MONTAGNES DE L'ALBANIE ET DE L'ÉPIRE
bassins où s’amassent les eaux. Les sites de cette région lacustre sont d'une grâce extrème., Le lac d'Okrida, La plus grande des nappes d'eau de la Haute-Abanie, a même pu être comparé au lac de Genève, Son eau, encore plus bleue que celle du Léman, est aussi plus transparente, et par quinze et vingt mètres on voit les poissons se pourchasser dans ses profondeurs : de là son ancien nom grec de Lychnidos, La charmante petite ville d'Okri, bâtie en amphithéâtre, et le mont Pieria, portant un vieux château romain, gardent l'issue du lac; une dizaine de villages blancs apparaissent sur les pentes au milieu des bois de chênes. TE est possible qu'autrefois le lie d'Okrida, au lieu de S'éconter au nord par Pétroite vallée du Drin noir, étranglée de délilés, épanchat le surplus de ses eaux, du côté du sud-ouest, dans le petit lac Malik, que traverse la rivière Devol. Ni lon en croit les indigènes, le lac d'Okrida aurait pour tributaires les deux nappes de Prespa où de Drenovo, situées à l'est, au milieu d'une profonde cavité d'écroulement; des torrents souterrains que lon voit jaillir en puissantes fontaines d'eau bleue seraient les émissaires de ce double bassin.
Au sud de cette région des lacs, dominée à Poccident par la superbe cime isolée du Tomor, commence li chaine du Pinde, ici connue sous le nom de Grammos. D'abord assez basse, et coupée de nombreux cols offrant un passage facile d'Albanie en Macédoine, elle S'élève graduellement, et précisément à Fest de Janina, elle forme Le massif montagneux de Metzovo, point de départ du Pinde proprement dit, la grande arète de l'Épire, «continent » des anciens Grees de Corfou. Ce groupe, où se réunissent quatre chaines, est inférieur en altitude aux pics de la Bosnie et du Skhar ; mais il est plus beau à cause du désordre pittoresque de ses pyramides, des forêts de pins el de hètres qui en recouvrent les pentes, surtout sur le versant oriental, et de l'aspect plus méridional des plaines qui s'étendent à sa base. La montagne de roches éocènes qui forme le centre même du massif, le Z\gos, Lakhmon des anciens Grecs, n'est pas assez élevée pour commander ladimirable panoramas mais Si lon gravit dans le voisinage les cimes déchiquelées el rocailleuses du Peristera-Vouna où du Smolika, on peut apercevoir à la fois les eaux de la mer Égée et celles de la mer lonienne : on distingue même les rivages de la Grèce au delà du golte d'Arta.
Un lac célèbre occupe le fond du large bassin ealeaire situé à Ta base occidentale du massif de Metzovo : c’est le lac de Janina. Dans le territoire d'Épire, aucune région ne présente de plus curieux phénomènes que les bords de cette nappe lacustre. Peu profonde, puisque M. Guido Cora n’y a trouvé que des sondes inférieures à une moyenne de 10 mètres, elle ne reçoit guère pour affluents que d'abondantes sources jaillissant du pied des rochers ;
elle n'a point un seul émissaire visible, mais, d'après le voyageur Leake, chacun des deux bassins qui la composent, et qui sont réunis Fun à l'autre par un canal marécageux obstrué d'îles et de jones, a son écoulement caché, Le lac du nord ou Labehistas se déverse dans un gouffre où roirihora pour aller reparaître au sud-ouest en un torrent considérable qui se jette dans la mer fonienne, vis-evis de Corfou: c'est le Thiais, le Mavropotamos de nos jours, Plus au sud, jaillit des rochers antique Achéron, que vient gonfler plus bas un autre torrent non moins célèbre, le Cocyte aux eaux isalubres où le Bobos des indigènes: le golfe, dans lequel se jette cette masse liquide, avait du temps des anciens le nom de € Baie des Eaux douces » à cause du flot qui S'y déverse. Le ae de Janina proprement dit n'a, lors de Pétiage, qu'un seul émissaire plongeanten cascade dans un abime au-dessus duquel tournent les roues d'un moulin les ruines eyelopéennes de li eité pélasgique d'Hella dominent cet entonnoir aux eaux grondantes. La rivière souterraine rejaillit à une grande distance au sud, non pour descendre vers mer lonienne, comme PAchéron, mais pour se déverser dans le golfe d'Arta. Lorsque le niveau du lac est plus élevé, quatre autres avaloirs », ouverts en forme de crible dans les rochers, recoivent Fexcédant de la masse liquide, lc digèrent», ainsi que le disent les Grecs du pays, el la portent dans le même canal d'écoulement: de petits lacs placés de distance en distance au-dessus du canal souterrain sont comme des «regards » par lesquels se révèle le courant caché. L'importance considérable que les déversoirs du lac de Janina ont prise dans lt mythologie grecque, ces noms si redoutés des rivières infernales, le Coeyte et PAchéron, témoignent de Finfluence que durentexercer les Pélasges de ces contrées sur la civilisation hellénique. Les mythes des antiques Hellopiens étaient devenus ceux de Lous les Grecs, et nul temple de Fellade n'était plus vénéré que leur principal sanctuaire, la forêt de Dodone, où Fon entendait murmurer l'avenir dans le feuillage des chênes. Peut-être estce près des ruines de quelques-unes de ces villes evelopéennes, fort nombreuses dans le pays, qu'il faudrait chercher ce lieu sacré; d'après certains auteurs, est plutôt aux bords mêmes du lac de Janina que se trouvait la forêUmystérieuse ; quelquesuns veulent, à tort sans aucun doute, que Femplacement précis en soit indiqué par le château fort où vivait au commencement du siècle le terrible Ali-Tepeleni, pacha d'Épire, ce monstre qui se faisait gloire d'être une «torche ardente pour consumer les hommes ». |
À l'ouest du bassin de Janina, les montagnes du pays de Nouli atteignent encore un millier de mètres, mais les autres massifs, quoique fort abrupts
et d'un abord difficile, sont beaucoup moins élevés, et près de lt mer
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