‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 227 sur 545 · MAREMMES DE LA TOSCANF, A · texte numérisé non relu

MAREMMES DE LA TOSCANF, A

LA

tres dont on voit de nos jours les ruines éparses ou dont on cherche à reconnaître les emplacements, n'auraient certainement pu nailre et se développer si le climat local avait eu la terrible insalubrité qu’on lui reproche de nos jours. Les Étrusques étaient renommés pour leur habileté dans tous les travaux hydrauliques : ils savaient endiguer les torrents, égoulter les marais, assécher les campagnes; quand ils furent asservis, leurs digues et leurs canaux cessèrent bientôt d'exister ; les palus se reformèrent, la nature revint à l’état sauvage. Mais on cite également bien des villes qui furent salubres au moyen âge et qui sont maintenant désolées par la fièvre, Ainsi Massa-Maritima, que dominent au nord-est les sommités du massif de Montieri, fut riche et populeuse pendant toute sa période de liberté républicaine ; mais dès que les Pisans et les Siennois l’eurent ruinée, dès qu’elle eut perdu son indépendance, le travail s'arrêta dans les campagnes, les eaux torrentielles s’y amassèrent en lagunes ; la cité devint comme «un cadavre de ville ». Des travaux d'assainissement lui ont rendu de nos jours une partie de sa prospérité.

Parmi les causes matérielles qui, depuis l’époque romaine, ont contribué le plus à la détérioration du climat, on doit signaler la déforestation des montagnes el l'accroissement désordonné des terres alluviales qui en a été la conséquence. Enfin pendant tout le moyen âge et jusque dans les temps modernes, les monastères de la Toscane étaient possesseurs de grands viviers à poissons dans les Maremmes, et s'opposaient énergiquement à tous les travaux d’endiguement ou de colmatage qui auraient pu les priver, en tout ou en partie, de leurs précieuses réserves pour les semaines de carême. Nombre de tyranneaux des villes de l’intérieur étaient aussi fort aises de posséder quelque campagne bien malsaine dans la région des marais, car ils pouvaient de temps en temps se passer la fantaisie d’y exiler ceux dont ils voulaient se débarrasser, sans avoir les ennuis ou les remords d’un meurtre à commettre sans hypocrisie. Les rois d'Espagne avaient même eu soin d’acquérir la région la plus mortelle de la côte pour y installer des bagnes ou

presidios; ainsi Talamone, qui avait été le grand port de la république de:

Sienne, fut changé en un véritable cimetière; tous les bannis y mouraient.

De nombreux essais de bonification entrepris avec des idées fausses et sans l'expérience nécessaire n’ont pas été moins cruels dans leurs conséquences. Les divers gouvernements de la Toscane s’imaginant, avec Macchiavel et d'autres hommes d'État, qu’il suffirait de repeupler le pays pour lui rendre son antique salubrité, y envoyèrent en foule des colons appelés de diverses provinces de l'Italie, de la Grèce, de l'Allemagne ; mais ces étrangers, qui d’ailleurs n'étaient pas reconnus propriétaires, et pour lesquels l’acclima-

Page 1