DÉCADENCE DES CASTILLES
tricts écartés où Jamais les voyageurs n'apportaient un écho du monde lointain !
C'est précisément dans la province de Salamanque, à soixante kilomètres à peine de ce & foyer » des études, qu'au milieu de lâpre vallée des Baluecas, au-dessous des rochers de Ta Penña de Francia, vivent encore des populations qualifiées de € sauvages », et que l'on accuse, évidemment à tort, de ne pas même connaître les saisons, Récemment, diverses légendes se racontaient au sujet de cette peuplade : on prétendait même qu'elle était restée complétement inconnue de ses voisins jusqu'aux âges modernes, et que deux amants en fuite Pavaient découverte par hasard; mais les chartes établissent parfaitement que, dès la fin du onzième siècle, les Batuecas étaient tributaires d'une église des environs et qu'elles devinrent ensuite le domaine d’un couvent bâti dans la vallée même; néanmoins, si Fon en croit les dires des voyageurs, les gens de Ta vallée ignoraient à quelle religion ils appartenaient, Plus au sud, sur les pentes orientales de li Sierra de Gala, Le distriet de las Hurdes, à peine moins difficile d'accès que Tas Batuecas, serait également habité par des paysans revenus à une sorte d'état sauvage.
D'ailleurs toutes les régions montagneuses des Castilles éloignées des urandes routes ont encore des populations, Sinon barbares, du moins vivant bien en dehors de ce que lon appelle Re cnvilisation moderne. On peut citer en exemple les charros de Salamanque, et surtout les fameux maragalos des montagnes d'Astorga, presque tous muletiers, voituriers, conducteurs de bestiaux; une grande partie du commerce de F'Espagne passe entre leurs mains, Is ne se marient qu'entre eux et sont considérés, probable. ment avec raison, comme les descendants purs de quelque ancienne peuplade de Fbérie ; cependant on à voulu, par une sorte de Jeu de mots, en faire des « Maures Goths », c'est-à-dire des Visigoths qui se seraient alliés aux Maures et qui en auraient adopté les mœurs, Rien ne ‘appelle chez eux des musulmans, Leur vêtement traditionnel n'est point mauresque. Les maragalos portent des culottes larges et bouffantes, des espèces de guètres en drap attachées au-dessous du genou, un habit court et serré, une ceinture de cuir, une fraise bouffante autour du cou, un chapeau de feutre à larges bords. IIS sont d'ordinaire grands et robustes, mais secs et anguleux. Is sont taciturnes, ils ne rient point et ne chantent point par les chemins en poussant devant eux leurs bêtes de somme. TS se mettent difificilement en colère, mais, une fois exaspérés, ils deviennent féroces. Leur fidélité est absolue : on peut leur confier sans crainte les objets les plus précieux; ils les transporteraient d'une extrémité à l'autre de PEspagne, et
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sauraient les défendre contre toute attaque, car ils sont fort braves et manient les armes avec une remarquable adresse. Tandis que les hommes parcourent les grandes routes, les femmes eultivent la terre; mais le sol est aride et rocailleux et ne produit que de chétives récoltes,
Malgré la forte originalité des Castilles et de leurs populations, on observe, comme dans tout le reste de l'Europe, un phénomène très-lent, mais continuel, d'égalisation des hommes et des choses, Sous l'influence du milieu historique, les Castillans du Nord et du Sud, de la montagne et des terres unies, arrivent à ressembler de plus en plus aux autres Espagnols, de même que ceux-ci se rapprochent des autres Européens, Les ressources du pays, mieux connues par les étrangers, sont utilisées d'une manière plus sérieuse, l'industrie renaît, mais en se déplaçant et avec des formes nouvelles, suivant les débouchés que lui offrent les chemins de fer, suivant les besoins changeants de l'homme et les procédés qu'il découvre. La population se répartit aussi en obéissant à de nouvelles lois de groupement. Ce ne sont plus les mêmes cités qui servent de centres d'attraction.
Les vicissitudes de l'histoire, et surtout Pétat de guerre incessant dans lequel à vécu FEspagne du temps des Maures, ont valu à un grand nombre de localités des Castilles l'honneur passager de porter le titre de capitale. La succession des étapes dans les mouvements de conquête ou de déroute, parfois aussi le caprice d'un roi, le partage de son domaine entre plusieurs fils, telles étaient les causes qui ont donné à taut de’cités des provinces de Leon et des Castilles une prééminence transitoire et leur ont assuré une place dans l'histoire des hauts faits de Espagne.
La vicille Numance, dont la gloire lui vient en entier de sa ruine, n'existe plus, et Fon ne sait pas même si les ruines que lon montre à quelques kilomètres de la maussade ville de Soria, Fancien fief de Dugueselin, sont bien les vestiges des murs démolis par Scipion Émilien, Mais il ne manque point de cités fort antiques avant encore gardé de nos jours quelque importance, Telle est Leon, capitale de Fun des anciens royaumes des Espagnes, quartier général d'une légion romaine (septima gemina), dont le nom corrompu (Legio) permet à a ville de porter des lions dans ses armoiries 2 €est a première cité d'importance que les chrétiens aient reconquise sur les Maures; son enceinte, dont les assises consistent partiellement en marbre jaspé, est à demi ruinée, et a cathédrale, naguère lune des plus belles de Ta Péninsule, à été transformée en un
cube de formes assez massives, Astorga, qui fut du temps des Romains
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