‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 386 sur 545 · STE · texte numérisé non relu

STE

DE

EE

de tant de combats, se succèdent jusqu'à l'extrême horizon avee une gravité solennelle, Au sud se dressent les masses géantes de la sierra Nevada ; à l’est, au nord, des monts moins élevés, mais également âpres et nus, limitent brusquement les campagnes touffues de leurs pentes rougeûtres et ravinées. Une cime presque isolée, la montagne d'Elvira, qui s'avance en promontoire au milieu de la plaine, rappelle par son nom corrompu la ville ibérienne d'Ii-Berri (Ville-Neuve), Pune des cités mères de Grenade,

Le contraste des monts sauvages et de la plaine fertile, de la ville gracieuse et des rochers abrupts, donne un attrait particulier à ce merveilleux paysage de Grenade. Les Maures, chez lesquels se retrouve un contraste analogue, limpassibilité apparente et la flamme intérieure, étaient enamourés de a ville andalouse, C'était pour eux la @icine des cités », la « Damas de l'Occident », «une partie du Ciel tombée sur la Terre, » Les proverbes espagnols ne sont pas moins louangeurs : Quien no ha visto Granada, — No ha visto nadal « Qui n'a Grenade vu, — N'a rien vu!» Grenade « la jolie » est, en effet, lun des plus beaux coins du monde, surtout pendant la saison d'été, quand toutes les villes des plaines inférieures sont brûlées par la sécheresse, C’est précisément alors que les caux descendues de la sierra Nevada ruissellent avec le plus de force, répandant autour d'elles la fertilité, l'abondance et la joie.

Les autres villes du bassin du Genil ont aussi de belles cultures, vignes, oliviers, céréales, plantes textiles, arbres à fruits, mais aucune d'elles ne peut se comparer à la riche Grenade, pas mème Loja, aux fraiches eaux, la « Fleur entre les Épines », l’oasis au milieu des âpres rochers et des défilés. Jaen en serait presque digne. Cette vieille cité, qui fut capitale d'un royaume arabe el qui soutint des luttes heureuses contre sa puissante rivale du Midi, est dans une admirable position au confluent de plusieurs ruisscaux qui descendent joyeusement vers le Guadalquivir. Les coteaux qui dominent la ville sont hérissés de murailles en ruines enserrées par une folle végétation; au pied de ces hauteurs, la campagne, abondamment arrosée, est à la fois un jardin plantureux, un verger plein d'ombre, et çà et là les palmiers ouvrent leur éventail au-dessus des autres arbres au feuillage touffu. Au milieu de cette vallée à l'aspect oriental, Jaen à gardé sa physionomie mauresque du moyen âge : ses maisons blanchies à la chaux ne sont percées que de rares ouvertures, comme si le musulman avait encore à y garder jalousement ses femmes de tout regard profane.

Dans la haute vallée du Guadalquivir, les villes se pressent. Voici Baeza, « le royal nid de faucons ; » elle avait dans ses murs 150,000 personnes à l'époque de sa prospérité sous les Maures, mais la guerre la dépeupla àu

uit

‘0 e gl

ane f K op orqdeiSoougd oun sgade p ‘Doeuare) ‘jf °p uts*oq

OMOK 134 VITIS VT 34 Sid CHUVNAUD AA LA VHAKVHAIV, T1 A4 ANA

TT PRE Rat AT à à k A

s € Æ - t-e ‘ PR — D © : ; = a : — = L __ n - — LA = S ES [] D - A . al 2) 1 -— e — — = = n — (= — = = .— + pe a 4 — : pe : Ed = CR —… Zn © oo — = € ss = Z = 2 = O © = D mms Tnt ee = ee ES = RE — = D. sn — P2l = + PO ct = = ps <= = en Se [= D = = — pi es ep) nd = = sd E = = SES = = 4 — = e = r- Les = = ee éd = = = cent 4 2 = - = < = — = . um — a = — re a [= Q = nl + “nn Pt Se — — R ES = — = — = = En n CR = = = € n = = = 2 = = 1 = et = = 2) = — > © Z ec = = Z mn S © = D = = «= = =" = Le © °z = — » A ND = — © = 9 ee dr (Gun = 20 = = EE = = S nm N= = = = = an . © : : = = = re = = > : = = 9 = = = 2 + + = = 2) » = BOSS Fr ST 2 3 nn = ZE = e — n 7 = mn Les SE — = SC = = o £ =, = - = = € D LS 9 — = = > — = =; A LE e — D 6 me 2 = — = = ©: mt ont =

ein

GRENADE, JAEN, BAEZA, ANDÉJAR, CORDOUE, Toi

profit de Grenade en emplissant de ses colons le faubourg de l'Abaicin ; elle est toujours très-fière de son passé, et ses processions le disputent en splendeur à celles de Séville, Dans le voisinage immédiat se trouve Ubeda, qui fut aussi une grande cité musulmane et qui, n'était le changement des costumes, semblerait être encore habitée par des Maures, Plus haut, dans la montagne, est la ville minière de Linarès, à peine assez grande pour contenir environ 8,000 habitants, quoique obligée maintenant de donner l'hospitalité à 50,000 nouveaux venus; plus bas, en descendant le cours du fleuve, est Andüjar, fameuse par ses alcarrazas et bien connue des voyageurs comme lun des endroits où le Guadalquivir est le plus souvent franchi, Plus bas, à une trentaine de kilomètres en aval de la ville de Montoro, le pont d’Alcolea, aux vingt arches de marbre noir, est aussi devenu célèbre à cause du conflit des armées qui s'en disputaient la possession.

Cordoue l'ibérienne, la romaine, l'arabe, a commencé dans l'histoire de l'Espagne en même temps que la civilisation hispanique. Elle à été de out ‘emps fameuse et puissante : aussi la haute aristocratie nobiliaire aime elle à rattacher ses origines à celle de Cordoue : c'est là que se lrouve la source par excellence du « sang bleu » (sangre asul), que les gentilshommes espagnols disent couler dans leurs nobles veines. C'est à l’époque des Maures que Cordoue atteignit à l'apogée de sa grandeur ; du neuvième siècle à la fin du douzième, elle cat près d’un million d'habilants, et ses vingt-deux faubourgs se prolongeaient au loin dans la plaine et les vallées latérales. La richesse de ses mosquées, de ses palais, de ses maisons particulières était prodigieuse. mais, gloire plus haute, Cordoue méritait alors le titre de « nourrice des sciences ». Elle était la principale ville d’études dans le monde entier ; par ses écoles, ses colléges, ses universités libres, elle conservait et développait les traditions scientifiques d'Athènes et d'Alexandrie : sans elle, la nuit du moven âge eût été bien plus épaisse encore, Les bibliothèques de Cordoue à: vaient pas d’égales dans le monde; Pune, fondée par un fils du premier Abdérame, contenait plus de 600,000 volumes dont le catalogue n'emplissait pas moins de quarante-quatre tomes. Mais les guerres civiles, l'invasion étrangère et le fanatisme firent disparaître tous ces trésors. Conquise par les Espagnols plus d’un demi-sièele avant Grenade, Cordoue descendit peu à peu au rang d’une ville secondaire. Quoique occupant le véritable centre géographique de lAndalousie, elle est pourtant restée, depuis l’expulsion des Maures, bien au-dessous de Séville, de Mälaga, de Cädiz, de Grenade.

Cordoue a toujours la physionomie arabe que lui donnent ses ruelles

étroites, où ne descend pas le rayon direct du soleil. Ta plupart de ses monuments ont péri, mais elle a gardé sa merveilleuse mezquita ou mosquée, sans égale dans le monde entier, Grenade à le plus beau palais des musulmans, Cordoue leur plus beau temple. Cet édifice, le chel-d’'œuvre de Paschitecture arabe, à été bâti à la fin du huitième siècle par Abdérame et son ils, et lon se demande avec étonnement comment l'espace de moins d'une génération put suffire pour élever une si prodigieuse construction. Quand on $ pénètre, on voit fuir au loin les perspectives des colonnes, comme celles des sapins dans une forêt sombre ; les arcades, qui développent en deux étages superposés leurs courbes de formes variées, simulent dans la demi-obseurité du temple un immense branchage entremèlé. Bien qu'une grande partie des colonnades, la moitié peut-être, ait été détruite pour faire place à un chœur et à des chapelles catholiques, il reste pourtant encore huit cent soixante piliers, sans compter ceux du portique et de la tour; les avenues de colonnes où nefs sont au nombre de dix-neuf dans le sens de Ja largeur, et sont croisées par vingtneufautres rues où calles, car teLest le nom que leur donnent les Espagnols, en les distinguant par les chapelles terminales. Les colonnes, qui proviennent de tous les temples romains de Andalousie, du reste de l'Espagne, de La Gaule musulmane, de la Maurétanie, et dont cent quarante furent envoyées de Byzance en présent, offrent une collection presque complète des matériaux les plus précieux, granit vert d'Égypte, rouge et vert antiques, brèches de diverses couleurs; « les unes sont cannelées et torses, les autres rugueuses comme le palmier, nouées comme le bambou, ou lisses comme le bananier. » Les chapiteaux, corinthiens, doriqües ou arabes, sont des styles les plus variés; de même les arcades ont des formes diverses : les unes sont à plein cintre, la plupart sont en fer à cheval, à Lois, cinq, sept ou même neuf où onze lobes, de manière à figurer un ruban de pierre, Nulle part de fatigante symétrie, partout les architectes ont gardé la plus grande liberté de fantaisie, Partout aussi ils avaient prodigué la plus riche ornementation; des nefs étaient pavées en argent, des sanctuaires étaient revêtus de lames d'or rehaussées de pierres précieuses, d'ivorre et d'ébène, On peut juger de ce qu'était le luxe de la mosquée en pénétrant dans le mihrab, qui fut autrefois le « saint des saints » et où Pon conservail une copie du Livre, écrite en entier de la main d'Othman. La mosaïque du mibrab, de travail byzantin, est certainement l'une des plus belles qui se voient dans le monde.

Les districts les plus riches des environs de Cordoue ne sont pas ceux qu'arrose le Guadalquivir : c’est vers l'intérieur des terres, surtout dans le

Page 1