‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 108 sur 545 · ALBANAIS · texte numérisé non relu

ALBANAIS

tuent des sociétés régulières ayant des jours de réunion, des fêtes et un budget commun.

En dépit de ce penchant remarquable qui porte les Albanais à s'associer en clans et en communautés, en dépit de leur amour enthousiaste pour leur pays natal, les populations chkipétares sont restées sans cohésion politique; les conditions physiques du sol qu’elles habitent et leur malheureuse passion pour les batailles les ont condamnées à l’éparpillement des forces et, par suite, à la servitude. Les haïnes religieuses entre musulmans et chrétiens, entre grecs et latins, ont dù contribuer au même résultat,

On admet généralement que le nombre des Albanais mahométans dépasse celui des chrétiens de diverses confessions, mais le manque de statistiques sérieuses ne permet pas à cet égard d’affrmations positives. Lorsque les Turcs furent devenus les maîtres du pays et que les plus vaillants des Albanais se furent réfugiés en Htalie pour échapper à l'oppression de leurs ennemis, la plupart des tribus restées en arrière furent obligées de se convertir à l'Islam ; en outre, nombre de chefs qui vivaient de brigandage trouvèrent leur intérêt à se faire musulmans afin de continuer leurs dépradations sans danger ; sous prétexte de guerre sainte, ils ne cessaient d'accroître par la violence leurs domaines et leurs richesses. Telle est la cause de ce fait général que la population mahométane de l'Albanie représente l'élément aristocratique, du moins dans toutes les villes. Ce sont eux qui possèdent la terre, et le paysan chrétien, quoique libre d’après la loi, n’en reste pas moins asservi au seigneur qui lui fait des avances et le tient toujours à sa merci per la faim. D'ailleurs les Albanais musulmans ont plus de fanatisme guerrier que de zèle religieux, et nombre de leurs cérémonies, surtout celles qui se rapportent aux souvenirs de la patrie, ne diffèrent en rien de celles des chrétiens. IIS se sont convertis, mais sans la moindre conviction; ainsi qu'ils le disent eux-mêmes eyniquement : « Là où est épée, là est la foi! »

En beaucoup de districts aussi, la conversion n'eut lieu que pour la forme et les chrétiens zélés continuèrent de pratiquer secrètement leur culte; aussi, dès que la tolérance du gouvernement le leur a permis, de nombreuses populations albanaises, devenues mahométanes en apparence, se sont-elles empressées de revenir publiquement à leurs anciens rites. Quant aux clans guerriers des montagnes, Mirdites, Souliotes, Acrocérauniens, ils n'avaient pas besoin d'attendre le bon plaisir des Tures, ils restèrent chrétiens de l'église romaine où de léglise grecque. La limite qui sépare les Guègues et les Tosques coïncide à peu près avec celle des

deux religions : au nord du Chkoumb vivent les Albanais catholiques, au

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sud les orthodoxes grecs. C'est à cette dernière religion qu'appartiennent aussi tous les Hellènes et les Zinzares de F'Abanie méridionale. Également soumis au croissant, grecs et latins se vengent de leur servitude commune en se haïssant furieusement les uns les autres: e'est Bt sans doute la principale raison qui n'a pas permis aux Albanais de reconquérir leur indépendance, comme Font fait les Serbes.

Encore à la fin du siècle dermier, FAlbanie du Sud et l'Épire étaient un pays tout féodal, Les chefs de elans et les pachas tures, eux-mêmes à demi indépendants du sultan, habitaient les châteaux forts perchés sur les rochers, et de temps en temps ils descendaient suivis de leurs hommes d'armes, où pour mieux dire des brigands qu'ils avaient à leur solde, La cuerre étut en permanence, et les limites des possessions changeaient

incessumment avec le sort des armes entre les diverses tribus et les sei-

eneurs. Le terrible Ali de Janina changea cet état de choses, il fut le Richelieu de Paristocratie chkipétare. Depuis qu'il à promené le niveau sur les petits et les grands à la fois, la paix est faite dans la servitude, et le pouvoir central a gagné en force ce qu'ont perdu les seigneurs et les chefs de famille.

C'est dans PAbanie seplentrionie, parmi les populations indépendantes,

Qu'il faut aller pour voir encore un état social qui rappelle te moyen âge. Dés qu'on à passé la Mat, au nord de Tirana, on aperçoit du chansement. Tous les hommes sont armés: le berger, Le laboureur lui-même ont la carabine sur Pépaule; les femmes et jusqu'aux enfants ont le pistolet à la ceinture : éhacun à dans sa main la vie d'un autre homme et la délense de Li sienne propre. Les familles, les clans, les tribus, ont leur organisation militaire toujours complète : qu'on les appelle au combat, tous sont debout, prêts à la bataille. Souvent les fusils partent d'euxméômes. Qu'une tête de bétail manque dans un troupeau, qu'une insulte soit proférée dans un moment de colère, et a guerre sévit entre les tribus, Naguère le grand ennemi élit le Serbe monténégrin, ear le pauvre montagnard, reléeué dans ses hautes vallées au milieu de rochers stériles, est souvent obligé pour vure de fure Le métier de brigand et de moissonner pour son comple les terres du voisinage. Les maîtres tures sont enchantés de ces haines qui séparent les Albanais et les Monténégrins et S'emploient soigneusement à les entretenir. Les tribus de Ta Kraina, entre li Montagne-Noire et Le lac de Skodra, les clans des Malissores, les Klementi, les Dukagines, sont récompensés de leurs services guerriers par une exemption d'impôts. Quoique nominalement sujets de la Porte, ils

sont indépendants de fuite omais que Fon touche à leurs immunités, et ls

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