‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 5 sur 545 · INFLUENCE DU MILIEU · texte numérisé non relu

INFLUENCE DU MILIEU

traditions el son champ l'héritier de cent générations successives, garde donc Le premier rang, et l'étude comparée des peuples permet de croire que l'hégémonie morale et la prépondérance industrielle lui resteront pendant longtemps encore. Toutefois il n'est point douteux que l'égalité finira par prévaloir, non-seulement entre l'Amérique et l'Europe, mais aussi entre toutes les parties du monde, Grâce aux croisements incessants de peuple à peuple et de race à race, grâce aux migrations prodigieuses qui s’accomplissent et aux facilités croissantes qu'offrent les échanges et les voies de communication, l'équilibre de population s'établira graduellement dans les diverses contrées, chaque pays fournira sa part de richesses au grand avoir de l'humanité, et, sur la Terre, ce que l’on appelle la civilisation aura « son centre partout, sa circonférence nulle part ».

On sait combien puissante a été l'influence favorable du milieu géographique sur les progrès des natioi : européennes, Leur supériorité n’est point due, comme d’aucuns se l’imaginent orgucilleusement, à la vertu propre des races dont elles font partie, car, en d’autres régions de l’ancien monde, ces mêmes races ont été bien moins créatrices. Ce sont les heureuses conditions du sol, du climat, de la forme et de la situation du continent qui ont valu aux Européens l’honneur d’être arrivés les premiers à la connaissance de la Terre dans son ensemble et d’être restés longtemps à la tête de l'humanité, C’est donc avec raison que les historiens géographes aiment à insister sur la configuration des divers continents et sur les conséquences qui devaient en résulter pour les destinées des peuples, La forme des plateaux, la hauteur des montagnes, la marche et l'abondance des fleuves, le voisinage de l'Océan, les dentelures des côtes, la température de l'atmosphère, la fréquence ou la rareté des pluies, les mille rapports mutuels du sol, de l’air et des eaux, tous les phénomènes de la vie planétaire ont un sens à leurs yeux et leur servent à expliquer, du moins en parlie, le caractère et la vie première des nations; ils se rendent ainsi compte de la plupart des contrastes qu'offrent les peuples soumis aux influences diverses, et montrent sur la Terre les chemins que devaient nécessairement suivre les hommes dans leur flux et reflux de migrations et de guerres,

Toutefois il ne faut point oublier que la forme générale des continents etdes mers et de tous les traits particuliers de la Terre ont dans l’histoire de l'humanité une valeur essentiellement changeante, suivant l’état de culture auquel en sont arrivées les nations. Si la géographie proprement dite, qui s'occupe seulement de la forme et du relief de la planète, nous expose l’état passif des peuples dans leur histoire d'autrefois, en revanche, la géographie historique et statistique nous montre les hommes entrés dans leur rôle

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aclif et reprenant le dessus par le travail sur le milieu qui les entoure, Tel fleuve qui, pour une peuplade ignorante de la civilisation, était une barrière infranchissable, se transforme en chemin de commerce pour une tribu plus policée, et, plus tard, sera peut-être changé en un simple canal d'irrigation, dont l’homme réglera la marche à son gré. Telle montagne, que parcouaient seulement les pâtres et les chasseurs et qui barrait le passage aux nations, altira dans une époque plus civilisée les mineurs et les industriels, puis cessa même d'être un obstacle, grâce aux chemins qui la traversent. Telle crique de la mer où se remisaient les petites barques de nos ancêtres est délaissée maintenant, tandis que la profonde baie, jadis redoutée des navires et protégée désormais par un énorme brise-lames, construit avec des fragments de montagnes, est devenue le refuge des grands vaisseaux.

Ces innombrables changements, que l'industrie humaine opère sur tous les points du globe, constituent une révolution des plus importantes dans les rapports de Phomme avec les continents eux-mêmes. La forme et la hauteur des montagnes, l'épaisseur des plateaux, les dentelures de la côte, la disposition des îles et des archipels, l'étendue des mers, perdent peu à peu de leur importance relative dans l’histoire des nations, à mesure que celles-ci gagnent en force et en volonté. Tout en subissant l'influence du

milieu, l’homme la modifie à son profit; il assouplit la nature, pour ainsi dire, et transforme les énergies de la terre en forces domestique . On peut citer en exemple les hauts plateaux de lAsie centrale qui enièvent encore toute unité géographique à l’anneau des terres extérieures et des péninsules environnantes, mais dont lexploration future et la conquête industrielle auront pour résultat de donner à l’Asie cette unité qu’elle avait seulement en apparence, De mème, la lourde et massive Afrique, la monotone Australie, l'Amérique méridionale, pleine de forêts et de nappes d’eau, jouiront des mêmes avantages que l’Europe et deviendront mobiles comme elle lorsque des routes de commerce, traversant ces pays dans tous les sens, y franchiront fleuves, lacs, déserts, monts et plateaux. D’un autre côté, les priviléges que l’Europe devait à son ossature de montagnes, au rayonnement de ses fleuves, aux contours de ses rivages, à l'équilibre général deses formes, ont cessé d’avoir la même valeur relative depuis que les peuples ajoutent leur outillage industriel aux ressources premières fournies par la nature. Ce changement graduel dans l’importance historique de la configuration des terres, tel est le fait capital qu’il faut bien garder en mémoire quand on veut comprendre la géographie générale de l'Europe. En étudiant l’espace, il faut tenir compte d’un élément de même valeur, le temps.

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