‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 116 sur 545 · PAYSAGES DE LA BOSNIE · texte numérisé non relu

PAYSAGES DE LA BOSNIE

obstruaient; tel autre lac est de formation nouvelle, parce que des conduits se sont oblitérés. Rien de plus curieux que le cours de la Trebintchitza, dans P'Herzégovine occidentale, Elle parait, disparait, pour reparaitre encore : un de ses bras, tantôt visible, tantôt caché, va unir à la Narenta, en traversant la plaine de Kotesï, Lour à tour campagne altérée et beau lac plein de poissons. D’autres émissaires, passant par-dessous les montagnes, jaillissent au bord de la mer en magnifiques fontaines, dont Fune est la fameuse Ombla, qui se déverse dans la rade de Gravosa, au nord de Raguse.

« Là où finissent les pierres el où commencent les arbres, à eommence la Bosnie, » disaient autrefois les Dalmates ; mais déjà certaines régions bosniaques ont perdu leur végétation. Ainsi les plateaux de Herzégovine, de même que ceux du Montenegro et que les montagnes de la Dalmatie, sont presque entièrement dépouillés de leurs forêts; toutefois li Bosnie proprement dite est encore admirablement boisée. Près de la moitié du terriloire est couverte de forêts; dans les plaines, est vrat, les bois, où le paysan porte la hache à son gré, sont en maints endroits réduits à Pétat de broussailles; mais dans la région des montagnes, les forêts, encore vierges, sont composées de grands arbres. Les principales essences d'Europe sont représentées dans ces bois magnifiques, le noyer, le châtaignier, le ülleul, l'érable, le chêne, le hêtre, le frêne, le bouleau, le pin, le sapin, le mélèze; malheureusement les spéculateurs autrichiens profitent des routes, qui commencent à pénétrer dans Pintérieur du pays, pour dévaster et détruire ces forêts, qu'il faudrait aménager avec soin. On entend rarement les oiseaux chanteurs dans ces grands bois, mais les animaux sauvages y sont nombreux : ours, sangliers et chevreuils + trouvent leur abris on y tue ant de loups que leurs peaux sont un des articles importants du commerce de Ta Bosnie. Prise dans son ensemble, la contrée est d'une admirable fertilité : e’est une des terres promises de FEurope par lextrème fécondité de ses vallées; peu de régions ont aussi plus de grâce champêtre, La vallée dans laquelle se trouvent les deux cités de Travnik et de Serajevo est surtout célébre par le charme de ses paysages. En certains districts, notamment sur les frontières de la Croatie et dans le voisinage de la Save, de grands troupeaux de pores, à peu près libres, errent au milieu des forêts de chênes : de le nom de @pays des cochons », donné par les Tures en dérision à toute la Basse-Bosnie.

À l'exception des Juifs, des Tsiganes et de quelques Osmanlis, fonetionnaires, soldats et marchands, qui vivent dans les villes les plus populeuses

de Ta Bosnie, tous les habitants des Alpes illyriennes sont de race slave. Près de la frontière autrichienne, dans la Kraïna, ils se disent Croates, et le sont en effet; mais ils différent à peine de leurs voisins les Serbes bosniaques et des Raïtzes ou Nlaves de la Rascie, devenue actuellement le sandjak de Novibazar : leur pays est la terre classique de ces piesmas ou chants populaires dans lesquels les Slaves méridionaux trouvent le dépôt, sacré pour eux, de leurs traditions nationales. Les habitants de l'Herzégovine sont peut-être ceux qui ont le type spécial le plus caractérisé. Ils descendent, paraît-il, d'immigrants slaves, venus, au septième siècle, des bords de la Vistule; de même que leurs voisins les Monténégrins, ils ont un parler bien plus vif que les Serbes proprement dits; ils emploient aussi de nombreuses tournures de phrase particulières, et plusieurs mots italiens se sont glissés dans leur langage.

Si les Bosniaques sont, pour la plupart, unis par l’origine, ils sont divisés par la religion, et c’est de là que provient leur état de servitude politique. Au premier abord, il semble en effet très-étonnant que les Slaves de la Bosnie n'aient pas réussi, comme leurs frères Serbes, à secouer le joug des Ottomans. Ils sont beaucoup plus éloignés de la capitale de l'empire, et leurs vallées sont d'un accès bien autrement difficile que les campagnes de la Serbie. Leur pays tout entier peut être comparé à une immense citadelle, dont le mur le plus élevé se dresse précisément au midi, comme pour défendre l'entrée aux Osmanlis. Une fois ce rempart escaladé, il faudrait forcer successivement chaque défilé de rivière, gravir chacune des crètes parallèles des monts; en mille endroits, quelques hommes devraient suffire pour forcer à la retraite des bataillons entiers. Le elimat lui-même devrait servir à protéger la Bosnie contre les Tures, car il diffère beaucoup de celui du reste de la Péninsule; les pentes inclinées vers le nord et les barrières de montagnes, qui arrêtent au passage les tièdes courants atmosphériques, donnent à la Bosnie une température bien plus froide que ne le comporte la latitude de la contrée. Et pourtant, malgré les avantages que présentent le sol et le climat au point de vue de la défense, toutes les tentalives de révolte qu'on a faites contre les Turcs ont lamentablement échoué. C'est que les musulmans et les chrétiens bosniaques sont ennemis les uns des autres, et que, parmi les chrétiens eux-mêmes, les catholiques grecs, régis par leurs popes, et les catholiques de Rome, qui obéissent aveuglément à leurs prêtres franciscains, se détestent et se trahissent mutuelle-

‘Étant divisés, ils sont forcément asservis et l'abjection de la servies a rendus pires que leurs oppresseurs.

musulmans de la Bosnie, qui se donnent à eux-mêmes le nom de

RRGRSNEES

Page 1