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Giovanni Gabotto, qui connaissait l'Islande, n'ignorait-il pas, lorsqu'il découvrit Terre-Neuve, que cette île avait été déjà découverte deux fois par les Islandais et qu’ils lui avaient donné précisément le nom de Fundu Nyia Land ou de « Terre nouvellement Trouvée »'.
En 1262, l'Islande perdit son indépendance ; ses prêtres, subordonnés à des évêques étrangers, décidèrent les habitants à prendre le roi de Norvège pour leur « premier jarl » et l'union sous un même roi finit par devenir un assujettissement réel, d’abord à la Norvège, puis au Danemark. Dès lors, les Islandais eurent constamment à lutter contre des abus de pouvoir, et, régis par des lois étrangères, ils cessèrent d’avoir cette liberté d'action plus nécessaire en Islande que partout ailleurs, à cause de l’infertilité du sol et de l'hostilité des éléments. Les malheurs se succédèrent et certaines parties de l’île furent complètement dépeuplées : les famines, les épidémies, les « pestes noires » décimèrent souvent la population ; encore en 1707, la petite vérole fit périr dix-huit mille Islandais ; des villages, restés vides, tombèrent en ruines ; en 1759, une famine coûta la vie à dix mille personnes; puis en 1785 vint la grande éruption du Skäptar-Jükull. Des incursions étrangères avaient contribué à l’infortune générale. Au quatorzième siècle, des pirates anglais s'étaient établis dans l’archipel des Vestmannaeyjar et de là faisaient des apparitions soudaines sur les côtes de la grande terre pour piller les églises, capturer et rançonner les paysans, ou même les vendre en esclavage. Encore en 1627, les pirates barbaresques firent une descente dans l’île principale de Vestmann, enlevèrent une partie des habitants et massacrèrent ceux qui résistaient?. D'ailleurs, un monopole commercial rigoureux séparait l'Islande du reste du monde et l’'empêchait de trouver par l'échange les ressources indispensables pour récupérer la richesse passée. C’est à la fin du dix-huitième sièele que l'Islande se trouvait au plus fort de sa décadence : en 1786, elle ne comptait plus que 58 142 habitants, un peu plus de la moitié de la population actuelle. En 1808, l'indépendance locale fut proclamée à Reykjavik, mais le régime danois fut bientôt rétabli, et c’est en 1874 seulement, dans l’année millénaire de la colonisation norvégienne, que lIslande à pu reprendre, relativement au Danemark, une quasi-autonomie politique. Mais déjà, depuis 1854, une loi avait affranchi le commerce local en autorisant les négociants de tout pays à y prendre part sans restrictions.
Les Islandais sont en général de haute taille; ils ont la face ronde, le front haut, entouré d’une chevelure épaisse ; l'œil, gris ou bleu, manque
! Rafn, Antiquilates Americane.
Oläfsson et Pâlsson, Voyages.
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de douceur ; la démarche est lourde, les attaches sont grossières. Quant aux femmes, clles sont pour la plupart, sinon belles, du moins agréables à voir; leurs cheveux blonds, très-longs et d’une grande finesse, tombent en nattes sur les épaules et sont recouverts d’une petite toque en drap
noir d’où pend une tresse de soie flottante, Aux jours de fête, cette coif-
fure charmante, qui ressemble à celle de la Grecque, était remplacée jadis par une sorte de mitre qui se recourbait en avant et qui cachait absolu-
ment la chevelure. Le corsage, garni d'agrafes qui ne se boutonnent que dans la partie inférieure, est orné de galons de velours et d'argent, parfois d'une valeur considérable,
Les mariages entre parents sont la règle dans la piupart des régions de l'Islande ; néanmoins on peut citer la population comme une de celles où se rencontrent le plus rarement des infirmes. Mais la mortalité est très-forte dans l'île, et il ne saurait en être autrement, les enfants étant sevrés par leurs mères dès le troisième jour, puis nourris uniquement de lait de vache, de poisson et de grosses viandes. Dans l’île habitée des Vestmannaeyar, que les indigènes appellent Heimacy ou l'He-Patrie, la plupart des nouveau-nés meurent de convulsions comme ceux de Saint-Kilda. Les médecins attribuent cette effroyable mortalité à l’insalubrité des cabanes, où la fiente d'oiseau est le seul combustible et où la lampe mème se composait naguère d’un corps d'oiseau enduit de graisse puante où l’on avait introduit une mèche. La mortalité des enfants de Vestmann à beaucoup diminué depuis qu'on a construit une maison d'accouchement où les mères et les nouveau-nés passent quelques semaines à respirer l'air pur. Grimsey, située dans le voisinage immédiat des banquises, se distingue également par des maladies spéciales, La plupart des visiteurs de la grande terre y sont atteints d’une espèce de scorbut, et meurent en peu de temps, à moins qu'ils ne cherchent leur salut dans la fuite *.
Il semble assez étrange que sous ce rude climat de l'Islande la phthisie soit à peu près inconnue : le docteur Finsen n'a rencontré que six phthisiques, dont quatre Islandais, sur 7559 malades qu'il a traités dans l’île. La plupart des médecins croient que cette immunité doit être attribuée à l’olimentation, qui consiste en laitage, en pain de seigle et en poisson séché, auquel on ajoute assez rarement de la viande de mouton. En revanche, la grippe ou bronchite épidémique est une maladie très-répandue, celle qui fait périr la plus forte proportion des Islandais. Cette épidémie, dont les étrangers ne sont jamais atteints, se montre surtout en été et fait de
1H. C. Lombard, Trailé de Climatologie médicale. 2 W. Preycer et F. Zirkel. Reise nach Island.
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cette saison de beaucoup la plus dangereuse de l'année ; un tiers de la mortalité porte régulièrement sur les trois mois d'été : février, si insalubre dans les contrées du midi de l'Europe, est en Islande le mois où l'on compte le moins de malades. Le scorbut, la lèpre, l'éléphantiasis n'ont pas encore disparu de l'ile,
Les appréciations sur le caractère des indigènes varient singulièrement suivant la nationalité des voyageurs, l’aceueil qui leur a été fait, le succès de leurs explorations. Toutefois on peut dire qu'en général les Islandais se distinguent par la dignité, la réserve, le courage ; mais on les accuse d'être fort soupçonneux, et comme leurs frères de race, les Norvégiens, et leurs parents par alliance, les Normands français, de se passionner volontiers pour les disputes légales : aux sanglantes luttes d'autrefois, aux duels, aux jugements de Dieu, ont succédé les procès. Quoi qu'il en soit de leurs défauts, les Islandais, si peu nombreux qu'ils soient parmi les Européens civilisés, sont certainement des premiers par la force de l'intelligence, la profondeur de la pensée, l'amour de l'étude. On raconte que les insulaires avaient autrefois l'habitude de se rassembler pour entendre la lecture publique de leur Gamba-Sagar, c'est-à-dire de l'histoire nationale ; des poètes, successeurs des anciens skaldes qui chantaient pendant les fêtes, s'exerçaient à la lecture pour charmer les assistants; d’autres, tels que Sæmundur, le poète de l’Edda, tenait une école où les enfants accouaient de toutes parts. En beaucoup de maisons, des peintures et des sculptures naïves rappelaient les principaux évènements de l'histoire du pays, et c’est à qu'on à fouillé pour trouver les cinq cents sagas islandaises que vont maintenant consulter les savants dans ja bibliothèque de Copenhague; peut-être de précieux manuscrits sont-ils encore jalousement gardés dans quelques bærs ou fermes de l'intérieur. Les paysans de cerlains districts de l’ouest étaient tellement passionnés pour les ouvrages d'histoire, qu'ils avaient parmi eux des écrivains spécialement chargés de faire à leur usage des compilations de mémoires historiques". La lecture et le jeu d'échecs occupaient leurs longues soirées d'hiver. Dès l’année 1551, avant la conversion des Islandais au luthéranisme, l’imprimerie était introduite dans le pays. De nos jours, le mouvement scientifique trouve des collaborateurs dans les villages d'Islande, même dans les fermes isolées et jusque dans les îlots du littoral; un indigène, Arne Magnusson, a légué une partie de sa fortune pour faire publier tous les monuments de la littérature islandaise. Il y a plus d’un siècle déjà que
1 Ülafsson et Pälsson. Reise igjennem Island.
l'ile a sa presse périodique et sa société litléraire, Quant à l'instruction primaire, elle est si répandue, que les pasteurs refusent de marier les illettrés, quand il s'en présente devant eux, À Reykjavik et dans tous les autres villages de commerce, la population parle le danois aussi bien que la langue maternelle; mais dans les campagnes, surtout le long des côtes orientales, l'islandais est seul en usage : c'est là qu'on le parle avec le plus de pureté, avec un certain accent et une cadence qui le rapprochent du norvégien, Quant aux formules de politesse en latin, introduites par les pasteurs, elles sont encore habituelles aux paysans,
Les Islandais sont proportionnellement assez nombreux en dehors de leur ile, qui pourtant est pour eux € la meilleure terre qu'éclaire le soleil ». Une forte proportion des jeunes gens qui vont faire leurs études à Copenhague restent dans le Danemark, où la carrière s'ouvre plus librement devant eux : le père de Thorwaldsen était un des insulaires expatriés. L'émigration proprement dite est considérable et maintenant on parle islandais sur les bords des grands lacs canadiens, dans le Michigan, le Wisconsin, le Minnesota, sur le plateau du Grand Lac Salé, Une gazette islandaise est publiée à Keewatin, sur la Rivière Rouge du Nord : de même que les Gallois, les Islandais essayent de fonder dans le Nouveau Monde des colonies où ils pourront à la fin conquérir le bien-être matériel et conserver dans leur pureté les traditions de race et la langue de leurs aïeux,
L'Islande n'a point de ville, à moins que Reykjavik, la capitale, où près de 5000 habitants sont maintenant rassemblés, ne soit considérée comme telle, Ce n'était qu'une ferme isolée en 1752, quoique les premiers colons norvégiens s’y soient établis en 874; elle succéda comme chef-lieu au hameau de Skalholt, situé dans la vallée de la Hvità, entre la plaine des Geysirs et la mer, Le bourg de Pingvellir, à l'extrémité septentrionale du lac de Hingvalla, est aussi considéré comme une sorte de capitale, à cause du voisinage du Lôgberg : c'est là que s’est tenue l'assemblée de 1875, où se prépara la constitution de l'Islande autonome.
Il faut compter aussi parmi les autres «€ villes » islandaises, Isafjôrèr, située sur la racine d’une péninsule basse qui s’avance dans l'intérieur d'un fjord de la grande péninsule du nord-ouest : fort propre et bien bâtie, elle n'en fait pas moins désagréable accueil à l'étranger par l'odeur qui
* Landnämabôk. Mémoires de la Société des Anliquaires du Nord, 1847.
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