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N9 119, — PLATEAUX DE LA PÉNINSULE IDÉRIQUE

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cap de Bonne-Espérance, le côté océanique de la Péninsule, celui du Guadalquivir et du Tage, à plus d'importance dans le mouvement des échanges et dans l'histoire du monde que le côté méditerranéen tourné vers Rome

et vers la France, Ge fait peut sembler étrange au premier abord ; mais on

aurait tort d’y voir l'effet d'une prétendue loi du progrès qui pousserait 144

fatalement l'humanité d’orient en occident: la cause en est tout sim-

plement dans la disposition générale du plateau ibérique. De même que

l'ltalie péninsulaire, l'Espagne tourne le dos à lorient, elle regarde vers l'ouest. La contrée tout entière s'incline d'une pente graduelle dans la direction de l'Océan et c'est du même eôté que s'épanchent les fleuves paallèles, le Miño, le Duero, le Tage, le Guadiana, le Guadalquivir, La ligne de partage des eaux, qui est aussi presque partout la ligne de faîte de l'Ibérie, se développe, d'Algeciras à Teruel, dans le voisinage immédiat de la Méditerranée, Les bouches de l'Ébre interrompent cette muraille riveraine par une brèche étroite et d'un accès périlleux pour les navires ; mais immédiatement au delà recommencent les chaînes du littoral. Presque toute la masse de l'Espagne s'est trouvée ainsi cachée comme par un écran aux regards des navigateurs, La terre de l'Occident », ear telest le sens du mot Uespérie, que les Grecs donnèrent à l'Espagne après l'avoir appliqué à l'Italie, est devenue par cela même aussi éloignée des péninsules orientales que si elle avait été transportée de plusieurs degrés plus avant dans l'Atlai-

tique.

Ni la population première de l'Espagne. ibérique ou autre, n'était pas aborigène, ce que dans l'état actuel de nos connaissances il serait téméraire de nier où d'affirmer, c'est par la frontière des Pyrénées où par l'étroit bras de mer des Colonnes d'Hereule que la Péninsule à dù recevoir ses h\bitants. Des colons n'auraient pu venir par le Tittoral océanique, si ce n°4 à l'époque où l'Irlande était plas rapprochée de lispanie et se rattachait peut-être à quelque Atlantide. Du côté méditerranéen, les immigrations eussent été non moins difficiles, avant que l'art de la navigation en pleine mer eût été découvert, et même lorsque les marins grecs, massiliotes, phéniciens, carthaginois parcouraient librement la Méditerranée, ils ne pouvaient peupler que la zone du littoral à cause de Fescarpement des montagnes qui forment le rebord des plateaux espagnols. Leurs colonies, quelle qu'ait été leur importance dans l’histoire, sont done toujours restées dans l'isolement et n'ont contribué que pour une faible part au mélange ethnologique des populations de l'intérieur.

Le fond actuel de Ta nation espagnole est principalement de race ibérique. Les Basques, repoussés maintenant dans les hautes vallées des Pyrénées occidentales, occupaient en maîtres la plus grande partie de la Péninsule. Les noms de montagnes et des eaux courantes, ceux mêmes d'une quantité de villes témoignent de leur séjour et de leur domination dans presque toutes les contrées de l'Espagne, du golfe de Gascogne au détroit de Gibraltar, Des tribus

celtiques, venues par les seuils des Pyrénées, s'étaient, àune époque inconnue,

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établies çà et là en groupes de race pure, tandis qu'ailleurs ils s'étaient mêèlés aux aborigènes et formaient avec eux les nations connues sous le nom composé de Celtibères. Ces populations croisées habitaient surtout les plaleaux qui de nos jours sont désignés par l'appellation de Castilles, Les Celtes purs, à en juger par les noms de lieux, occupaient la Galice et la plus grande partie du Portugal. Les Ibères avaient le siége principal de leur civilisation dans les parties méridionales de la Péninsule; ils s'avançaient au loin sur les plateaux, peuplaient les régions plus fertiles du pourtour méditerranéen, la vallée de l'Ébre, les deux versants des Pyrénées, pénétraient dans les Gaules jusqu'à la Garonne et à la base des Cévenaes, puis, longeant le littoral des golfes du Lion et de Gènes, poussaient leurs dernières tribus jusqu’au delà des Apennins : on retrouve encore beaucoup de uoms 1bériques dans les Alpes Tessinoises. La répartition des noms géographiques semble témoigner que là marche des Ibères s'est faite du sud au nord, des Colonnes d'Hercule aux Pyrénées et aux Alpes.

A ces éléments primitifs vinrent se joindre les colons envoyés par les peuples commerçants de a Méditerranée : Cädiz, Mälaga sont des vities d'origine phénicienne; Carthagène est lhéritière de Carthage ; lantique Sagonte avait été fondée par des émigrés de Zacynthe; Rosas est une colonie rhodienne; les ruines d’Ampurias rappellent lEmporium des Massiliotes. Mais le vieux fond ibérique et celtique ne devait être profondément modifié que par l'influence de Rome. Après une guerre d'un siècle, les rudes légionnaires furent enfin les maîtres de la Péninsule; les colons latins purent s'‘lablir sans danger en dehors de chaque ville, de chaque poste fortifié ; la culture italienne se répandit de proche en proche du littoral et de La vallée du Bétis (Guadalquivir) jusque dans les replis les moins fréquentés des plateaux, et, sauf dans les monts Cantabres habités de nos jours par les Basques, la langue des conquérants devint celle des vaincus. La part des Romains est done fort grande dans la formation du peuple espagnol : quoique ibère et celte d’origine, il n’en est pas moins devenu lune des nations latines par son idiome et le moule de si pensée.

Lorsque lécroulement de l'empire romain eut fait accourir de toutes les extrémités du monde les hommes de proie, Suèves, Alains, Vandales et Visigoths envahirent successivement PEspagne, Usés par leurs victoires mêmes, aussi bien que par le changement de climat et de vie, pressés par ceux qui les suivaient, les premiers conquérants disparurent bientôt sans laisser beaucoup de traces. Les Alains nomades se perdirent au milieu des populations lusitaniennes, où peut-être même furent exterminés en masse

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par les autres envahisseurs ; les Suëves, tribu teutonique de race pure, se fondirent peu à peu du côté de la Galice; les Vandales abandonnèrent les riches cités de la Bétique, où ils avaient séjourné pendant quelques années, pour aller conquérir leur royaume éphémère de PAfrique. Mais les Visigoths, plus tard venus et plus nombreux, peut-être aussi doués d’une plus grande solidité de caractère, s’établirent fermement sur le sol envahi et Pinfluence qu'ils exercèrent sur la race elle-même persiste encore dans la langue, les mœurs, l'esprit des Espagnols. Il est possible que Lx pompeuse gravité du Castillan soit en partie l'héritage des Visigoths.

Après l'Europe septentrionale, l'Afrique devait à son tour déverser son contingent de populations nouvelles sur cette presqu'île dépendant géographiquement des deux parties du monde. Au commencement du huitième siècle, les musulmans de la Maurétanie, Arabes et Berbères, prirent pied sur le rocher de Gibraltar, et, dans l'espace de quelques mois, l'Espagne presque lout entière tombait en leur pouvoir, Pendant plus de sept siècles, le détroit d'Hercule baigna des deux côtés les terres du « Sarrasin » et nul obstacle n'arrèla le passage des commerçants, des colons, des industriels appartenant à toutes les races de PAfrique du Nord et mème de l'Asie. On ne saurait douter que linfluence de tous ces immigrants sur la populalion aborigène de la Péninsule n'ait été capitale ; par les croisements continués de siècle en siècie le type originaire s’est modifié, ainsi que le prouvent suffisamment les traits des habitants dans les districts méridionaux. [est vrai que linquisition fit expulser du royaume ou réduire en esclavage des centaines de milliers, peut-être un million de Maures ; mais ceux qu'elle traitait ainsi étaient les musulmans ou les convertis douteux ; la grande masse de Lx population dite espagnole n’en avait pas moins dans ses veines une forte part de sang berbère el sémile ; dans le voisinage mème de Madrid, entre Tolède et Aranjuez, on cite le village de Villaseca comme étant peuplé de descendants des Maures; le teint foncé, la chevelure noire des habitants, ainsi que la coutume qu'ont les femmes de ne jamais se montrer sur la place du marché, témoignent en faveur de cette origine. La langue castillane elle-même établit combien grande a été l'influence des Sarrasins ; elle à reçu beaucoup plus de mots arabes, apportés par les Maures, qu'elle n’en à admis de germaniques dus à l'idiome des Visigoths : environ deux mille termes sémitiques, désignant surtout des objets et des idées qui témoignent d'un état de civilisation en progrès, continuent de vivre dans le caslillan et rappellent la période de développement industriel et scientilique inaugurée en Europe par les Arabes de Grenade et de Cordoue. Plusieurs auteurs pensent que le son guttural de la lettre j (jota) est aussi de

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