‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 215 sur 545 · LIGURIE OU RIVIÈRE DE GÊNES · texte numérisé non relu

LIGURIE OU RIVIÈRE DE GÊNES

En comparaison du large bassin où s'unissent les eaux du Pô et de ses affluents, la Ligurie n’est qu'une étroite bande de littoral, un simple versant de montagnes; mais son peu d’étendue ne l'empêche pas d'être une des régions de ltalie les mieux délimitées par la nature, lune de celles qui se distinguent le mieux par leurs traits géographiques, et dont les populations ont eu en conséquence le plus d'originalité dans leur histoire, Au bord de leurs grèves, que domine l’âpre muraille des Apennins, les Génois devaient vivre d’une vie longtemps distincte de celle des autres habitants de la Péninsule".

Du nord au sud, de la plaine padane au littoral méditerranéen, le contraste est complet ; mais de l’ouest à l'est, de la Provence à la Toscane, le changement n’a rien de brusque. Il n°y à point de limite de séparation précise entre les Alpes et les Apennins. La transition de lun à l'autre sistème orographique s'opère par gradations insensibles. Quand, au delà des Alpes Maritimes, on suit les montagnes dans la direction de lorient, on leur voit prendre peu à peu l'aspect général des Apennins : le rempart, abaissé de distance en distance par de larges dépressions, se continue régulièrement autour du golfe de Gênes, sans une seule brèche, sans un seul changement de structure qui permette de dire qu’en cet endroit d'autres lois ont présidé à la formation du relief. Quoique bien différents dans leur ensemble, Alpes et Apennins sont aussi intimement unis que peuvent l'être trone et rameau; le collet de jonction ne peut être désigné que d'une manière toute conventionnelle. Si l’on considère l'orientation de l'axe comme le fait capital, PApennin ligure commence sur la frontière de France, aux sources de la Tinée et de la Vésubie, car c’est là que la crête principale des monts, jusque-là perpendiculaire au rivage marin, prend une direction parallèle au littoral; si la hauteur des cimes, les gazons des plateaux supérieurs, les neiges persistantes et les glaciers doivent être regardés comme les signes distinctifs du système alpin, alors le lieu d'origine des Apennins ne se trouve qu’à l’est du massif de Tende, car les

! Ligurie, avec quelques districts situés au nord des Apennins : Superficie. Population en 1871, l'opulation kilométrique,

5,924 kil. car. 845,200 155

MONTAGNES DE LIGURIE, 387 118 belles montagnes du Clapier, de la Fenêtre, de la Gordolasque, dont l'élé- dis valion atteint çà et là 5,000 mètres, ressemblent complétement aux Alpes À | par leurs pâturages, leurs petits lacs entourés de verdure, leurs torrents, 5 leurs « elapiers » de pierres écroulées, leurs forêts de sapins, leurs avalanches de neiges ; ils ont même de petits fleuves de glace, les plus méridionaux qui existent encore dans les montagnes de l'Europe centrale. 111 es D'ordinaire les géologues voient la limite la plus naturelle à l'endroit où le les roches cristallines de la partie occidentale disparaissent pour faire ê re place à des formations plus récentes, surtout aux assises erétacées et terde nt N° 72, — LIMITE DES ALPES ET DES APENNINS. 11 ur IS, \ es 1 :A e, il on ni:

pi!

re LS | [A £ ah il, { 1} | À : 4 1e |: is Y0E il BE qi pit 1 , $ {s ; Z qe Eu ail Echelle de 1: 1500000 u 1 à ° 10 20 30 Lo Kil.

IC RER DR ir Se OR ? ?

6 1 le liaires; mais ce n’est encore là qu’une division conventionnelle, car les mas- : ve | É : 114 Le ses cristallines qui constituent la crête des massifs occidentaux, entre leur Fi ; . | 1:

d revêtement latéral de dépôts sédimentaires, se continuent plus à l’est sous {11 j le manteau des formations modernes, et çà et à même elles rompent leur | FH À Ù nn | € enveloppe pour se dresser en sommets semblables à eeux des Alpes. . 1 6 RENE u Quelques-unes des cimes des montagnes de la Spezia rappellent le massif 2 RSR ” de Tende par leurs roches de granit. RS ic s. N Aus . . DRE : : ; ÿ Le bourrelet de soulèvement qui constitue la chaîne côtière de la Ligurie est loin d’être uniforme. De même que les Alpes, les Apennins se par- ! lagent en massifs distincts reliés les uns aux autres par des seuils de M: k !

ta } ’

passage. Le plus bas des seuils est le col qui s'ouvre à l'ouest de Savone et que l’on nomme Pas d'Altare, de Carcare où de CG: ibona, des noms de trois villages des environs. Ce passage, qui n'a pas même 500 mètres d'altitude, est celui que le peuple à toujours considéré comme la limite la plus naturelle des grandes Alpes. Il à raison, du moins au point de vue militaire. De tout temps les armées en guerre sur le sol de l’italie du Nord ont tâché d'occuper solidement cette porte des montagnes, afin de commander à la fois les abords de Gênes et les hautes vallées du versant piémontais. Les deux Bormida et le Tanaro, qui coulent à l'ouest du seuil d’Altare et vont se rejoindre en aval d'Alexandrie, ont souvent roulé du sang. De terribles batailles se sont livrées dans leurs vallées, à cause de l’importance stratégique des chemins qui les parcourent,

A l’est du sol d’Altare, lApennin ligure se maintient à une hauteur d'environ 1,000 mètres; puis au delà du col de Giovi, jadis consacré aux dieux par les Génois, reconnaissants de la brèche qu'il leur ouvre vers les plaines du Nord, la chaîne, qui se reploie au sud-est, darde quelques-unes de ses cimes à plus de 1,300 mètres et projette vers le nord plusieurs chaïnons de montagnes ravinées, dont l’une écrasa sous ses débris la ville romaine de Velleia. En même temps la grande chaîne s'éloigne du littoral ; à l'endroit où le col de Pontremoli laisse passer la route de Parme à la Spezia, c’est-à-dire au seuil de séparation entre lApennin ligure et l’Apennin loscan, la crète principale se développe à 50 kilomètres de la mer. Dans cette région orientale des montagnes génoises, un chaiînon latéral se détache d’un massif de larète centrale et, s’abaissant de cime en cime, va former dans la mer le beau promontoire de Porto-Venere, superbe rocher de marbre noir qui portait autrefois un temple de Vénus. Ce chaînon latéral, dont l'extrémité protége contre les vents d'ouest le golfe de la Spezia, a de tout temps été, comme la chaîne principale, un grand obstacle aux libres communications entre les populations voisines, non point tant par la hauteur que par l’escarpement de ses pentes. En maints endroits on ne mesure pas plus de à kilomètres en droite ligne de la plage de la Méditerranée à l’arête la plus élevée de l’Apennin : la pente se redresse ainsi en des proportions qui ls rendent presque ingravissable ; les chemins ne peuvent franchir la chaîne que par des sin'osilés nombreuses ‘.

! Altitudes de la Ligurie :

Clapier de Pagarin.. . . . 3,070 mèt, | Col d'Allare. , , , . ., 490 mèt. Col de Tonde.. , . . . . 1,87 » Col de Giovi, . . . . ,. 469» Monte Caraino, . . , , , 2,681 » | Monte Penna. , , . , . 1,740 »

ed | pl:

MONTAGNES ET RIVIÈRES DE LIGURIE. 389 :| 14h ee Le peu de largeur du versant maritime de l'Apennin ligure ne permet si pas aux torrents de réunir leurs eaux pour former des rivières perma- { nentes, À l'est de la Roya, qui coule en partie sur le territoire français, î les cours d’eau les plus considérables, la Taggia, la Centa, n'ont l’appa- ‘1 | rence de rivières sérieuses qu'après la fonte des neiges ou lors des fortes ! 1. pluies; d'ordinaire ce sont de simples filets grésillant au milieu d’un 14 champ de pierres et fermés du côté de la mer par une barre de galets. 1 Entre Albenga et la Spezia, sur une longueur de côtes de plus de 100 ki- 411 lomètres, les torrents ne sont que des ravins à sec pendant la plus grande an. j partie de l’année, Il faut aller jusqu'au delà du golfe de la Spezia pour 11 ' retrouver une rivière, du moins intermittente, et quelquefois formidable 1 fl après les grandes pluies. Cette rivière, qui forme la ligne de séparation 1} l entre la Ligurie et l'Étrurie, et que les Romains désignèrent comme ! la limite de Pltalie elle-même jusqu'à l'époque d'Auguste, est la Magra. | il Les alluvions de ce fleuve ont formé une grande plage de 1,200 mètres | @h Ni de largeur au devant de l’ancienne ville tyrrhénienne de Luni, qui se il trouvait autrefois au bord du rivage. Ses alluvions ont également changé en lac une petite baie de la mer. | A 1h - Si les grandes rivières manquent en Ligurie, par contre des cours d’eau | e souterrains les remplacent en certains endroits. En Ligurie, comme en | f l Provence, quoique en moins grand nombre, on signale des fontaines qui | a sourdent dans la mer à quelque distance du rivage : ilen est même dont la Ë 1 masse liquide est très considérable. Les deux sources d’eau douce de la | ? Polla, qui jaillissent par 15 mètres de fond dans le golfe de la Spezia, près | ii de Cadimare, et qui se révélaient de loin par un grand bouillonnement, ont fl { une telle abondance, que le gouvernement italien les a fait isoler de Peau Hans salée pour les approvisionnements de la marine. AT La pauvreté des ruisseaux, l’âpreté des ravins, les fortes pentes des fi 1 | escarpements, donnent à cette région du littoral de la Méditerranée un { caractère tout différent de celui des régions de l'Europe tempérée et l même du versant immédiatement opposé. Après avoir parcouru les magni- 114 fiques châtaigneraies qu’arrosent les eaux naissantes de lEllero, du il : Tanaro, de la Bormida, que l’on franchisse la crête et soudain lon se 4 croirait en Afrique ou en Syrie. Les herbages, qui de l’autre côté des Apen- "4 nins étendent sur les plaines leur merveilleux tapis émaillé de fleurs, 6 | manquent ici complétement : de Nice à la Spezia on les chercherait en vain; A (4 f à peine quelques prairies naturelles et, dans les jardins de plaisance, des | Si pelouses entretenues à grands frais rappellent vaguement les prés du RTE Piémont et de la Lombardie, Si le travail de l’agriculteur et l’art du jardi- ‘1h il ua

nier n'avaient transformé ces déclivités et ces étroites vallées de la Ligurie, les Apennins n'auraient eu d'autre verdure que celle des pins et des broussailles. Par un phénomène bizarre, la végétation des grands arbres n'atteint pas à la même hauteur sur les pentes des Apennins que sur celles des Alpes, quoique les premières montagnes jouissent cependant d’une température moyenne beaucoup plus élevée : à l'altitude où de beaux hêètres se montrent encore en Suisse, les mêmes arbres sont tout rabougris sur les escarpements rocheux des Apennins génois; enfin le mélèze manque presque complétement sur les monts ligures.

Comme la terre, la mer elle-même est naturellement infertile; elle n'a que peu de poissons, à cause du manque presque absolu de bas-fonds, d'ilots et de forêts d'algues; les falaises du bord descendent abruptement jusqu'à des profondeurs de plusieurs centaines de mètres et n’offrent que peu de retraites aux animaux marins; les étroites plages qui se développent en demi-cercle de promontoire en promontoire ne sont composées que de sable fin sans aucun débris de coquillages : de Porto-Æino à Laigueglia, sur une distance de 140 kilomètres, de Saussure n’en à pas vu un seul. Aussi les marins génois sont-ils obligés d'aller pêcher sur des côtes lointaines ; les marins d'Alessio, sur la rivière du Ponent, se rendent en Sardaigne ; ceux de Camogli, sur la rivière du Levant, vont dans les parages de la Toscane. Cette infertilité des terres et des mers a les mêmes conséquences économiques : de toutes les parties de la Péninsule, la Ligurie est celle qui envoie à l'étranger le plus grand nombre d’émigrants ; plus du dixième de la population à quitté la patrie pour les terres étrangères. Porto-Maurizio, ville située à moitié chemin entre Gênes et Nice, perd en moyenne par l'émigralion le sixième de ses enfants.

Mais si la terre et les eaux de la côte de Ligurie sont également avares de produits naturels, elles ont le privilége inappréciable de la beauté pittoresque, et, sur la « rivière » de Gênes du moins, l’homme, qui en tant d’autres endroits n’a su qu’enlaidir, a contribué par son travail à l’embellissement de sa demeure. Le littoral se déploie de cap en cap par une succession de courbes d’un profil régulier, mais toutes différentes par les mille détails des rochers et des plages, des cultures, des groupes de constructions. Tandis que le chemin de fer s'ouvre de force un passage à travers les promontoires par des galeries et des tranchées, — il n’a pas moins de 99 kilomètres de tunnels entre Gênes et Nice, sur un espace de 140 kilomètres, — la route, qui peut s’assouplir plus facilement aux sinuosités du terrain, serpente incessamment, tantôt s'élève et tantôt s'abaisse, et le paysage change d'aspect à chacun de ses détours. Ici on suit

COTES DE LIGURIE. og}

la plage, à l'ombre des tamaris aux fleurs roses, et le flot qui déferle vient, tout à côté de la route, tracer son ourlet d'écume; ailleurs on s'élève de lacet en lacet sur les roches que les eultivateurs ont triturées pour en faire des gradins de terre végétale, et l’on voit au loin, à travers le branchage entrelacé des oliviers, le cercle bleuâtre de la mer reculer de plus en plus vers l'horizon, jusqu'au profil vaporeux des montagnes de la Corse. De l’arête des caps on suit du regard les ondulations rhythmiques de la côte, qui se succèdent sur le pourtour du golfe, avec toutes les

Page 1