MONTÉNÉGRINS
de la Basse Moratcha et les bords du lac de Skodra ; c’est également pour assurer leur existence qu’ils ne cessent de réclamer le petit port de Spitsa, qui leur donnerait un débouché vers la mer et leur permettrait d'importer librement le sel, la poudre et les autres articles que leur vendent à beaux deniers les marchands de Cattaro. Poussées par la nécessité, des familles de Monténégrins allaient jusqu’à cultiver des terres sous le canon des forteresses turques : la garnison leur tirait dessus, mais les travailleurs restaient à leur poste. Celui qui s’enfuyait avait à payer une forte amende et mettait un tablier de femme. Mais, depuis que l'Europe entière a dû se mêler des conflits qui éclataient à tout propos entre les Monténégrins et les Musulmans leurs voisins, la frontière de la Csernagore a été strictement délimitée, et maintenant elle est devenue assez sûre pour que des voyageurs puissent se hasarder sans crainte éans les contrées, naguère inabordables, qui s'étendent à l’est du Montenegro. Les habitants de la montagne sont bien forcés de s'entendre parfois avec leurs voisins de la plaine pour faire échange de bons offices : en été ils permettent aux gens du littoral de mener leurs bestiaux sur les hauts pâturages, tandis qu'en hiver îls descendent euxmêmes et sont accueillis en amis.
Le commerce légitime contribue aussi à nourrir les Csernagorsques. C'est le Montenegro qui fournit Trieste et Venise des viandes fumées de chèvre et de mouton que demande la marine pour ses approvisionnements; il expédie aussi chaque année environ 200,000 têtes de petit bétail, ainsi que des peaux, des graisses, le poisson salé de son lac, du fromage, du miel, du sumac, de la poudre insecticide. Ses exportations annuelles sont évaluées à plus d'un million, et ces expéditions se font, pour une forte part, au compte des Csernagorsques eux-mêmes, qui s'associent pour ce trafic avec les armateurs de Cattaro. En outre, le Monténégrin, comme son voisin l'AIbanais, émigre pour aller dans les grandes villes chercher les petits profits que ne lui procurerait jamais son pays. On compte des milliers d'émigrants de la Montagne Noire à Constantinople : ils y exercent les métiers de portefaix, de manœuvres, de jardiniers, et vivent du reste en fort bonne intelligence avec le Ture, « l’ennemi héréditaire de leur race. » En temps de paix, ils émigrent aussi dans toutes les grandes villes de l'Empire Ottoman ; ils sont même assez nombreux en Égypte.
Les seuls étrangers qui résident en groupes considérables dans la Montagne Noire sont des Tsiganes; ils ressemblent d'ailleurs complétement aux Serbes du pays : ils ont même langue, même costume, mème religion, mêmes mœurs; ils ne diffèrent que par le métier, car ils sont tous forgerons et serruriers. Nul Monténégrin ne voudrait exercer leur profession
{ ‘a Dell © méprisée, [ls sont tenus à l'écart et n'ont point le droit de se marier dans AIN Un te HE + les familles des Serbes, HN 4 if HE 4 | À { Le gouvernement de Montenegro est un mélange bizarre de démocratie, ne re À de féodalité et de pouvoir absolu. Les citoyens, tous armés, S'abordent avec Î ; ï des allures d'égaux, mais ils sont loin de Fâtre. Les diverses classes qui Ie k composent la nation subisent toujours Fautorité des familles puissantes; | | i de son côté, le souverain, soutenu par l'influence de la Russie, et même | l k subventionné par elle comme fonctionnaire de FÉtat, ne est pas fait faute | li | 11e d'imiter le tsar en concentrant tous les pouvoirs en sa personne, En sa qua- | l A té de « Seigneur saint », 11 S'approprie les deux tiers du revenu national, | on Le sénat on sorjet qui Fassiste pour élaborer les décrets est un conseil Bi consultatif nommé par le prince et composé d'officiers La skoupchtina ext une simple réunion des doyens des tribus, venus pour écouter el applaudir le <discours du trône », Toutefois depuis FS9 le Fniaz à cest de cumuler le titre d'évèque où rladika avec ceux de grand-juge et de commandant des armées, La eonstitation de FÉglise grecque interdisant le mariage aux évêques, le prinee Danilo à dû, pour se marier, déléguer 4 | l'épiscopat à Fun de ses cousins, KE Tout le territoire monténégrin est organisé militairement, à peu près 1 1 comme l'étaient naguère les «Confins » de la Croatie et de la Slavonie austro- ETAT hongroises, La population est divisée par groupes de combattants, tenus de APE | marcher au premier signal. Tons les chefs, voivodes, capitaines, centurions | j : FEU et déeurions, sont en même temps administrateurs eivils et juges. Hs infligent | | les amendes et en perçoivent leur part. | j Le pays se divise militairement et administrativement en huit nahiés. Le qi Le De ces nahiés, quatre : Bielopastitehka, Piperska, Moratehka et Koutehka, | (E 1H se trouvent dans la vallée de la Morateha et constituent les Berda. Les [ Î 2 A quatre autres, Katounska, Rietehka, T<ernitsa et Liechanska, occupent les - (ll hauts plateaux et forment la Montagne Noire proprement dite, À lexcep- l ll lion d'une nahié, toutes les autres se divisent en tribus, constituées par la RU réunion de plusieurs € parentés », subdivisées elles-mêmes en familles. | De l U u 1 P 1 l | c