FAUNE DE L'ISLANDE
flotte de 269 navires d'un port moyen de 60 tonneaux, protégée par trois petits vaissaux de guerre". Depuis longtemps, la pêche d'Islande est considérée comme l’une des meilleures écoles pour l'éducation de matelots expérimentés, et certes il est peu de parages où le marin ait à faire preuve de plus d'adresse et de sang-froid que dans le voisinage de ces côtes semées d’écueils el souvent masquées par les brouillards, au milieu de ces eaux que bouleversent des tempêtes soudaines, soufflant tour à tour de tous les points de l’horizon. Les pêcheries du Faxa-Fjôrdr et du Breidi-Fjôrèr, le « Cimetière des navires », ont eu aussi la plus grande importance pour le peuple islandais en le maintenant en communications fréquentes avec les nations civilisées de l’Europe occidentale.
On pense qu'avant les invasions modernes, l'Islande fut de tout temps inhabitée, car on n’y à pas découvert la moindre trace des âges de pierre et de bronze : aucun tumulus ne s’élève sur les promontoires ; aucun dolmen ne se montre au milieu des landes ou des tourbières. Probablement les premiers colons d'Europe s'établirent sur les côtes orientales de Pile vers la fin du ‘iuitième siècle. Les Norvégiens qui les rencontrèrent en parlent comme de papas ou de « moines », et les objets laissés par eux, cloches, crosses, livres religieux, font supposer qu'ils étaient d’origine irlandaise. En 825, des Celtes écossais pénétrèrent dans l’île, mais la véritable colonisation de l’île des Glaces ne commença qu'en 874, quatorze ans après la nouvelle découverte de l'île par le Danois Gardar*. Des chefs norvégiens, fuyant l'épée de Harald à la Belle Chevelure, qui voulait à la fois les soumettre à son pouvoir et les convertir au christianisme, réunirent parents, serviteurs et amis, pour aller chercher avec eux un asile lointain. L'Islande leur servit de refuge et ils y fondèrent des communautés païennes qui conservèrent plus longtemps que la Norvège les vieux chants et le trésor des anciennes traditions. Il est probable que les descendants des immigrants Celtes ne furent pas exterminés par les nouveaux venus, car il reste encore beaucoup d’appellations d’origine irlandaise dans la topographie locale, et même un Patrick a laissé son nom, Patreks-Fjôrdr, à l’une des indentations de la péninsule nord-occidentale”, L'archipel des Vestman-
! Pêche française de l'Islande en 1877 :
244 navires, jaugeant 25 718 tonnes et montés par 4500 hommes. Poisson rapporté : 13102 tonnes d’une valeur de 8 252800 francs. # C. Rafn, Antiquitates Americanæ.
5 Richard Burton, Ultima Thule, iv, 417
naeyjar, c’est-à-dire des « Hommes de l'ouest », porte également l'appellation que les Norvégiens appliquaient jadis aux marins d'Erin. Une ancienne tradition citée au dernier siècle par l’évêque Uno von Troil raconte que les Irlandais opprimés par les Scandinaves durent quitter le pays, mais en partant ils allumèrent le feu des volcans : c’est depuis lors que brûlent les incendies souterrains et que débordent les courants de laves.
En l'an 1000, l’Albing adopta le christianisme comme religion nationale, des couvents se fondèrent en maintes parties de l’île, mais l'antique religion se maintint par diverses pratiques, et le vieux Thor fut longtemps vénéré. Son nom se retrouve dans celui de beaucoup de familles et c’est lui qu’on invoquait dans les actes qui demandaient de la force ou de l'audace. Encore pendant la première moitié du siècle, les trois cents pasteurs de l’île étaient en même temps forgerons : comme aux temps des anciens Scandinaves, le travail du fer et les rites religieux étaient confiés au même personnage, à la fois artisan et magicien".
Jusqu'au milieu du treizième siècle, l’indépendance des insulaires put se maintenir, et la république, d’ailleurs gouvernée par les riches propriélaires, continua d'exister, Ce fut l’époque de la grande prospérité islandaise, D’après la tradition, l’île, dont la partie septentrionale était alors la plus populeuse, n’avait pas moins de cent mille habitants, et l’initialive locale permettait aux citoyens des communes éparses de développer toute leur valeur individuelle. Sous les brumes et les glaces, près du cercle polaire et de la grande banquise, la liberté produisait les mêmes fruits que sous le soleil de l'Italie : malgré leur isolement, les petits groupes de familles islandaises prenaient aussi leur place dans lé mouvement général du progrès humain, comme les républiques italiennes et les communes flamandes : l'amour de la science et des lettres était répandu parlout; des poètes et des historiens, tels que Snorri Sturluson, chantaient ou racontaient les gloires et les traditions nationales, et ce sont eux qui “onservèrent au monde l'Edda, la précieuse épopée scandinave. Ainsi l'Islande peut revendiquer sa part dans l’histoire de l’humanité: c’est chez elle que les érudits vont chercher les origines de l'institution du jury, et peut-être les souvenirs des anciennes relations de l'Islande avee Île le Groenland et le Vinland ont-ils exercé une influence décisive sur l’esprit de Colomb, lors de sa visite dans l’île de Tile (Thulé) en 1477 : Éric le Rouge, Leif l’Heureux, Thorfinn Karlsefue, auraient été les prédécesseurs directs de celui qui retrouva le Nouveau Monde. Peut-être aussi
! Barrow, Ein Besuch auf der Insel Island.