INDUSTRIE ET COMMERCE DE L'ALBANIE
il en est aussi qui émigrent sans esprit de retour, et quelquefois par bandes entières. Depuis longtemps déjà, les industriels nomades de l'Épire et de l'Albanie du Sud ont reconnu les avantages de la division du travail; aussi chaque vallée at-elle sa spécialité : lune fournit des bouchers, une autre des boulangers, une autre encore des jardiniers; un village des environs d'Argyro-Kastro donne à Constantinople tous ses artisans fontainiers; le distriet de Zagori, d'où venaient peut-être les anciens Aselépiades de la Grèce, expédie ses médecins, ou, pour mieux dire, ses crebouteux », dans toutes les villes de la Turquie d'Europe et d'Asie, Un grand nombre d'Albauais enrichis reviennent couler leurs vieux jours dans la patrie et s'y bâtissent de belles maisons, qu'on est tout étonné de rencontrer au milieu de ces äpres rochers de l'Épire, En quelques localités écartées, de riches demeures remplacent les anciennes forteresses seigneuriales, espèces de tours grossièrement bâties, el sans autres ouvertures aux étages inférieurs que des meurtrières, où brillaient souvent les canons des fusils.
Ainsi les Albanais eux-mêmes sont entraînés dans un mouvement général de progrès, et quand ils seront entrés en relations suivies avec les autres peuples, on peut espérer à bon droit qu'ils joueront un rôle important, car ils se distinguent, en général, par la finesse de esprit, la clarté de la pensée el la force du caractère. Les montagnards de P'Albanie ont sur les Bosniaques et les Monténégrins lavantage d’avoir un littoral maritime ; mais ils n'en profitent guère, non-seulement à cause du brigandage, de leurs dissensions intestines et de leur manque d'industrie, mais aussi à ause des obstacles que leur opposent les escarpements de leurs montagnes, le manque de ponts et de routes, les fièvres de la côte et les envasements continuels de leurs rivages, sans cesse agrandis par les alluvions de leurs boueuses rivières. Si grandes que soient ces difficultés, on s'étonne néanmoins de voir combien faible est la navigation sur les côtes de Albanie. Épiroles et Guègues ne sont-ils pas de la même race que ces corsaires hydriotes qui, lors de la guerre de l'indépendance hellénique, ont su faire naître de l’'Archipel des flottes entières, et qui, depuis, sont restés les premiers parmi les excellents marins de la Grèce? Et pourtant les ports de la côte albanaise, Antivari, Saint-Jean de Medua, lun des jus sûrs de la mer Adriatique, Durazzo, Avlona, Parga, perdue dans sa forêt de citronniers, même la forte Prevesa, entourée de sa forêt de plus de cent mille oliviers, n’ont qu'un tout petit commerce de détail, desservi pour les deux tiers par des navires de Trieste et leurs équipages austro-dalmates : le total des échanges de la côte atteint à peine vingt millions de francs. À lexception des Acrocérauniens et des habitants de Dulcigno, le port maritime
de Skodra, nul Albanais ture ne se hasarde sur la mer pour la pêche ou le commerce. Malgré la fécondité naturelle des vallées, les articles d'exportation manquent presque complétement, On n'exploite point de mines en Albanie, et l'agriculture y est à l'état rudimentaire. En Épire, on ne connaît guère que l'élève des moutons et des chèvres. Chaque famille ÿ possède en moyenne un troupeau d’une quarantaine de têtes.
À l'époque romaine, ces contrées étaient également fort délaissées ; seulement une cité somptueuse, Nicopolis, bâtie par Auguste, pour rappeler le souvenir de sa victoire d'Actium, s'élevait sur un promontoire au nord de la ville actuelle de Prevesa : des troupeaux en parcourent maintenant les ruines. Une autre ville, Dyracchium, le Durazzo des Italiens, qu'entourent des campements de Tsiganes, avait une certaine importance comme lieu de débarquement des légions romaines et comme point d'attache de la Via Egnatia, qui traversait de l'est à l'ouest toute la péninsule thraco-hellénique : c'était la ville qui reliait l'Orient à l'Italie; de nos jours c’est là que vient aboutir le télégraphe transadriatique. Il est possible que, dans un avenir prochain, lorsque la Turquie fera de nouveau partie dans son entier du monde européen, le port d’Avlona remplace Dyracchium dans le tôle d’intermédiaire entre les deux pays : ce serait, relativement à Brindisi, le Calais de ce Douvres italien. Aussi bien situé que Durazzo comme point de départ d’un chemin de fer transpéninsulaire, Avlona a l'avantage d’être beaucoup plus rapprochée de la côte d'Italie et d’avoir un port sûr et profond, parfaitement abrité par l'ile de Suseno et la « languette » d'Acrocéraunie.
En attendant qu'une ville de commerce s’établisse sur la côte et remplace les misérables « échelles », auxquelles on donne le nom de ports, tout le mouvement des échanges se concentre dans les deux cités de Skodra et de Janina et dans quelques autres villes de l’intérieur. Les plus considérables sont Prisrend, dont les grands se vantent de la magnificence de leurs costumes et de la beauté de leurs armes; Ipek, Pristina, Djakova, toutes situées au pied du Skhar, dans les magnifiques vallées où doivent nécessairement s’'opérer les échanges entre la Macédoine et la Bosnie, entre es Serbes et les Albanais. Dans la région maritime, Tirana, Berat, Elbassan, l'antique Albanon, dont le nom se confond avec celui du pays lui-même, ont aussi quelque importance. Enfin, Goritza, au sud du lac d'Okrida, est également un lieu de trafic assez fréquenté, grâce à sa position sur le seuil de passage entre le versant de la mer Adriatique et celui de la mer Égée. De même que Prisrend, Skodra et Janina occupent, au débouché des montagnes, des sites où devaient s’agglomérer les populations à cause des avantages
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