‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 251 sur 545 · ANT · texte numérisé non relu

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Fibre. On sait que Garibaldi a le projet de consacrer les derniers efforts de sa vie à la transformation de Rome en une grande eilé maritime et commerciale, Un canal d'assainissement détaché du Tibre emporterait toutes les eaux stagnantes de la campagne romaine, tandis qu'un lit plus large, où des portes d'écluse arrèteraient les alluvions du Tibre, irait déboucher dans

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un port vaste et profond, en pleine Méditerranée. L'entreprise grandiose sera en même temps d'une exécution difficile, ear la mer est basse au large des côtes romaines et c’est à plus de 1,200 mètres du littoral que la sonde marque la profondes de 10 mètres nécessaire à l'entrée des grands navires, Cependant, si le Tibre doit être transformé en un grand fleuve commercial et si les travaux d'excavation d'un port doivent être entrepris, on ne saurait choisir d'autre emplacement que la région qui s'étend au nord &u della, et s'ilest possible, fort au large de la zone d’alluvions du fleuve.

Les ingénieurs hydrauliciens trouveront aussi, sinon des obstacles insurmontables, du moins d’extrêmes difficultés à triompher des crues qui rendent le Tibre si dangereux pour les villes riveraines. D’après les auteurs auciens, les débordements du Tibre étaient très-redoutables, non-seulement à cause du mal qu'ils faisaient directement, mais aussi à cause des amas de détritus animaux et végétaux, notamment des serpents noyés, qu'ils laissaient dans les campagnes. Dans ses crues, le flenve continue d'apporter ces débris corrompus et cause toujours de grands dégâts. A Rome, qui n’est pour- Lant qu'à 56 kilomètres de la mer, le niveau d'inondation s'élève fréquemment à 12 et 15 mètres au-dessus de létiage ; en décembre 1598, le fleuve se gonfla mème de plus de 20 mètres, Comment faire pour retenir ces masses d'eau, pour régler larrivée des ondes successives de Ta crue sous les ponts de Rome? S'il est vrai que le déboisement des Apennins soit lune des grandes causes du fléau, la restauration des forêts sera-t-elle une mesure suffisante? Où bien faudra-t1l rétablir au moyen de barrages, du moins pendant le temps des pluies, quelques-uns des anciens lacs où venaient aboutir jadis des rivières sans issue? Dans tous les cas, l'embarras sera grand, car le versant occidental es Apennins est précisément lourné vers les vents pluvieux, et les crues spéciales de chaque bassin des affluents du Tibre coïncident pour former une seule et même vague d'inondation. En outre, les vents d'ouest et de sud-ouest, qui apportent en hiver les nuages el les averses, sont aussi les mêmes qui soufflent à l'encontre des eaux fluviales dans le delta et en retardent écoulement vers la mer.

Si les grandes inondations hivernales du Tibre expliquent facilement, par contre ce fleuve présente dans son régime estival un phénomène qui resta longtemps incompréhensible, Pendant la saison des sécheresses, les eaux du Tibre sc maintiennent à un niveau de beaucoup supérieur à celui qui répondrait à la faible quantité de pluies tombées dans le bassin ; jamais leur débit d'étiage n’est inférieur à la moitié du débit moyen, C’est là un fut peut-être unique dans son genre et que les savants n’ont constaté pour aucune autre rivière. Ainsi, pour établir une comparaison avec un fleuve

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HYDROGRAPIIE DU TIBRE. a6l

bien connu et relativement constant, la Seine, dont le bassin est près du quintuple de celui du Tibre et qui roule d'ordinaire presque deux fois plus d’eau, est souvent, après de longues sécheresses, de trois à quatre fois moins abondante. Pour expliquer la pérennité du Tibre, il faut adm tte nécessairement que pendant la saison des sécheresses le fleuve est alimenté par les émissaires de réservoirs souterrains où se sont accumulées les eaux de l'hiver, Ges réservoirs sont très-nombreux, si lon en juge par les écroulements en forme d’entonnoirs qui s'ouvrent çà et là sur les plateaux et les montagnes calcaires de lApennin. Un de ces gouffres, appelé « Fontaine d'Italie » ou puits de Santulla, et situé non Join d'Alatri, près de la frontière du Napolitain, est, en effet, une sorte de puits, de 50 mètres de profondeur, et large de 400 mètres, au fond duquel une véritable forêt dresse ses troncs élancés vers la lumière ; des sources ruissellent en abondance sous la verdure, et des brebis, qu’on y à fait descendre au moyen de cordes et qu'un pâtre ira chercher en se suspendant également à un câble, paissent l'herbe savoureuse qui croît à l'ombre de ee charmant bosquet. Ce sont des gouffres de celte espèce qui alimentent de leurs eaux mystérieuses les fleuves de la contrée, le Sacco et le Tibre. Les ingénieurs Venturoli et Lombardini ont établi par leurs calculs, qu'environ les trois quarts de la masse liquide du Tibre pendant l’étiage proviennent de lacs inconnus, cachés dans les cavernes des Apennins calcaires. L'eau qu'ils fournissent annuellement au Tibre est égale à celle que renfermerait un bassin de 65 kilomètres carrés sur une profondeur moyenne de 100 mètres !,

Le Tibre à fait en grande partie la puissance de la Rome primitive, sinon comme rivière navigable, du moins comme ligne médiane d’un vaste bassin, et maintenant encore la disposition générale de la contrée fait de st capitale le marché naturel d'une région considérable de Plalie, A ces avantages de la ville se joignirent plus tard ceux de sa position centrale en Halie et dans lorbis terrarum; mais, nous l'avons vu, l'histoire, qui change sans cesse la valeur géographique relative des diverses contrées, & graduellement rejeté Rome en dehors du grand ebemin des nations, est vrai que cette ville est située à peu près au mi'-cu de la Péninsule et qu'elle occupe le

1 Pluie moyenne à Rome... . . . . ,. . 0,78 (Schouw). » à la base de l'Apennin.. 1,10 (Lombardini). » sur les sommets. . , . , 9,40 »

Débit moyen du Tibre. , . . , . . .. 291 m. €. par seconde (Venturoli). » le plus fort, . . . 1,710 » »

» de plus faible... , . , , .,, 160 » »

centre de figure de Fensemble des terres, insulaires et continentales, qui entourent la mer Tyrrhénienne ; également au point de vue météorologique, Rome est un centre, puisque sa température moyenne (15",#4) est précisément de # degrés plus élevée que celle de Turin et de # degrés plus faible que celle de Catane; mais ni la position géométrique, ni les avantages du elimat, d’ailleurs très-compromis par Pinsalubrité des campagnes et mème d'une partie de la ville, n’assurent à Rome Pimportance de grande capitale qu'elle ambitionne, Quoique résidence de deux souverains, le roi d'Italie et le pape, Rome n’est point la tête de la Péninsule, et bien moins encore celle des pays latins. On aflirme que pendant le moyen âge, lors du séjour des papes à Avignon, la population de la Ville Éternelle » descendit à 17,000 individus; ee fait parait très-contestable à M. Gregorovius, le savant qui a le mieux étudié celte période de l'histoire de Rome, mais ilest certain qu'après le sac ordonné par le connétable de Bourbon Rome n'avait guère plus de 50,000 habitants. De nos jours, elle grandit assez rapidement, mais elle est très-inférieure à Naples et sa population n'est même pas ausst constdérable que celle de Milan.

Dés les premiers âges, les habitants de Rome étaient d'origines diverses. La légende de Romulus et de Rémus, le récit de l'enlèvement des Sabines, qui s'applique en réalité à toute une époque de Phistoire romaine, les conits incessants des nations enfermées dans lt mème enceinte, témoignent de cette diversité première, De même, les restes des cités que l'on trouve dans li province de Rome, plus fréquemment encore que dans la Toscane proprement dite, murs dits eyelopéens, nécropoles, urnes funéraires, vases de toute espèce, poteries et bijoux, rappellent que sur Eu rive droite du Tibre l'élément étrusque balançait au moins celui des Italiotes, Ailleurs, notamment sur le versant de Adriatique, prédominaient les Gaulois, et leur race se mèla diversement aux autres souches ethniques d'où sortit population romaine primilive,

Mais ce fut bien autre chose aux temps de la puissance de Rome, Alors des étrangers, par milliers et par millions, vinrent se mêler à la population latine, Pendant cinq siècles, les Gaulois, les Espagnols, les Maurétaniens, les Grecs, les Syriens, les Orientaux de toute race et de tout climat, esclaves, affranchis et ciloyens, ne cessèrent daffluer vers la capitale du monde et d'en modifier à nouveau les éléments ethnologiques. Vers la fin de Fempire, Rome, dit-on, avait dans ses murs plus d'étrangers que de Romains, et sans doute que ceux-c1, comme tous les résidents des grandes villes, avaient des familles moins nombreuses que les immigrants du dehors. Ainsi la race italienne

étuit déjà mélangée des éléments les plus divers lorsque la grande débâcle

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