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TERRITOIRE ET POPULATION DU MONTENEGRO

mais tulle part on ne voit un plus grand nombre de petits bassins juxtaposés en un vaste système, Le voyageur est d'autant plus frappé de toutes ces Inégalités du plateau, de ces montées et de ces descentes sans fin, que les chemins sont d'abominables sentiers aux pierres roulantes ou des escaliers de roches bordés de précipices. La capitale du Montenegro, la petite bourgade de Cettinje, où l’on compte un peu plus de cent maisons, est elle-même située au cœur des montagnes dans un de ces bassins d’origine lacustre, et pour y monter il faut se livrer à une pénible escalade, Naguère lés Monténégrins se gardaient bien d'améliorer leurs chemins et de rendre leurs villages facilement accessibles : là où passent les voitures, les canons de lennemi peuvent passer aussi. Toutefois les nécessités du commerce et les convenances de la petite cour monténégrine ont fait récemment construire une route carrossable de Cettinje à Cattaro.

Quoique frères des Serbes du Danube, les habitants de la Montagne Noire se distinguent par des traits spéciaux qu'ils doivent à leur vie de combats incessants, à l'élévation et à l'âpreté du sol qui les nourrit, et sans doute aussi au voisinage des Albanais. Le Monténégrin n’a pas les allures tranquilles du Serbe de la plaine : il est violent et batailleur, toujours prêt à mettre la main sur ses armes; à sa ceinture il a tout un arsenal de pistolets et de couteaux; même en eultivant son champ il a la carabine au côté. Récemment encore il exigeait le prix du sang. Une égratignure même devait se payer, une blessure valait une autre blessure et la mort appelait la mort. Les vengeances se poursuivaient de génération en généation entre les diverses familles tant que le compte des têtes n’était pas en règle de part et d'autre, ou qu’une compensation monétaire, fixée d’ordinaire par les arbitres à dix sequins par « sang », n'était pas dûment payée. De nos jours les cas de vengeance héréditaire sont devenus rares ; mais, pour remplacer la justice coutumière, la loi édictée par le prince a dû se montrer d’une sévérité terrible : meurtriers, traîtres, rebelles, réfractaires, voleurs doublement récidivistes, incendiaires, infanticides, coupables de lèse-majesté, profanateurs du culte, tous sont également condamnés à la fusillade, Comparé au Serbe danubien, le Csernagorsque est encore un barbare. Il est également moins beau. Les femmes ne se distinguent pas non plus par la régularité des traits ; elles n’ont pas la figure noble de leurs compatriotes de la Serbie, mais elles ont en général plus de grâce et d'élasticité dans les mouvements. Elles sont très-fécondes ; aussi, quand une famille est trop nombreuse, arrive-til fréquemment que les amis de la maison adoptent un ou plusieurs enfants.

Avant l'invasion des Osmanlis, les hauts bassins du Montenegro n’étaient

pas encore la demeure de l'homme; les bergers et les bandits étaient les seuls qui en parcourussent les pâturages el les forêts. Mais, pour éviter l'esclavage, les habitants des vallées inférieures durent se réfugier au milieu de ces roches élevées, sous lâpre elimat des hauteurs, et lâcher d'y maintenir leur existence par la culture et l'élève des bestiaux, maintes fois aussi par le brigandage. L'exploitation barbare d'un sol ailleurs peu fertile ne pouvant procurer aux Monténégrins que de maigres récoltes, le pays est trop peuplé en proportion de ses faibles ressources ; souvent la disette prend les proportions d'une véritable famine. De’ nombreux Uscoques, e’est-à-dire des fugitifs bosniaques échappés au joug des Musulmans, accroissent encore la misère en diminuant a part de terrains eultivables qui revient à chacun, a fallu diviser le sol en propriétés particulières, en innombrables parcelles: quant aux pâturages, ils sont encore en ecommun, suivant la vieille coutume serbe, D'après les recensements officiels, il y aurait environ denx cent malle habitants dans Ta Montagne Noire, Ces statistiques ont été peut-être un peu forcées dans Pintention d'effraver les Tures par un nombre fantastique de guerriers, comme Font fait en maintes occasions des batteries de troncs d'arbres stimulant des bouches à feu; mais la population monténégrine ne S'élevätelle qu'à cent vingtou cent quarante mille habitants, elle serait déjà trop considérable pour cette région de montagnes! Aussi les incursions armées des Csernagorsques dans les vallées limitrophes étaient-elles pour ainsi dire une nécessité économique, Souvent nv avait pas de choix 2 il fallait mourir de faim ou pére sur le champ de bataille. Les Monténégrins choisissaient cette der: nière alternative, La mort violente les effravait si peu qu'ils la souhaitaient au nouveau-né, € Puisse-til ne pas mourir dans son HET » tel était le va que formulaient les parents et les amis à côté du berceau de Fenfant, Et lorsqu'un homme avait pourtant la malchance de succomber à la maladie ou à la vieillesse, on se servait d'un euphémieme pour déguiser le genre de mort: «Le Vieux Meurtrier Fa tué!» C'est ainsi qu'on chait d'exeuser le défunt.

Les expéditions guerrières des Csernagorsques annuelles où même continues avant que l'Europe n'y eût mis un terme, n'étaient en réalité que des récoltes à main armée, C'est pour vivre qu'ils ont envahi au nord, dans lerzégovine, les vallées de Grahovo et de Niksieh; c’est pour avoir

du pain qu'ils ont à tant de reprises cherché à conquérir les terres fertiles

Superficie du Montenegro. , , 4. , , , . 4.427 kilomètres carrés. Population en 1864. . RE RE 196,000 habitants. Population kilométrique. 4, 4 4, 4 44 »

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