SYRACUSE, DIN
de Minerve, rival du Parthénon d'Athènes, et que les marins sortis du port devaient contempler en tenant dans la main un vase plein de charbons ardents pris sur l'autel de Jupiter. Ce temple existe encore en partie; mais, chose douloureuse à dire, ses belles colonnes de marbre ont disparu sous un masque de moellons et de mortier qui sert de muraille à une église du plus mauvais goût; le monument est toujours là, mais les modernes en ont fait une bâtisse informe.
D'autres ruines helléniques, dont quelques-unes sont admirables, font rivaliser la Sicile, aux yeux de Partiste, avec la Grèce elle-même; les temples y sont même plus nombreux que dans la mère patrie. Girgenti, l'antique Acragas ou Agrigente, qui eut, comme Syracuse, des habitants par centaines de milliers, et qui de nos jours est non moins déchue que Syracuse, possède les ruines et les vestiges d'au moins dix édifices sacrés, dont lun, celui de Jupiter Olympien, le plus grand de toute la Sicile, a servi à la construction du môle de Girgenti; un autre, celui de la Concorde, est le mieux conservé de tous les temples grecs en dehors de PHellade, La ville actuelle n'oceupe que l'emplacement de l'ancienne ‘cropole, sur une assise de grès coquillier, d'où l'on voit le sol S'abaisser en forme de marches vers la mer, Son principal édifice, la cathédrale, à pris, au sommet de la colline, la place du temple de Jupiter Atabyrios, dont les débris ont servi à la construction du monument moderne ; même ses fonts baplismaux sont un sarcophage antique devenu fort célèbre par les recherches et les discussions des archéologues : il représente les amours de Phèdre et d'Iippolyte. Jadis Agrigente descendait jusqu’à trois kilomètres de la mer : ce sont les grands temples qui indiquent la limite méridionale de Pancienne enceinte. Le port actuel, auquel on a donné le nom de Porto-Æmpedocle, en l'honneur de l'un des enfants les plus illustres de La cité fameuse, est situé à l'ouest de Fancien port hellénique ou emporium, à six kilomètres de la ville; c’est d'ailleurs l'eseale de la côte du sud où le mouvement des échanges est le plus actifs elle exporte une grande quantité de soufre.
Plus à l’ouest, une autre ville de commerce maritime et de pêche, Sciacea, l'une des localités de a Sicile les plus fréquemment remuées par les secousses du sol, se dit aussi Phéritière d'une vicille cité grecque, Selinus ou Sélinonte, quoique celle-ci s'élevàt jadis à vingt-cinq kilomètres plus à l'ouest sur la côte, au sud de Castelvetrano. I ne reste plus de Sélinonte que des ruines, mais des ruines énormes, qui de loin ressemblent à des tours. Les sept temples qui s'élevaient sur les bords du détroit d'Afrique ont été Lous presque entièrement renversés par les tremblements de terre, sinon
56 NOUVELLE GÉOGRAPIHE UNIVERSELLE, par les hommes, mais ils présentent encore des restes du style dorique le N2 O6, — GIRGENTIE, PORTO-EMPEPOCLE ET LES MACOALURE,
sy sr Aragon #7 -
ae
ho
Montéapèrto
Echelle de 1.100000
RER lon fier Loire ins smmais)
ù L è à + 5 > Kil
plus pur; les mélopes de trois temples, appartenant à trois âges différents, sont conservées au musée de Palerme, dont elles ont formé le premier noyau
À el dont elles sont encore Fornement par excellence,
AGRIGENTE, SÉLINONTE, SÉGESTE. 960 rique le Sur le versant opposé de l’île, Ségeste n’est plus ; mais, au milieu du désert pierreux où elle se trouvait jadis, s'élève un temple parfaitement intact, quoique non encore complétement achevé, que le silence et la solitude rendent d'autant plus auguste. EL combien d’autres restes moins importants de Part grec offre encore la Sicile, sans compter les immenses nécropoles de Pantalica, de Palazzolo, d'Ispiea, dans la partie sud-orientale de File, et les monuments romains où persiste linfluence de Part grec, tels que le théâtre de Tyndaris, en face des îles Éoliennes, et celui bien autrement beau de Taormine, en vue du cône de PEtna! Le contraste est grand entre ces étonnantes ruines du passé de la Sicile et tous les monuments élevés depuis par les Byzantins et les Arabes, les Normands, les Espagnols et les Napolitains. Ge n'est point de progrès, mais d’une lamentable décadence que témoigne cette étude comparée des édifices. Hélas! que sont les Syracusains de nos jours en comparaison des concitoyens d’'Archimède!
En Sicile, peut-être mieux encore qu'en Ligurie, en Provence et en Catalogne, les villes offrent des exemples frappants de ce phénomène de déplacement graduel qu'amènent avee eux les changements des mœurs et du milieut, Au temps de leur puissance, les vieilles cités grecques pouvaient des-
cendre hardiment vers les plages ; maïs quand vinrent les dangers incessants de guerre et de rapine, surtout au moyen âge, quand les corsaires barbaresques écumaient les mers environnantes et que le brigandage régnait dans l'intérieur de File comme la piraterie sur les plages, presque toutes les villes siciliennes avaient esealadé les hauteurs, et leurs bis faubourgs, tombés en ruines, avaient fini par disparaitre. Girgenti en est un exemple. Quelques villes sont même dressées sur des forteresses naturelles presque inexpugnables sans le secours de Part. Telle est Centuripe où Centorbi, qui
1 Communes (ville et banlieue) de la Sicile ayant plus de 15,000 habitants en 1871 :
Palerme (Palermo)..….. 219,000 hab. Canicatti. 21,000 hab. Messine (Messina). 112,000 » Agrigente (birgent).. 20,500 » Catane (Catania)... 84,000 » Barcelona... . . .. 20,900 » Aci-Reale 36,000 » Castelvetrano.. . . , 20,500 » $ Marsala. . . . . . . 94,000 » Partinico. . rires 20,000 » Li Trapanis 99,000 » Aleamo, . , . . . .. 19,500 » k Modiea. , , , . ,. 99,000 » Licata, . . . . . . , 16,900 » f Caltanissettt. 26,900 » Corleone, , . . , .., 46,200 » J Caltagirone, 26,000 » Villoria. dé à 16,000 » à Termini. . , , , ,. 26,000 » Comiso, , , , , . , . 45,800 » 'ents, ÿ Piazza Armerina.. . . 22100 » Paterno.. . . . : . 15,500 » 1oyau L Syracuse (Siracusa). . 22,000 » Nicosia, , . . . . . . 15,000 » ‘ À Ragusa. . . . . ., 21,500 » Seiacea. 4 4 15,000 » Ë Alcamo, . . . . 21,000 » NotOe vu 8 en. 15,000 » F4
RE PT TESTS de
re
ÉRESRNRRE ENTRE
s’allonge sur le taillant même d’une arète de rochers, immédiatement à l’ouest du Simeto et des laves de l’Etna; telle est aussi, dans son enceinte de murs antiques, San Giuliano, la ville d’Astarté, puis de Vénus, qui, du haut de sa pyramide de 700 mètres de hauteur, riche en veines de métal, domine la mer de Trapani. Mais, grâce au retour de la paix, les habitants se fatiguent de leurs escalades et de leurs descentes journalières, et 1à où les marécages n'ont pas envahi les terres basses, ils abandonnent leurs aires d’aigle pour se loger au bord de la mer ou sur les routes qui passent dans la plaine. Sur toute la côte septentrionale, de Palerme à la pointe de Messine, chaque marina de la plage s'agrandit peu à peu ax dépens du borgo de la crête, et l’ancienne ville finit par se transformer en ruines se dressant comme un amas de rochers blanes sur des roches plus grises : c’est un squelette de ville se dressant au-dessus de Ta cité vivante, Cefalt, le Kephaladion des Grees, présente, mieux que toute autre ville sicilienne, le bizarre contraste de ses deux emplacements successifs. En bas est la ville actuelle, blottie à la base du promontoire, sur un étroit talus de débris; en haut, tout le pourtour de la roche est encore festonné d’une muraille à créneaux, mais sur le plateau mème il ne reste plus que des pâtis pierreux; tout édifice a disparu, si ce n’est pourtant un petit temple eyclopéen, le plus vénérable débi de Ja Sicile par son ancienneté, ruine de trente siècles, que n'a pu encore ronger le temps.