ANCIENS GLACIERS ET LACS ITALIENS
erratiques; mais on se demande encore comment elles ont pu faire le voyage, car c’est à une distance considérable au nord que s’arrètent dans la plaine les moraines des anciens glaciers alpins. Quant aux moindres débris glaciaires, ils constituent de trop vastes amas pour que le travail de l'homme puisse y faire antre chose que d'insignifiants déblais. Les collines de Solferino, de Cavriana, de Somma-Campagna, célèbres dans l'histoire des batailles, sont entièrement composées de ces débris tombés des flancs des Alpes centrales, beaucoup plus élevées alors qu'elles ne le sont aujourd'hui.
En reculant vers les hautes vallées, les glaciers du versant méridional des Alpes ont graduellement mis à nu le sol qu'ils recouvraient et révélé les profondes cavités emplies actuellement par les beaux lacs de la Lombardie. Ces réservoirs lacustres ont eu pendant les âges modernes de Ta planète lhis- Loire géologique la plus variée. Lorsque la plaine du Piemont et de la Lombardie était un golfe de PAdriatique, ces dépressions, dont le fond est encore au-dessous du niveau marin, devaient être des bras de mer semblables aux fjords actuels du Spitzherg et de la Scandinavie. Il existe même un témoignage fort curieux de cet ancien état de choses : tous les lacs lombards renferment une espèce de sardine, l’agone, que les naturalistes croient être d’origine océanique; le lac de Garde, plus rapproché de la mer et séparé d'elle depuis des âges moins éloignés, est en outre habité par deux poissons marins adaptés à leur nouveau milieu, et par un palémon, petit crustacé de mer. L'eau salée dans laquelle vivaient ces animaux à dù se vider graduellement à cause du progrès des glaciers; à la fin, les bassins des fjords se seront trouvés comblés presque en entier, et ies seuls restes des anciens bras de mer auront été quelques petits réservoirs d’eau douce retenus çà et à entre les parois des montagnes et !crsse envahissante des glaces. Pendant ce temps, les moraines, les débris glaciaires, les alluvions distribuées par les torrents ont fait leur œuvre géologique, et quand, à la suite d’un nouveau changement de climat, les glaciers commencèrent leur mouvement de recul, ils furent remplacés à mesure dans les énormes cavilés des anciens fjords par les eaux bleues des lacs. Les matériaux apportés des montagnes avaient désormais coupé toute communication entre la mer el ses golfes d'autrefois.
Depuis cette époque, le nombre des lacs alpins à considérablement diminué, el ceux d’entre eux qui se sont maintenus n'ont cessé de se rétrécir. Dans l'étroit corridor du Piémont, où viennent converger les torrents des Apennins, du Montferrat, des Alpes occidentales et helvétiques, les épaisses
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couches d’alluvions distribuées par les eaux ont depuis longtemps comblé les anciennes cavités lacustres : il n’y reste plus que des « laquets » insignifiants. Les premières nappes d'eau qui méritent le nom de lacs se trouvent seulement dans le bas Piémont, au milieu de campagnes qui s'étendent des deux côtés de la Doire Baltée, À ouest de ee fleuve, Le petit bassin de Candia est comme une goutte laissée au fond d'un vase, en comparaison de la ner intérieure qui se vida lorsque la Poire se fut ouvert une brèche à travers lhémieyele de grandes moraines qui formait la digue méridionale du réservoir. La nappe des eaux, représentée sur la Table de Peutinger sous le nom de lacus Clisius, S'étendait alors sur un espace de plusieurs centaines de kilomètres carrés. La Doire, qui traverse actuellement la plane dans la direction du nord au sud, s'échappait autrefois du lac, beaucoup plus à l'est, par-dessus Le seuit peu élevé qui Timite au sud le laghetio de Viverone où d'Azeglio. Une plaine encore désignée sous le nom de « Doire morte » (Dora morta) témoigne des changements notables qui se sont accomplis dans la géographie de celte partie du Piémont. D'après les chroniques, c'est pendant le quatorzième siècle que se serait accompli le dernier acte de cette révolution dans Le régime de la Doire : c'est alors que les campagnes d'Azeglio, d'Albiano, de Strumbino, encore parsemées de tourbières el d'étangs, émergèrent du fond des eaux.
Depuis que ce réservoir s'est vidé, la série des lacs importants commence à l'ouest par le Verbano où lac Majeur, improprement désigné de ce non, puisqu'il est dépassé en étendue par le lac de Garde, D'anciennes plages, dont Pélévalion moyenne est de plus de 400 mètres au-dessus du niveau de fa mer, montrent que le grand réservoir, son tributaire occidental, le lc d'Orta et ceux de Fest, Varese, Commabhio, Lugano, que limitent au sud d'anciennes moraines frontales, ne formaient qu'une seule et mème nappe d'eau se ramifiant en une multitude de golfes dans les vallées alpines. Mais les continuels affouillements opérés par le fleuve de sortie dans es amas de débris qui retiennent le lac au-dessus des plaines inférieures ont abaissé peu à peu te canal d'émission et fait disparattre toute la couche superticielle des eaux lacustres, Les terrasses glaciaires dont Le Tessin à rongé Ha base à son issue du lie Majeur, s'élèvent actuellement en tilus escarpés de plus de 100 mètres de hauteur au-dessus du Bt fluvial de mème chacun des torrents qui ont remplacé les anciens détroits de jonction, la Ntroni du lac d'Orta, Hi Tresa du lae de Lugano et les divers émissaires des étangs de Varese, coulent entre de hautes berges où bien au fond de défilés sclés lentement par Paction des eaux.
1. | | ET » à , Ces changements considérables dans le régime des lacs ont eu pour s'ac
HA 0 ER DR TES ee LH F4 LACS ITALIENS DES ALPER., 92 $ f complir une série inconnue de siècles, mais la marehe en est assez rapide pour : ANIME qu'il soit permis, par comparaison, de les considérer comme une véritable s
révolution géologique. L'histoire contemporaine nous apprend qu'à l'ex- Ql. 1e trémité suisse du lac Majeur les alluvions du Tessin et de la Maggia em- Re
LA Ml DT piètent sur le le comme à vue d'œil, et que les ports d'embarquement : 1HR doivent se déplacer à mesure, à la poursuite du rivage qui s'enfuit. Il y a à JA
: \ , nn « . n . 4] PER À sept cents ans, le village de Gordola, situé à près de 2 kilomètres du rivage, 0 AROIMPARUE
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que A N9 55, —— ANCIENS LACS wU VERDANO, : (4 pie di | à 1 té | TAN 4 | ‘: by 4 | 1 TE 4 | | 1! | | il EUR Hs LA AE IHERTE U À Ur LEE à: È { 1! | À jil CRUE nue ‘4 à. La LAINE 1) né a: L let de L t dei! 4 cf ! ù ant AS Re 1h! { | f 114 ci He ee DRPR CL lat 28 } RAR IL 2 EE Ÿ3 in il Ari MR Hi : à +. Mie , nn A 5. NS LD LYS SNA dères de Magadino, à Fentrée du Tessin, sont st vite délaissés par les eaux, \ A | ‘ . ; . ‘ s 1% que le village doit se déplacer incessumment le Tong de trie; les maisons pi ll fl devraient en être mobiles pour suivre le mouvement de recul du lie Majeur. 4 He taf à ù DV a soixante ans, les barques allaient prendre leur chargement à plus 1 RAS PER x RT sig , | | HO d'un kilomètre en amont, près d'un quai désert bordé de ruines. Le golfe :Ae À de Locarno, dont la plus grande profondeur n'est plus que d'une centaine it A de mètres, est destiné à se transformer peu à peu en un lae distinet, car MAR EI les alluvions envahissantes de Ta Maggia qui avancent dans le lac, en un M ro l 4} Lite nm Mort at 0, 1° , TERME TEA large hémievele, ont déjà diminué de moitié Fespace moyen qui sépare les trie * 1 CI % :
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deux rives. Un phénomène analogue s’est accompli pour le golfe dans lequel se groupent les îles Borromée. Les alluvions réunies de la Strona et de la Toce ont coupé le petit lac Mergozzo de la nappe d’eau principale et l'ont laissé au milieu des campagnes, comme une sorte de témoin des anciens contours du Verbano.
Le rival en beauté du lac Majeur, le Lario ou lac de Como, est également dans une voie de comblement rapide. L'Adda, qui débouche latéralement dans la cavité lacustre, est comme le Tessin un travailleur des plus acüifs. À l’époque romaine, la navigation se faisait librement jusqu'au village auquel sa position, à l'extrémité septentrionale du lac, avait valu, dit-on, le nom de Summolacus, aujourd'hui Samolaco. Mais, tandis que le torrent de Mera remplissait peu à peu de ses alluvions la plaine supérieure, l'Adda arrivait graduellement à couper le lac en deux parties, par une plaine marécageuse, Il ne reste plus au nord du delta qu’une nappe d’eau se rétrécissant de siècle en siècle et n'ayant plus que 50 mètres de profondeur, le lacus dimidiatus, appelé maintenant lac de Mezzola. Tôt ou tard cette nappe d’eau cessera d'exister et sera remplacée par un simple lit fluvial, serpentant dans la plaine. Les miasmes qui s'élèvent des terres, encore à demi noyées, ont souvent dépeuplé les localités environnantes. Le vieux fort de Fuentes, cidevant espagnol, qui défendait l'entrée de la vallée d’Adda où Val-Tellina (Valteline), n’était guère qu'un hôpital pour sa misérable garnison.
De mème que l'extrémité septentrionale du Lario, la branche de Lecco, par laquelle s'échappe le fleuve Adda, à été coupée en fragments. Les alluvions que les torrents amènent du flanc du Resegone et des montagnes voisines ont partagé la vallée lacustre en une série de petites nappes d’eau, que le cours de l'Adda réunit les unes aux autres, comme un fil d'argent traversant les perles d’un collier. Le seul travail de la nature ne manquerait pas tôt ou tard de combler toutes ces cavités et de transformer la vallée lacustre en une vallée fluviale; mais l'homme est venu à laide des agents géologiques, afin de ménager aux eaux de l'Adda un cours régulier à travers les barrages de débris qui les obstruaient, et de modérer les erues du lac de Como, qui souvent s’élevaient de près de # mètres au-dessus de l’étiage et menaçaient les bas quartiers des villes riveraines. Grâce à la suppression des maisons de pécheurs qui arrètaient les eaux et au creusement des seuils de sortie, le lac inférieur, celui de Brivio, a été supprimé, et d’autres ont été considérablement rétrécis. Les divers lacs de la Brianza, qui se développent en chaîne, entre la branche de Lecco et celle de Como, et qui complétaient autrefois le cireuit triangulaire des eaux autour du haut massif des montagnes du Lambro, ont été aussi, en grande partie, asséchés par l'homme