‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 453 sur 552 · FAMINES IRLANDAISES · texte numérisé non relu

FAMINES IRLANDAISES

de 1634, révoquée plus tard, défendait de labourer au moyen de râteaux attachés à la queue des chevaux.

Depuis que l'Irlande a cessé de s’appartenir, les famines générales y ont été nombreuses. Pendant le dernier siècle, on cite surtout celle des deux années 1740 et 1741, qui fit mourir de faim environ 400 000 personnes dans les régions méridionales et occidentales de Pile ; mais la famine de 1847 fut plus terrible encore : en aucune contrée d'Europe, pareille mortalité ne s'était vue depuis les grandes épidémies du moyen âge. Plus d’un demi-million d'hommes périrent d’inanition. Les populations des champs, sans ressource d'épargne, se trouvèrent absolument ruinées par la perte d’une seule récolte, perte évaluée à quatre cents millions de francs. Les divers économistes qui se sont occupés de la condition des cultivateurs en Irlande évaluent, les uns à 40 centimes, les autres à 50 centimes seulement, la moyenne du salaire payé aux campagnards pendant la période qui s’écoul1 de la fin des guerres de l'Empire jusqu’à la grande famine ; encore faut-il tenir compte de ce fait, que nombre de paysans ne travaillaient qu’à demi journée, où même avaient à subir de longues périodes de chômage. Vers le milieu du siècle, alors que la valeur de l'argent avait déjà beaucoup diminué, le salaire normal des manœuvres et des icrrassiers variait, suivant les provinces et les métiers, de 5 à 6 francs par semaine'. De si faibles ressources, qui devaient suffire pour une famille entière, ne permettaient pas aux paysans irlandais de varier leur nourriture : ils étaient condamnés à ne manger que des pommes de terre. Ce tubercule introduit dars l’île à la fin du seizième siècle ou au commencement du dix-septième*, donne ordinairement une abondante récolte sous le climat de l’Irlande,et, précisément à cause de cela, il a été l’un des fléaux du pays, en contribuant à donner aux populations des habitudes d'imprévoyance. La quantité considérable de pommes de terre recueillies chaque fois donnait toute sécurité au cultivateur : d'année en année il confiait la même plante à son champ sans craindre la disette : à peine essayait-il çà et là de quelque autre culture Lorsque la maladie Peut soudain privé de la récolte attendue, le paysan d'Irlande se trouva réduit à égorger les cochons domestiques; cette ressource épuisée, il ne lui restait plus qu'à mourir. Shan Van Vocht où « Pauvre Vieille Femme », tel est le nom que les Irlandais donnent mélancoliquement à leur patrie”.

Pendant la famine de la « noire année quarante-sept » (the black

? Buckle. History of Civilixalion in England. 2 Duffenin. frish Enugration and the Tenure of Land in lreland. 5 Sulhvan, New lreland.

forty-seven), les malheureux cherchaient à tromper leur faim en mangeant des bêtes immondes, des viandes décomposées, de l'herbe même. Les uns se laissaient mourir dans leurs cabanes ; les autres, vaguant au hasard, tombaient au bord des chemins pour ne plus se relever ; jusque dans les villes, on voyait des faméliques s’affaisser soudain; mais les passants. habitués à cette vue, ne songeaient plus à relever les mourants : on attendait que la police vint débarrasser la voie; en maints endroits, on ne se donnait plus la peine d’enterrer les morts, on se contentait de démolir les cabanes au-dessus des malheureux : les ruines de la masure servaient de tertre funéraire, Trois millions d'individus, presque la moitié de la population d'alors, étaient classés parmi les indigents, et comme

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