‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 4 sur 545 · L'ESPACE · texte numérisé non relu

L'ESPACE

ORIGINE DES HOMMES. ù

connu, ceux-ci le sont relativement bien moins encore. Sans parler de l'origine première des tribus et des races, origine qui nous est absolument inconnue, les filiations immédiates, les parentés, les croisements de la plupart des peuples et peuplades, leurs lieux de provenance el d'étape sont encore un mystère pour les plus savants et l'objet des affirmations les plus contradictoires. Que doivent les nations à l'influence de la nature qui les environne? Que doivent-elles au milicu qu'habitèrent leurs ancêtres, à leurs instincts de race, à leurs mélanges divers, aux traditions importées du dehors? On ne le sait guère; à peine quelques rayons de lumière pénètrent-ils çà et là dans cette obseurité. Le plus grave, c’est que l’ignorance nest pas la seule cause de nos erreurs; les antagonismes des passions, les haines instinctives de race à race et de peuple à peuple nous entraînent souvent à voir les hommes autres qu'ils ne sont. Tandis que Îles sauvages des terres éloignées se montrent à notre imagination comme des fantômes sans consistance , nos Voisins, nos rivaux en civilisation nous apparaissent sous des traits enlaidis et difformes. Pour les voir sous leur véritable aspect, 1] faut d’abord se débar asser de tous les préjugés et de ous ces sentiments de mépris, de haine, de fureur qui divisent encore les peuples. L'œuvre la plus difficile, nous à dit la sagesse de nos ancêtres, est de se connaître soi-même: combien est plus diflicile la science de l’homme, étudiée dans toutes ses races à la fois !

I serait done impossible actuellement de présenter une description complète de la Terre et des Hommes, une géographie vraiment universelle, Cest là une œuvre réservée à Ja collaboration future des observateurs qui, de tous les points de la planète, s’associeront pour rédiger le grand livre des connaissances humaines. Le travailleur isolé ne peut de nos Jours que hasarder la composition d'un tableau succinet, en tâchant d'observer fidèlement les règles de la perspective, c’est-à-dire de donner aux diverses contrées des plans d'autant plus rapprochés que leur importance esU plus considérable et qu'ils sont connus d’une façon plus intime.

Naturellement, chaque peuple doit être tenté de croire que dans une description de la Terre Ja première place appartient à son pays. La moindre tribu barbare, le moindre groupe d'hommes encore dans l'état de nature pense occuper le véritable milieu de l'univers, s'imagine être le r'eprésentant le plus parfait de la race humaine. Sa langue ne manque Jamais de témoigner cette illusion naive, qui provient de l'étroitesse extrême de son horizon. La rivière qui arrose ses champs est le « Père des Eaux », là montagne qui abrite son Cmpement est le « Nombril de la Terre ».

Les noms que les peuples enfants donnent aux nations voisines sont des

(n NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

termes de mépris, tant 1ls considèrent les étrangers comme étant leurs inférieurs : ils les appellent « Sourds », « Muets », « Bredouilleurs », «€ Malpropres », « Idiots », « Monstres » et « Démons! » Ainsi les Chinois, qui à certains égards constituent en effet un des peuples les plus remarquables et qui ont au moins l'avantage du nombre sur tous les autres, ne se contentent pas de voir dans leur beau pays la « Fleur du Milieu », ils lui reconnaissent aussi une telle supériorité, que, par une méprise bien naturelle, on a pu les désigner sous le nom de « Fils du Ciel ». Quant aux nations éparses autour du « Céleste Empire », elles sont au nombre de quatre, les « Chiens », les « Porcs », les « Démons » et les « Sauvages! » Encore ne méritent-elles pas qu’on leur donne un nom; il est plus simple de les désigner par les points cardinaux : ce sont les « Immondes » de l’est, du nord, de l’orient et du midi.

Si nous donnons la première place à l'Europe civilisée dans notre descriplion de la Terre, ce n’est point en vertu de préjugés semblables à ceux des Chinois. Non, cette place lui revient de droit. D'abord, le continent européen est le seul dont toute la surface ait été parcourue et scientifiquement explorée, le seul dont la carte soit à peu près complète et dont l'inventaire matériel soit presque achevé. Sans avoir une population aussi dense que celle de l'Inde et de la Chine centrale, l'Europe contient près du quart des habitants du globe, et ses peuples, quels que soient leurs défauts et leurs vices, quel que soit, à maints égards, l’état de barbarie dans lequel ïls se trouvent, sont encore ceux qui donnent l'impulsion au reste de l’humanité dans les travaux de l’industrie et ceux de la pensée. C'est en Europe que, depuis vingt-cinq siècles, le principal foyer de rayonnement pour les arts, les sciences, les idées nouvelles, n’a cessé de briller, tout en se déplaçant graduellement du sud-est au nord-ouest. Même les hardis colons européens qui sont allés porter leurs langues et leurs mœurs par delà les mers et qui ont eu limmense avantage de trouver un sol vierge pour s'y épandre librement, n'ont point encore donné au nouveau monde, dans le développement de l'histoire contemporaine, une importance égale à celle de la petite Europe.

Plus actifs, plus audacieux, débarrassés, en outre, d'une partie de ce lourd bagage du passé féodal que les sociétés d'Europe traînent après elles, nos rivaux d'Amérique sont encore trop peu nombreux pour que l’ensemble de leurs travaux puisse égaler les nôtres. Ils n’ont pu reconnaître qu'une faible partie des ressources de leur nouvelle patrie; même l’œuvre préliminaire de l'exploration est bien loin d’être achevée, La « vieille Europe », où chaque motte de terre a son histoire, où chaque homme est par ses

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