‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 398 sur 552 · MONTAGNES DE LA HAUTE ÉCOSSE · texte numérisé non relu

MONTAGNES DE LA HAUTE ÉCOSSE

saturées d'eau revètent en its épais la surface des rochers, Les brèchos nombreuses que présentent les montagnes d'Écosse facilitent aussi l'entrecroisement des bassins, C'est ainsi que le loch Ericht, réservoir supérieur d'où s'écoule un des affluents du Tay, traverse de part en part la chaîne des Grampians, immédiatement à l'est du Ben Alder, montagne de plus de 1000 mètres de hauteur,

En outre de l'orientation générale des chaînes de montagnes, des vallées et des fleuves de l'Écosse dans le sens du sud-ouest au nord-est, on peut observer presque partout à la surface des rochers de longues stries parallèles d'une régularité singulière; on dirait que le pays entier a été cardé comme une loison; toutes les rangées de collines, à la base des Highlands, et toutes les hauteurs des Lowlands ont été rahotées jusqu'aux sommets : telle est la raison de leur forme arrondie et « flottante » pour ainsi dire, Quelle force prodigieuse a ainsi changé l'apparence des inonlagnes, si ce n'est la puissance des glaciers qui recouvraient autrefois la contrée et dont on voit les argiles et les moraines dans toutes les vallées qui descendent des Grampians ? Pendant la période glaciaire, les monts écossais versaient de leurs sommets d'énormes fleuves congelés qui rempissiient les vallées, passaient par-dessus les collines en abaissant les saillies pour les répandre en débris dans les plaines, et s'avançaient jusque dans la mer pour s'y briser en glaçons flottants. Suivant la puissance des glaciers, les moraines terminales se déposaient à une distance plus ou moins considérable du lieu d'origine, soit dans les golfes où elles formaient des bancs sous-marins, des archipels d'écueils, soit encore dans les vallées, où la fonte des glaciers en a fait des barrages naturels. Dans aucun glen, dans aucun strath de l'Écosse, les eaux n'ont pu trouver d'écoulement libre vers la mer : les amas de rochers ont retenu le courant et l'ont changé en un lac tranquille qui s’est élevé peu à peu jusqu’au niveau de l'obstacle, puis s'est épanché en torrent à travers les pierres amoncelées. Ces amas de débris glaciaires qui forment les barrages des lacs à l'issue des vallées, et qui pour la plupart restent cachés par des tourbières, tandis que d’autres ondulent en buttes verdoyantes, sont connus en Écosse sous le nom de Æaims ou kames; les géologues leur donnent plus fréquemment l'appellation irlandaise d’esker* : ce sont les âsar des Scandinaves. Quant à l'argile d’origine glaciaire, rouge, dure, pierreuse, que les courants ont distribuée dans les plaines, on la désigne du nom de till : c’est le boulder-clay des Anglais.

1 James Geikie, The Great Ice Age.

? A. Ramsay. Physical Geology and Geography of Great Britain.

GSG NOUVELLE GÉOGRAPITE UNIVERSELLE.

Mais les pierres détachées des sommets des Grampians ne se sont pas toutes arrètées à la base des glaciers. I fut un temps de la période glaciaire où la terre était, relativement à l'Atlantique, beaucoup moins élevée qu'elle ne l'est de nos jours. Une partie de la Grande-Bretagne, actuelle était alors sous les eaux et les glaçons transportaient au loin les débris des montagnes. On à trouvé du granit écossais dans les argiles de Wolverhampton, à 270 kilomètres du massif granitique le plus rapproché, cet même près de Worcester, à 320 kilomètres des montagnes d’où la pierre se détacha', Enfin les Hébrides, autrefois plus basses qu’elles ne le sont aujourd'hui, étaient également polies par les glaces venues de l'Écosse par-dessus le canal du Minch?. Tandis que la Calédonie dispersait au loin les débris de ses roches, elle en recevait aussi d’autres contrées : les montagnes de la Scandinavie lui envoyaient des glaçons flottants chargés de pierres erratiques ; des granits de Norvège se trouvent en amas énormes dans le comté d’Aberdeen et d’autres régions de l'Écosse. En divers endroits, les courants glaciaires des Grampians et ceux des monts Scandinaves se heurtaient l’un l’autre, et par l'effet du choc changeaient mutuellement leur direction. Ainsi les stries marquées sur les roches de Caithness par les anciens glaciers des montagnes écossaises sont tracées dans le sens du sud-est au nord-ouest, et non pas dans celui du sud au nord, suivant l'impulsion primitive. Les glaces cheminaient donc en dehors de la voie qu'elles auraient dû suivre naturellement. Cette déviation de leur route était causée par leur rencontre avec les fragments des glaciers scandinaves venus de l'Orient : par l'effet de la résultante des forces, les blocs mouvants du sud et de l’est prenaient ensemble le chemin du nord-ouest. Sur les roches des Orcades, des Shetland et des Fäârôer, on remarque aussi des stries qui témoignent de l’action des glaces scandinaves.

Les oscillations du sol calédonien se sont succédé en sens divers pendant les périodes géologiques. Ainsi l'on a découvert un ancien lit de rivière à 79 mètres au-dessous du Forth à Grangemouth, preuve que la terre élait autrefois plus haute de toute l'épaisseur actuellement immergée”, Les mouvements des terrains ont été si considérables, que l'on trouve des blocs de granit à une plus grande hauteur que les montagnes d'où ils ont été détachés : les oscillations se sont donc faites d’une ma-

1 Mackintosh ; — Symonds, Quarterly Journal of the Geological Suciely, nov, 1877. ? James Geikie, History cf a Boulder.

* James Croll, Clonate and Time.

# dames Geikie, The Great Ice Age.

Page 1