INDUSTRIE ANGLAISE, N
riaux du même genre’ et l'on sait quelle importance l'importation de l'alfa d'Algérie a prise dans ces dernières années pour la fabrication du papier, encore un de ces produits manufacturés par lesquels on mesure l'état de civilisation d'un peuple”.
Les seules industries textiles emploient dans les Îles Britanniques environ un million de personnes, sans compter la multitude des prolélaires qui en vivent indirectement. Toute la population industrielle du Royaume-Uni se compose d'environ cinq millions d'individus, sans comprendre les familles des ouvriers qui dépendent du travail de l'usine sans y être occupées elles-mêmes. Outre ses mines, ses établissements métallurgiques, ses verreries et cristalleries, ses filatures, ses papeteries, l'Angleterre a ses fabriques de porcelaine, de faïence fine, de plaques émaillées, pour lesquelles elle ne reconnaît de supérieure que la France, ses usines de produits chimiques, ses chantiers de construction, et dans chaque cité ces mille ateliers où se préparent les aliments, les habits, les meubles, et où l’on subvient aux aises et aux plaisirs des habitants. Le « briquetier anglais », le « maçon écossais », le « forgeron gallois », le « lerrassier irlandais », sont partout à l’œuvre pour construire des villes, des fabriques, des chemins de fer. Suivant l'ingénieur Fairbairn, le nombre total des chevaux-vapeur employés en Angleterre était en 1865 de 3650 000, équivalant au travail de 76 millions d'ouvriers. Actuellement on doit évaluer leur force comme étant au moins égale à celle de 100 millions d'hommes : chaque habitant, si les produits étaient également distribués, aurait à son service trois esclaves dont les muscles d'acier, mis en mouvement par la houille, ne se lassent jamais. Pris en masse, les revenus de l'industrie anglaise proprement dite sont évalués à plus de 12 milliards de francs; ils ont plus que quintuplé depuis 1815, tandis que les revenus des propriétaires terriens augmentaient du quadruple environ, et, de 900 millions de francs, s’élevaient à 3800 millions. Quant au salaire des ouvriers anglais‘, il est en moyenne supérieur d’un cin-
4 Manufactures de tissus des Iles Britanniques et leur population en 1875 : Manufactures. Ouvriers, Ouvrières. Ensemble, Manufactures de coton. . . .'. . . . 2655 187620 291895 479515 , laines, shoddy, worsted. 2617 195 338 154795 280133 bonneterie, etc ... . 556 15 693 12004 27 667 i 57931 90528 1284359 2267 2944 5211 11532 26 368 37 920 13171 32388 45559 * Fabrication du papier dans le monde en 1875 : 890 850 tonnes. Îles Britanniques . . . . . 180 000tonnes. | France . . , . . . . . . 148000 tonnes. , 3 Salaire moyen de l'ouvrier anglais : 25 à 40 fr. par semaine.
quième à celui des travailleurs français, d'un quart au moins à celui des Belges, double de celui des Saxons et triple de celui que payent les manufacturiers italiens.
Mais les salaires de l'ouvrier anglais se distribuent d'une manière trèsinégale suivant le genre d'industrie, le sexe, l'âge des travailleurs. Les chômages sont nombreux dans quelques industries et de brusques abaissements de salaires dérangent souvent l'équilibre du budget dans les ménages. Des femmes, des enfants même s'emploient par centaines de mille‘ dans les filatures, et quoique la loi ait pris certaines mesures prolectrices pour les femmes et les enfants, interdisant de les faire travailler plus de 12 heures par jour, plus de 60 heures par semaine, néanmoins ce labeur trop pénible finit par détériorer la race. La plupart des médecins s'accordent à constater une véritable dégénérescence physique dans la population ouvrière du Lancashire et du Yorkshire depuis un demi-siècle : la proportion des enfants qui, arrivés à l'âge de treize ans, sont incapables de travailler, ne cesse de s’accroitre,
La première parmi les nations par le travail industriel, l'Angleterre est aussi la première par le commerce extérieur aussi bien que par le trafic intérieur. Ses échanges représentent à peu près le tiers de ceux de toute l'Europe : depuis l’année 1871, ils dépassent régulièrement 15 milliards de francs, non compris le commerce des métaux et les énormes bénéfices réalisés par le transport des marchandises étrangères sur navires anglais’. L'Allemagne et la France, qui sont les pays les plus commerçants du continent européen, n'ont pas ensemble un mouvement d'échanges aussi considérable que celui de l'Angleterre. De 1867 à 1876, le trafic des Îles Britanniques a varié, suivant les années, de #15 à 531 francs par
1 Enfants au-dessous de 13 ans employés dans les filatures en 1874 : 61 209 garçons; 64 677 filles, * Commerce du Royaume-Uni en 1877 :