N9 73, — GÊNES ET SES FAUBOURGS
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dégradations de lumière et de teintes que leur donnent les rayons, les ombres, les vapeurs et l’espace. Les villes, les villages, les vicilles tours, les maisons de plaisance, les usines, les chantiers de construction, varient à l'infini le profil changeant des paysages. Telle ville occupe le sommet d’un plateau, et d'en bas on en voit les murailles et les coupoles se découper sur le bleu du ciel; telle autre s'étale en amphithéâtre le long des pentes et vient se terminer au bord de la mer par une grève couverte d’embarcations que les marins ont retirées loin du flot; telle autre encore se blottit dans un creux entre les olivettes, les vignes, les jardins de citronaiers et
d’orangers. Çà et là quelques dattiers donnent à l'ensemble du paysage une
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ou NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE,
physionomie orientale, Non loin de la frontière française, Bordighera est complétement entourée de bouquets de palmiers dont les rameaux font l'objet d'un commerce important, mais dont les fruits arrivent rarement à maturité, En Europe, Bordighera est, après la ville espagnole d'Elche, la localité où l'arbre africain à le mieux trouvé une seconde patrie. Quelques villes du littoral génois, notamment Abenga et Loano, ont un climat peu salubre à cause des miasmes qui s'élèvent des Timons laissés sur les lits de cailloux par les torrents débordés. Gênes elle-même est une ville dont le elimat n’est pas des plus favorables : Pair n'y est point souillé par des émanations marécageuses, mais les vents violents du large viennent s’y engouffrer comme dans une sorte d’entonnoir, apportant avec eux tout leur fardeau d'humidité; les vents qui longent la rive ou rivière du Ponent, de mème que les courants atmosphériques entraînés le long de la rivière du Levant, sont tous également arrêtés par les montagnes qui s'élèvent à l'extrémité du golfe de Gênes et doivent se décharger de leur vapeur surabondante, Le nombre des jours de pluie y dépasse le tiers de l'année, Mais si le climat de Gènes et de quelques autres localités du littoral a de sérieux désagréments, plusieurs villes de Ta Ligurie, bien abritées du côté du nord par le rempart protecteur des monts et placées en dehors du chemin que suivent les convois de nuages, jouissent d’une égalité et d'une douceur de température tout à fuit exceptionnelles en Europe’, Ainsi Bordighera et San Remo, près de la frontière française, sont par l'excellence de leur climat des rivales de Menton ; Nervi, à l’est de Gènes, est aussi un lieu de séjour délicieux à cause de Lx beauté de son ciel et de la pureté de son atmosphère, Des châteaux, des villas de plaisance se bâtissent en grand nombre sur tous les promontoires, dans tous les vallons de ces côtes privilégiées à la fois par la douceur du climat et la beauté des paysages. Déjà le littoral de Gênes, sur une vingtaine de kilomètres de chaque côté de la ville, est garni d'une ligne continue de maisons de campagne et de palais. La population de la cité, trop nombreuse pour son étroite enceinte, à débordé de part et d'autre pour S'épandre dans les faubourgs. Cette longue rue qui serpente entre les usines et les jardins, esealadint les promontoires, descendant au fond des vallons, ne peut manquer d” se continuer peu à peu sur loute la côte ligure, car ce ne sont plus les uénois seulement, c’est
aussi Ja foule européenne des hommes de loisir qui se sent attirée vers ces
Gênes, San-Remo,
Température moyenne... 16° 17 Jours de pluie. 4... . 21 49 Quantité de pluie... 1,146 Ur,SU
GÉNES ET GÉNOIS, 593
lieux enchanteurs, En réalité, toute la rivière de Gênes, de Vintimille à la Spezia, prend de plus en plus l'aspect d'une ville unique où les quartiers populeux alternent avec les groupes de villas et les jardins.
Les anciens Ligures, peut-être de souche ibère, qui peuplaient le versant méridional de PApennin, jusqu'à a vallée de la Magra, avaient leur histoire toute tracée d'avance dans la configuration de la contrée, Ceux d'entre eux qui ne trouvaient plus de place à exploiter dans l'étroite zone de terrain eultivable et qui n'avaient plus même de gradins à tailler sur les pentes des montagnes élaient forcément rejetés vers la mer : ils devenaient navigateurs et commerçants, Dès l'époque romaine, Gênes, lantique Antium cité par le Périple de Seylax, était un «emporium » des Ligures, et ses marins parcouraient toute la mer Tyrrhénienne; au moyen âge, lors de la grande prospérité de Ta république, son pavillon flottait dans tous les ports du monde connu; enfin c’est elle qui, par lun de ses fils, Christophe Colomb, eut l'honneur d'inaugurer l'histoire moderne par la découverte du Nouveau Monde. Giovanni Gabotto où Cabot, qui le premier retrouva les côtes de l'Amérique du Nord, cinq siècles après les navigateurs normands, était également un Génois, ainsi que l'ont établi les savantes recherches de M. d'Avezac : est par erreur que Venise le réclame comme un des siens, et si des Anglais veulent en faire un de leurs compatriotes, c'est par d'injustifiables prétentions de vanité nationale. I est vrai que ni Cabot ni Colomb ne firent leurs découvertes pour le compte de leur patrie; les vaisseaux qu'ils commandaient appartenaient à l'Aneleterre et à l'Espagne, et ce sont ces contrées qui se sont partagé les richesses du continent nouveau. De tout temps les excellents marins génois, montés sur leurs petits et solides navires, ont ainsi couru le monde à la recherche du profit; pour n’en citer qu'un exemple, ce sont eux maintenant qui possèdent le monopole de la navigation dans les eaux des républiques platéennes. Presque toutes les embarcations qui voguent sur le Paranä, l'Uruguay et l'estuaire de la Plata ont un équipage de Génois. De même en Europe, on rencontre les habiles jardiniers génois dans les environs de presque toutes les grandes villes des bords de la Méditerranée.
Dans les temps barbares, quand l’homme n'avait pas subjugué l’Apennin par des routes faciles, Gènes, encore dépourvue de marchés d’approvisionnement dans l’intérieur des terres, ne possédait point d'avantages naturels sur les autres ports de la côte ligure ; mais dès que le mur des montagnes fut abaissé par l’art et que les plaines du Piémont et de la Lombardie se trouvèrent en libre communication avec le golfe, alors la position géographique de Gènes prit toute sa valeur. Placée à l’aisselle même de la pénin-
sule italienne, au point le plus rapproché des riches campagnes de l'intérieur, é'est elle qui devait S'emparer du monopole commereial dans cette partie de l'Europe. De toutes les républiques des côtes occidentales de l'talie Pise est la seule qui put tenter de contrebalancer sa fortune; mais, après de sanglantes luttes, Gênes finit par triompher de sa rivale. Elle s'empara de la Corse, dont elle exploita durement les populations; elle prit Minorque sur les Maures et même s’empara de plusieurs villes d’Espagne, qu'elle rendit ensuile en échange de priviléges commerciaux. Dans la mer Égée, ses nobles devinrent propriétaires de Chios, de Lesbos, de Lemnos et d’autres îles; à Constantinople, ses marchands prirent une telle autorité, qu'ils partagèrent souvent le pouvoir avec les empereurs. Ils possédaient des quartiers considérables de cette capitale de l'Orient et en avaient fait une succursale de Gênes ; aussi la perte de Péra et du Bosphore fut pour eux le commercement de là ruine. En Crimée, ?s occupaient la riche colonie de Caffa ; leurs châteaux forts et leurs comptoirs s'élevaient dans l'Asie Mineure sur toutes les routes de commerce, et jusque dans les hautes vallées du Caucase on rencontre de distance en distance des tours qu'ils ont construiles et qui gardent leur nom. Par le Pont-Euxin, les campagnes de la Géorgie et la mer Caspienne, ils tenaient la route de l'Asie centrale. Toutes ces colonies lointaines de 11 république génoise expliquent la présence d’un petit nombre de mots arabes, tures, grecs, q? se mêlent au provençal et à l'espagnol dans le dialecte italien des marins ligures; mais dans son ensemble la langue est très-italienne, quoique la prononciation se rapproche du français.
Plus puissante que Pise, Gênes m'était pourtant pas de taille à vaincre Venise dans sa lutte pour là prépondérance commerciale, Elle n'avait pas l'immense avantage que possède cette dernière, d'être en libre communication ec l'Europe germanique et scandinave par un seuil des Alpes. Aussi, quoique en 1579 les Génois eussent réussi à s'emparer de Chioggia, et même à bloquer momentanément leurs rivaux, cependant Pinfluence de Gènes dans l'histoire politique fut beaucoup moindre que celle de Venise, Son rôle dans le mouvement général des sciences, des lettres et des arts fut aussi relativement trèsinférieur ; Gênes eut moins d'écrivains, de peintres, de sculpteurs, que mainte petite cité de a Lombardie et du Vénitien. Les Génois passaient jadis pour être violents et faux, avides de luxe et de pouvoir, insoucieux de tout ce qui ne leur procurait pas Fargent ou le droit de commander. «Une mer sans poissons, des montagnes sans forêts, des hommes sans foi, des femmes sans vergogne, voilà Gênes! »
disait l'ancien proverbe répété par les ennemis de la cité Tigure, Les dis-
GÈNES. 395 sensions entre les nobles familles génoises qui voulaient S'emparer de la direction des affaires étaient presque incessantes ; mais, chose remarquable, au-dessus de Ja lutte des partis, Pimmuable banque de Saint-Georges, vériable république dans la république, continuait tranquillement de manier les affaires de commerce et d'argent, et les richesses ne cessaient d'affluer vers la cité, C'est ainsi que Gênes à pu bâtir ces palais, ces colonnades de marbre, ces jardins suspendus qui lui ont mérité le surnom de «Superbe », Toutefois la ruine finit par atteindre Li banque; elle avait eu le tort de prêter, non pas aux entreprises de travail, mais aux princes en guerre, et, comme de juste, a faillite en fut la conséquence. Au milieu du dixhuitième siècle la banqueroute réduisit Gênes à l'impuissance politique.
En dépit du peu de largeur, des sinuosités, des rampes, des escaliers de ses rives, en dépit de lencombrement et de la saleté de ses quais trop étroits, de la gène que lui imposent son enceinte de murailles et ses forts, la capitale de la Ligurie est lune des villes du monde dont les palais sont le plus remarquables par leur architecture à la fois somptueuse et originale. Pendant le dernier siècle el au commencement de celui-ci la décadenve de Gênes avait été grande, et nombre de ses plus beaux édifices menaçaient de tomber en ruines, mais avec le retour de la prospérité, la ville à repris l'œuvre de son embellissement, Actuellement Gênes, quoique fort éprouvée par la guerre franco-allemande, est de beaucoup le port Le plus actif de Flialie, quoique le mouvement y soit encore inférieur à celui de Marsoille. Les armateurs possèdent près de la moitié de la flotte commerciale italienne et construisent les trois quarts des navires ajoutés chaque année au matériel des transports maritimes de la Péninsule". Pour le vael-vient des voiliers et des vapeurs qui fréquentent Lx place de Gênes et qui S'y trouvent parfois au nombre de sept cents, sans compter des milliers de petites embarcations, le port, dont la superficie est pourtant de plus de 150 hectares, n'est plus assez grand, et surtout il n'est pas suffisamment abrité : un quart seulement de sa sur re est garanti de tous les vents, et celle partie est précisément celle qui à {e moins de profondeur; il serait
1 Valeur des échanges par rier aveu l'étranger, en 1872, , . . . 446,000,000 fr. Mouvement du port de Gênes en. . . (863. 20,230 navires. jaugeant 2,610,000 ‘onn.
1267. 16,900 ; 2,3: 7000 NTI 15,080 » 2780 SE, on
Spezia (golfe entier) 1873. 6,895 162,000 Savone, . . ISOS. 2,191 , 155,000»
Mlouvoment iles Porto Mauro, 1,645 , 110,500 A EL Love 1,580 80,540 »
D PRBUPE Chiavart, 0, 0 1,491 ' 67,000 San Remo. , , on Ys9 D 57,970 »
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urgent de doubler le port détendue et de le rendre beaucoup plus sûr par la construction d'un troisième brise-lames qui séparerait de la haute mer une vaste superficie de la rade extérieure. Gênes, qui croit volontiers ses intérêts négligés par le gouvernement italien, se plaint aussi de ne posséder qu'une seule voie ferrée à travers les Apennins pour desservir le trafic que lui envoient les plaines de Plialie du Nord. Elle réclame impérieusement une seconde ligne, en prévision de Fimmense accroissement d'afluires que lui apporteront les futurs chemins de fer des Alpes suisses. Elle comple devenir alors pour l'Allemagne occidentale et FHelvétie ee que Trieste est pour l'Austro-Hongrie, l'entrepôt général du commerce méditerr'anéen.
En attendant que ces destinées s'accomplissent, Gênes, qui est aussi fort active comme ville industrielle, étend des deux eûtés sur le littoral ses fanbourgs d'usines et de chantiers. IE lui faut un espace de plus en plus grand pour ses fabriques de pâtes alimentaires, de papiers, de soieries et de velours, de savons, d'huiles, de métaux, de poteries, de fleurs artiticelles et autres objets d'ornement : l'ovrar del Genoës (l'industrie du Génois) est toujours, comme au moyen âge, une des merveilles de Fltalie. À l'ouest, San Pier d'Arena (Sampierdarena) est devenue une véritable cité imdustrielle, Cornigliano, Rivarolo, Sestri di Ponente, qui possède les plus urands chantiers de construction de Fltalie et même de toute la Méditerrande!, Pegli, Voltri sont aussi des villes populeuses, avant des filatures el des fonderies, eUse reliant les unes aux autres de manière à ne former qu'use interminable fourmilière humaine. De même Kavone, dont le port fut jadis comblé par les Génois, qui ne voulaient tolérer aucune coneurrence à leur commerce, se continue sur tout le pourtour d'une baie par un long faubourg industriel de briqueteries et de fabriques de terre cuite; par le chemin de fer qui Funit directement à Turin, elle est redevenue indépendante de Gênes el peut expédier directement à Pétranger les denrées des plaines de Pintérieur, D'autres villes de a rivière du Ponent, quoique bien distinctes, sont à peine séparées par l'issue d’un ravin où par les rochers des promontoires. Telles sont, par exemple, les villes jumelles d'Oneglia et de Porto-Maurizio, que ses vastes jardins d'oliviers ont fait surnonnner la @ Fontaine d'Huile », quoique les olivettes de San Remo
soient encore plus abondantes?. Les deux villes, l'une assise au bord de a
EXaires sortis des chantiers de Sestri, en FSGN. #7, jaugeant 25,580 lonmeaux, * Production de l'huile, en ISG68, dans la provinee de PortoMaurizio :
Arrondissement de Porto-Mauriz'o. 4 4 4, . 90,000 hectolitres. » de San Remo, 4, 4, 4 4, 225,000