‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 102 sur 545 · L'ALBANIE ET L'ÉPIRE · texte numérisé non relu

L'ALBANIE ET L'ÉPIRE

Le nom de Chkiperi, que les Albanais eux-mêmes donnent à leur patrie, sienifie très-probablement « Pays des Rochers » et nulle désignation ne fut mieux méritée. Des montagnes pierreuses recouvrent toute la contrée, du Montenegro aux frontières de la Grèce. La seule plaine assez étendue que l’on rencontre en Albanie est le bassin de Skodra ou Seutari (Alexandrie), qui limite au sud le plateau de la Gsernagore et qui peut être considéré comme la véritable frontière naturelle du territoire albanais. Le fond de ce bassin est occupé par le vaste lae Blato ou de Skodra, reste d’une ancienne mer intérieure beaucoup plus considérable, C’est aussi dans la même plaine que vient déboucher le brin, le plus grand fleuve de PAlbanie et l'un des seuls de la péninsule turque où quelques embarcations s’avancent à une certaine distance de la mer. Naguère le Drin, formé par deux rivières, la «Blanche» et la «Noire», n'était qu'un affluent temporaire du lac de Skodra : pendant les crues, il commençait par inonder sa plaine inférieure, puis il se jetait latéralement dans le lac, malgré les digues par lesquelles on avait essayé de le contenir, et devenait ainsi le tributaire de la Boïana. En 185%, le fleuve s’ouvrit un nouveau lit, en face du village de Miet, à une quaran-

1 Villes principales de la Turquie hellénique, avec leur population approximative :

Andrinople. . . . . . . . . 110,000 hab. | Gallipoli. . . . . . . . . 20,000 hab. Salonique. . . . . . . . . . 80,000 » Tia, RS 5 88.10 ts 11,000 » Seres.. . . . . . . . . . + 00,000 » Demotika. . . . . . . . . . 10,000 » Larissa. . . . . . . . . . . 95,000 » Nophia ee nee ar 0 fe 10,000 » Rodosto.. . . . ,. . . . . . 25,000 » ENO8 4 2-0 de 6 core 7,000 »

laine de kilomètres en amont de son entrée en mer, et maintenant il dirige la plus grande masse de ses eaux vers Skodra, dont il inonde souvent les quartiers inférieurs. Les terrains marécageux du bas Drin, à pentes incertaines et changeantes, sont fort dangereux à traverser pendant la saison des chaleurs: la cfièvre de li Boïana » est une des plus redoutées et des plus meurtrières de tout le littoral.

La plupart des ramifications méridionales du grand massif des Alpes bosniennes sont habitées par des Albanais; mais elles restent séparées de l'Albanie proprement dite, à lest du lac de Skodra, par la déchirure au fond de laquelle coule le Drin; e'est une sorte de cañon, semblable à ceux des Rocheuses de P'Amérique du Nord, un défilé où ne se hasarde aucun sentier et que resserrent des parois à pie de mille mètres de hauteur. Les deux systèmes de montagnes ne se rejoignent qu'indirectement par une série d'arètes et de plateaux qui se dirigent au sud-est, de la montagne de Glieb vers le Skhar, le Scardus des anciens. Ce massif, qui se distingue des autres chaînes de la Turquie occidentale par la direction de sa erète, perpendiculaire à lFensemble des masses soulevées, peut être considéré comme le «nœud » central des monts de li Péninsule, Ses principaux sommets, parmi lesquels se distingue la pyramide isolée du Lioubatrin, n'ont pas la hauteur des géants de la Slavie turque, le Kom et le Dormitor, mais c’est là que le système des Balkhans vient S'unir à ceux de la Bosnie et de P'Abanie, Le Skhar est d'une grande importance dans le régime des eaux de la Turquie, puisque deux rivières considérables, la Morava bulgare et le Vardar, s’épanchent de ses flancs pour descendre, Fune vers le Danube, Pautre vers le golfe de Salonique. Comine dans les chaines du Pinde et du Rhodope, on y trouve encore des chamois et des bouquetins ; M. Wiet mentionne également parmi les bêtes fauves de ses forêts un animal que les Mirdites connaissent sous le nom de lucerbal et qui appartient sans doute à la famille des léopards.

À l’ouest du Skhar, de l'autre côté de la profonde vallée du Drin noir, s'élève un pâté montagneux, haut de 1,000 mètres à peine, mais fort difficile d'accès : c'est la citadelle de la Haute-Albanie, le pays des Dukagines et des Mirdites. Là d'énormes roches de serpentine ont fait éruption à travers les terrains calcaires, de hautes murailles se dressent de toutes parts autour des vallées, et les pentes extérieures, où les torrents se sont creusé de rapides couloirs, sont fort inelinées. Dans leur ensemble, ces montagnes tourmentées suivent une direction normale vers le sud et le sud-est, parallèlement aux contre-forts méridionaux du Skhar, et s’abaissent peu à peu en prenant un aspect moins formidable et en s’ouvrant de larges

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