependant de petits névés s'amassent çà et là dans les creux que les rayons du soleil éclairent seulement durant quelques heures d'été. L'humidité, qui représente plus de 2 mètres d'eau sur les croupes supérieures des Grampians, tombe en neige pendant une grande partie de l'année, et les vents en font tourbillonner dans les vallons des masses trop considérables pour qu'elles puissent fondre entièrement, L'eau surabondante, qui ne trouve pas immédiatement son chemin vers la mer en torrents où waters, comme on les appelle dans le pays, séjourne dans les tourbières qui recouvrent les pentes des montagnes ou remplit les lochs qui occupent les fonds. Mainte couche de tourbes aqueuses, semée de petits lacs, s'étend à la fois sur les deux versants d'un plateau et ses eaux s’épanchent vers deux rivières : ce phénomène de bifurcation des cours d'eau, très-rare dans les contrées à sol ferme, aménagé par la culture, est au contraire assez commun dans un pays comme l'Écosse, où les mousses
John Wilson; — Keltie, History of the Scottish Highlands.
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