‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 107 sur 545 · LINZARES ET ALBANAIS. [EH · texte numérisé non relu

LINZARES ET ALBANAIS. [EH

En dehors de ces Zinzares, des Épirotes grecs, des Serbes et des Osmanlis peu nombreux des grandes villes, la population de la Turquie occidentale, entre les montagnes de la Bosnie et la Grèce, est composée de Guègues et de Tosques à demi barbares, dont l'état social ne s’est guère modifié depuis trois mille années. Par leurs mœurs, leur manière de sentir et de penser, les Albanais de nos jours nous représentent encore les Pélasges des anciens temps : mainte scène à laquelle assiste le voyageur le transporte en pleine Odyssée. George de Hahn, le savant qui a le mieux étudié les Chkipétars, croyait voir en eux de véritables Doriens, tels que devaieni être les Héraclides lorsqu'ils abandonnèrent les montagnes de l'Épire pour aller à la conquête du Péloponèse. Ils ont mème courage, même amour de la guerre et de la domination, mème esprit de élan ; ils ont aussi à peu près le mème costume : la blanche fustanelle, élégamment serrée à la taille, n'est autre que l'ancienne ehlamyde. Parmi tant d’autres traits de ressemblance, les Guègues, comme les Doriens d'autrefois, éprouvent cette passion mystérieuse que des historiens de Fantiquité ont malheureusement confondue avec un vice sans nom, et qui lie des hommes faits à des enfants par une affection pure et dévouée, par ur amour idéal où les sens n’ont aucune part.

[n'est pas un peuple moderne dont les annales militaires offrent des exemples de vaillance plus étonnants que ceux des Albanais. Au quinzième siècle, ils ont eu leur Scanderbeg, leur « Alexandre le Grand », qui n'eut certes pas pour sa gloire un théâtre aussi vaste que le Macédonien, mais qui ne lui fut point inférieur par le génie, et fut bien autrement grand par la justice et la bonté. Et quelle peuplade dépassa jamais en courage ces monlagnards souliotes où sur des milliers il ne se trouva pas un vieillard, pas une femme, pas un enfant pour demander grâce aux massacreurs envoyés par Ali-Pacha ? L'héroisme de ces femmes souliotes qui mettaient le feu aux aissons de cartouches, qui se précipitaient du haut des rochers ou s’élançaient dans les torrents en se tenant par la main et en chantant leur chant de mort, restera toujours l’un des étonnements de l’histoire.

Mais à cette vaillance se mèle encore chez maintes tribus albanaises une grande sauvagerie. La vie humaine est tenue pour peu de chose parmi ces populations guerrières ; et dès qu'il est versé, le sang appelle le sang, les victimes se vengent par d'autres victimes. On croit aux vampires, aux fantômes, et parfois on à brûlé des vieillards, soupçonnés de pouvoir tuer par leur haleine. L'esclavage n'existe point, mais la femme est toujours serve ; elle est considérée comme un être tout à fait inférieur, sans droit et sans volonté. La coutume élève entre les deux sexes une barrière plus difficile à franchir que ne le sont ailleurs les murs du gynécée le mieux gardé. La

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jeune fille n’a le droit de parler à aucun jeune homme : pareil acte serait un crime que le père où le frère laveraient peut-être dans le sang. Les parents écoutent parfois les vœux du fils quand ils songent à le marier, jamais ils ne consultent la fille. Souvent ils l'ont déjà fiancée dès le berceau; quand elle atteint sa douzième année, ils la cèdent au jeune homme choisi moyennant un trousseau complet et une somme d'argent fixée par la coutume, ne dépassant pas une moyenne de vingt-cinq francs. C'est à ce prix que les pères se débarrassent de leurs filles et que l'acheteur en devient à son tour le maître absolu, non sans avoir, suivant la coutume de presque tous les peuples antiques, procédé à un simulacre d'enlèvement. Désormais la pauvre femme vendue comme une esclave doit travailler à outrance pour son mari et à sa place; elle est à la fois ménaère, laboureur, ouvrier; les poésies la comparent justement à la navette toujours active », tandis que le père de famille est représenté comme « le bélier majestueux qui précède le troupeau en faisant résonner sa clochette ». Et pourtant cette femme st méprisée, cette bête de somme abrutie par le travail, est parfaitement à Pabri de toute insulte; elle pourrait traverser le pays d'un bout à Fautre sans avoir à craindre qu'on lui adresse une seule parole déplacée : le malheureux qui se met sous sa protection est un être sacré.

Les liens de la famille sont très-puissants chez les Albanais. Le pére garde ses droits de maître souverain jusque dans Pâge le plus avancé, et, Lant qu'il existe, tout ce que gagnent ses enfants et ses petits-enfants lui appartient; souvent même a communauté familiale n'est point brisée après sa mort, La perte d'un membre de a famille, surtout celle des jeunes hommes, est de la part des femmes Pobjet de pleurs et de Tlamenlations effroyables qui ont eu souvent pour suite de longs évanouissements et même la démence; mais on pleure à peine la mort de ceux qui ont atteint le terme naturel de la vie. Les diverses familles d'une descendance commune moublient point leur parenté, mème quand le nom de leur ancèlre S'est depuis longtemps perdu; ils restent unis en clans appelés phis où pharas, qui se groupent solidement pour la détense, pour Pattaque ou pour la gérance d'intérêts communs. Chez les Albanais, comme chez les Serbes et chez maints peuples anciens, la fraternité du choix n'est pas moins solide que celle du sang : les jeunes gens qui veulent devenir frères se lient par des serments solennels en présence de leurs familles et, s'ouvrant une veine, boivent quelques gouttes du sang l'un de Pautre. i puissant est en Albanie ce besoin d'association familiale, que très-souvent des enfants élevés ensemble restent unis pendant toute leur vie et consti-

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