GRENADE ET LA VEGA
s'élèvent les « Tours Vermeilles», aux murailles revêtues d’arbustes; beaucoup plus à l'est, et dominant également le cours du Darro, est le Generalife, aux jardins admirables, tout ruisselants d'eaux qui s'élancent en jets, se précipitent en cascatelles, S'étalent en bassins. Entre les Tours Vermeilles et le Generalife, et se prolongeant sur un espace de près d’un kilomètre, on voit se dresser au-dessus d’un entassement de murs, de bastions, de tours avancées, le palais de l'Ahambra, formidable au dehors, mais délicieux au dedans. Charles-Quint, dans une Tubie de sot caprice, en à fait démolir une partie pour la remplacer par un édifice prétentieux, d'ailleurs inachevé; mais, tel qu'il est encore, l'Alhambra où « Palais Rouge » est toujours une merveille de Part humain, un de ces chefs-d'œuvre d'architecture ornée qui servent, comme le Parthénon, de types au goût des artistes et sont le modèle, plus où moins heureusement imité, de tout un monde d'autres édifices élevés dans les diverses contrées de la Terre,
L'intérieur de l'Alhambra, tout délabré qu'il est et quoique dépouillé de la plus grande partie de ses trésors, lasse le visiteur par linfinie variété de ses salles, de ses cours, de ses portiques, entremêlés de jardins aux eharmants ombrages. On admire surtout la salle des Lions, la salle des Ambassadeurs, la porte de la Tour des Infantes; mais toutes les murailles présentent le même luxe d’arabesques en stue, d'entre-lacs variés de Ta façon la plus harmonieuse, de faïences vernissées et multicolores formant les dessins les plus ingénieux, de versets du Coran sculptés en relief au-dessus des colonnades : le regard est eharmé par ces ornements si bien entremêlés, dont l'imagination même se fatigue à suivre le lacis sans fin. Du temps des Arabes, l'ivoire et les feuilles d’or servaient à rehausser par leur contraste les dessins qui décorent tout l'édifice comme un immense bijou. C'est bien
là le palais «que les génies ont doré comme un rêve !
Du haut de la tour de la Vela et des autres donjons qui dominent la forteresse on jouit d’une de ces vues merveilleuses qui font époque dans la vie d’un homme. En bas, Grenade, hérissée de tours, allonge se: quartiers avancés dans les vallées de ses deux fleuves, entre de magnifiques promenades et ses collines parsemées de maisons blanches brillant à travers la verdure. Le Darro, révélé par les épais ombrages de ses rives, sort de la « Vallée du Paradis » et va rejoindre le Genil, qui descend du € Val de l'Enfer » et menace souvent Grenade dans ses débordements. Réunis, les deux cours d'eau arrosent ces riches campagnes de la Vega, et leur flot d'argent se montre çà et R au milieu de l'immense verger si souvent comparé par les poëtes, arabes et chrétiens, à l'émeraude enchâssée dans le saphir. Les montagnes bleues qui dominent cette plaine verdoyante, théâtre