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l'attaque et à la répartie ; ils éclatent en saillies imprévues et trouvent sans peine le mot qui résume toute une siluation : ce sont des orateursnés, et, par rapport à l'Angleterre, ils ont fourni beaucoup plus d'hommes vraiment éloquents, Leurs écrivains n'ont pas moins de verve que leurs parleurs, et la plupart des journaux irlandais ont un entrain que l'on chercherait en vain dans les journaux rédigés de l’autre côté du du Saint-Georges, La bravoure est une qualité commune chez les Iriandais : ils ont donné aux armées anglaises quelques-uns de leurs chefs les plus célèbres et ils fournissent au Royaume-Uni la moitié de son armée : c'est par dizaines de mille que leurs soldats volontaires, enrôlés au dix-septième etau dix-huitième siècle dans les régiments français, sont morts sur les champs de bataille, car de tout temps les Irlandais ont témoigné un grand amour pour la France : ennemis de l'Angleterre, ils reportaient naturellement leur sympathie vers la nation qui vécut durant tant de siècles en luttes envers leurs oppresseurs, et qui d’ailleurs professait leur religion. Les étroites baies du sud-ouest, découpées en criques nombreuses où pouvaient se cacher facilement de petites embarcations, étaient les lieux de rendezvous des jeunes hommes qui s'enfuyaient de leur patrie’.
Le peuple irlandais est resté ce qu'il était il y a deux cents un peuple conquis. La domination anglaise, contre laquelle il a si le PS lutté, lui pèse encore et, sous une forme ou sous une autre, il n’a cessé de revendiquer ses droits d'autonomie nationale, L'ile d'Érin est le seul pays de l'Europe occidentale qui échappa complétement à la conquête romaine et qui n'eut pas à souffrir de l'invasion des barbares. Comparée à la civilisation des autres contrées de l'Europe, la sienne avait un caractère plus spontané, et quoique des patriotes ardents en aient certainement exagéré l'importance, elle eut réellement une influence considérable sur le développement de la Grande-Bretagne : au lieu d'être l'élève de l'Angleterre, l'frlande en fut linitiatrice en mainte occasion. La conquête anglaise fut l'irruption de barbares qni vint arrêter le libre essor du génie irlandais : en perdant leur liberté, les habitants d'Érin perdirent aussi les prérogatives qu’elle leur avait données. À partir de ce jour, leur rôle en Europe cessa d'exister pour longtemps. Toute civilisation devait disparaitre dans les guerres atroces qui sévirent sur le sol de l'Irlande et qui se terminèrent en plusieurs districts par la dépopulation complète du pays. Sous le règne d'Élisabeth, sir John Norris et ses Anglais détruisirent tous les habitants de l’île de Rathin et les fugitifs qui s’y trouvaient, sans qu'il
* Sullivan, New freland.
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Dessin de G. Durand, d'après nature.
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en restât un seul : femmes, enfants, vieillards furent pourchassés dans les grottes et, suivant le rapport officiel, « tués comme des phoques ou des loutres! ». Plus tard, en 16#1, les Irlandais se vengèrent en massacrant au moins 20 000 des Anglais et des Écossais qui se trouvaient alors en conquérants sur le sol de l'Irlande; mais Cromwell vint infliger aux habitants une punition terrible. On sait comment il traita la ville de Drogheda, avec quelle tranquilité d’âme il fit mettre le feu à l’église de Saint-Pierre, où s'étaient réfugiés les défenseurs de la ville. Cromwell agita la question de vendre toute l'Irlande aux Juifs rioyennant une rente annuelle de 90 millions de franes. « Ce n’est pas violer la loi que de tuer un Irlandais » (it is no felony to kill an Irishman), était un proverbe du temps.
Le grand changement introduit par la domination des Anglais en Irlande fut la révolution dans le régime de la propriété. Autrefois la terre était commune : elle appartenait non à l'individu isolé, mais à la sept, c’està-dire à la tribu. Celle-ci déléguait, il est vrai, la gérance de sa terre au chef de la communauté, mais elle gardait le droit pour elle, et quand le chef mourait, elle faisait choix d’un nouveau délégué qui prenait à son tour la surveillance du domaine commun. Les souverains anglais, distribuant la terre à leur guise, la donnèrent en toute propriété, transmissible par héritage; mais les tribus frustrées n’ont point oublié que tous ses membres avaient jadis droit égal aux produits du sol, et dans maint village on montre encore le descendant direct de la famille qui le dernier avait eu la direction des biens communs : les habitants lui vouent un respect particulier ou mème l’entretiennent comme s’il était encore leur élu.
Privés de la terre par les Anglais, les Irlandais ont été aussi longtemps perséeutés par eux pour cause de religion. Lorsque les décrets relatifs à l'internement des catholiques dans la province de Connaught furent devenus lettre morte, les Irlandais non protestants, c’est-à-dire la grande majorité de la nation, n’en restèrent pas moins en dehors du droit commun; pendant longtemps une prime fut accordée au changement de religion, un lils de catholique héritant même de la propriété de son père vivant lorsqu'il en reniait la foi. Le métier de dénonciateur, de « chasseur de prêtres », était devenu en maint district une des professions qui menaient à la fortune et aux honneurs. Jusqu'en 1832, les seuls représentants de l'Irlande furent des protestants, et tout récemment encore les catholiques étaient obligés de payer la dime aux curés de l'Église anglicane, quoique, depuis 1838, sous une forme indirecte, en l’ajoutant au payement de leur baux.
# Froude, The English in Ireland.
La masse du peuple irlandais est très-attachée à ses prêtres, qui semblent être les représentants naturels de la cause nationale : elle a oublié que si l'Irlande fut conquise par les Anglais, ce fut en vertu de la bulle de donation lancée par le pape Adrien IV, ct que le clergé d'alors soutint avec zèle la cause des envahisseurs.
La misère doit être grande en un pays comme l'Irlande, où la petite propriété existe à peine, où la plupart des districts sont presque sans industrie, ou même de nombreuses manufactures ont été systématiquement supprimées au dix-huitième siècle par une jalouse politique du monopole, Dans la province d’Ulster du moins, les fermiers étaient protégé :: x la loi : en vertu des priviléges accordés aux « planteurs » par Jacques 1”, ceux-ci étaient devenus les possesseurs légitimes de toutes les améliorations faites par eux sur les fermes; en payant un loyer fixe, ils pouvaient rester à jamais sur le sol cultivé par eux, à moins que l'accroissement de valeur de la propriété ne leur fût payé par le propriétaire du domaine. Mais dans les autres provinces les fermicrs ne jouissaient pas des mêmes avantages. Une absurde routine agricole ne permettait pas de cultiver la terre autrement que l'avaient fait les ancêtres, et des pratiques de division du sol à outrance avaient succédé en plusieurs districts à l’ancienne propriété commune, Dans le comté de Donegal et dans presque tout le nord de l'Irlande les tenanciers d’une ferme divisaient la terre en autant de parcelles qu’il y avait de diverses qualités de sol et chacune de ces parcelles à son tour était divisée en autant de lots qu’il y avait de fermiers : chacun avait sa part de tous les champs. De même, en mourant, le père découpait ses propres lots suivant le nombre de ses enfants : la terre finissait par être émiettée pour ainsi dire, Cette méthode de partage, connue sous le nom de rundale où runrig, ne pouvait s'appliquer aux animaux isolés, qui restaient dans l’indivision ; mais chaque propriétaire devait nourrir la bête à son tour. On comprend qu'avec de pareils usages le rendement de la terre devait se réduire à peu de chose : malgré sa fertilité naturelle, malgré les pluies abondantes qui la baignent, l'Irlande ne pouvait nonrrir tous ses enfants. La disette était en permanence, et les animaux, parqués toujours dans le même enclos, souffraient de la faim comme leurs maîtres. Souvent les bestiaux épuisés ne pouvaient revenir à l'étable, et les paysans faisaient le tour des pâturages pour soutenir au moyen de cordes de paille les malheureux animaux et les ramener au logis en les portant à demi: celle pratique usuelle était connue sous le nom de cattle-hfting'. Une loi
4 Laharpe, Globe, 1871.
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