‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 245 sur 545 · CAMPAGNE DE ROME · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE ROME

dont les cornes puissantes, longues de près d'un mètre, sont conservées soi encusement dans les cabanes comme préservatif contre le mauvais ail», Le sol de ces terrains de pâture, si mal utilisés, se compose pourtant de grasses alluvions, mêlé à des matières voleaniques el aux marnes argileuses des Apennins; mais on se borne à en labourer une faible partie tous les trois ou quatre ans, pour le compte Œintermédiaires appelés © marchands de cunmpagne ». Laboureurs et moissonneurs, qui descendent des collines des alentours, viennent pour ainsi dire travailler en courant, poursuivis par la lièvre, et bien souvent ils succombent au fléau avant d'avoir pu regagner leurs villages, Que faudraitil faire pour rendre au sol sa richesse, à Pair sa pureté, el rainener la population dans la campagne romaine? Sans doute il faudrait drainer le sol, dessécher les marais, planter des arbres avant, comme Peucalvptus, une grande facilité d'absorption par leurs feuilles et leurs racires, — el c'est là ce que lon tente depuis 1870 avec succès autour de l'abbaye de Fre Fontane; — mais 1 importerait, avant toutes choses, d'intéresser le eullivateur à a restauration du terrain qu'il laboure. Même dans les districts du pays romain, les plus salubres par le sol et le climat, la misère el toutes les maladies qui en sont t conséquence déciment la population. Ainsi la vallée du Kacco, qui prolonge vers Rome les campagnes fertiles de la Terre de Labour et qui est si riche en céréales, en vins, en fruits, n'a que du mais pour ses propres eullivateurs; lt part prélevée par li grande propriété et les intérêts des prêteurs dévorent tous les produits; les paysans riches sont ceux qui, après avoir vendu le sol, gardent encore Ta propriété des arbres,

Au sud du Tibre, la zone des terres ineultes et insalubres se continue le long de Ha mer; les eaux retenues par les dunes du bord emplissent Pair de miasmes dangereux, et, pour y échapper, il faut se réfugier, soit sur les collines de Pintérieur, soit même sur les jetées qui S'avancent en pleine mer, comme à Porto d'Anzio, La mort plane sur ces rivages qui jadis étaient bordés, d'Ostie à Nettuno, d'une longue façade de palais célèbres par leurs grands trésors d'art, dont il nous reste le Gladiateur et l'A pollon du Belvédère ; à demi enfouis dans le sable des dunes où déjà Havés par le flot marin, des pavés de mosaïque et des murs de fondation rappel lent l'œuvre de destruction accomplie par les marais. Mais de toutes les campagnes à malaria a plus redoutable est celle qui oceupe, à a base des monts Lepini, la plaine comprise entre Porto d'Awio et Terracine, Celle plaine, ancien golfe de la mer Tyrrhénienne, est celle des marais Pontins où «€ Pomptins », ainsi nommée d'une ville de Pometia, qui n'existe plus. Vingt-trois cités prospéraient jadis dans cette contrée, aujourd'hui

déserte et mortelle. C'était le domaine le plus fertile de Ta puissant confédération des Volsques, et, st lon en juge par les traditions qu'a poétisées l'Énéide, était un pays des plus prospères. Mais Les Romains conquérants vinrent y faire en mème temps @ Rt paix et la solitude », La région était déjà transformée en un marécage lorsque, en Fan 442 de Rome, le censeur Appius construisit à travers le pays la voie célèbre qui mène de Rome à Terracine, Depuis cette époque, on à vainement essayé, à diverses reprises, de reconquérir le territoire, refuge des sangliers, des cerfs, et de buffles à demi sauvages dont les ancètres furent importés d'Afrique au seplième siècle. Les canaux creusés du temps d'Auguste semblent n'avoir pas eu grande utilité; les travaux entrepris sous le Goth Théodorie furent, diton, plus efficaces; mais les eaux stagnantes et a malaria reprirent bientôt leur empire. Vers la fin du dix-huitième avcle, le pape Pie VEreprit Fœuvre d'assainissement; 1 filereuser, à côté de la voie Appienne restaurée, un grand canal de décharge où devaient affluer toutes les eaux du marais; mais les calculs des ingénieurs se trouvèrent déçus, el la vaste dépression, d'une supertlicie totale de plus de To0 kilomètres carrés, est toujours le même pays de désolation et de mort; quand un brigand Sx réfugie, on ne Fy poursuit points; on le laisse mourir en paix.

Toutes Les difficultés sont réunies pour gêner les travaux de desséchement. A ouest des marais Pontins proprement dits, parallèlement au rivage de Ta mer, se prolonge une rangée de hautes dunes boisées, à travers lesquelles furent jadis creusés des canaux d'écoulement, oblitérés aujourd'hurs mais au delà de celle prenière chaine de dunes S'étend une deuxième zone de marécages séparés de mer par un autre rempart de sable, enraciné d'un coté à lu pointe d'Astura, de Pautre au promontoire de Cireé, el couvert également de forêts, où les marins de Naples viennent s'approvisionner de bois et de charbon, Ainsi deux barrières S'opposent à Pexpulsion des eaux vers les parages de mer les plus rapprochés 1 faut done que les canaux d'asséchement se dirigent au sud vers Terracine ; mais là aussiun cordon de dunes borde le littoral, D'ailleurs x pente générale du soPest très-faible, de 6 mètres à peine, de Porigine des marais au rivage de la mer, En outre, les eaux sont retenues dans les éanaux par de véritables forêts d'herbes aquatiques; pour débarrasser Les fossés de ces énormes enchevètrements de plantes et rétablir le courant, on pousse dans l'eau des troupeaux de buffles qui pataugent sur le fond ei le maintiennent ainsi plus libre de végétation, C'est à, 1 estvrai, un moyen barbare, qui hâte la détérioration des berges, et que Pon cherche à remplacer par des fauchaisons régulières ; mais à peine les herbes

palustres ont-elles été coupées et livrées ait courant, qu'elles repoussentavec

MARAIS PONTINS. Lol la même abondance et qu'il faut s'occuper d'une nouvelle moisson. La masse des eaux reste done stagnante : or non-seulement il pleut beaucoup dans cette

partie de Fltalie, mais encore, par un singulier phénomène géologique, ii

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