LÉRIDA, TORTOSE, TARRAGONE
mais elle n'a guère d'autres éléments de prospérité; à moins qu'un chemin de feë transpyrénéen n'en fasse un des grands entrepôts de commerce international, elle semble destinée à rester une ville de troisième ordre.
La pittoresque Torlose, la dernière cité que baigne l'Ébre avant de se perdre dans la Méditerranée, n’est que Pombre de ce qu'elle fut autrefois quand elle était capitale d'un royaume arabe. De même que Lérida, elle eut jadis une grande importance stratégique comme ville frontière de la Catalogne et de PAragon et comme place forte dominant le passage de l'Ébre. Elle est aussi une élape de commerce entre Barcelone et Valence, et si elle possédait un bon port, nul doute qu'elle ne se reprit à fleurir, Mais les golfes fangeux qui s'ouvrent aux deux côtés du delta de l'Êbre ne sont nullement appropriés à Pétablissement de cales et de môles pour l'échange des marchandises. Le havre de los Alfaques offre bien un excellent mouillage aux navires surpris par la tempête ; malheureusement ils pe peuvent s’approcher des plages basses, et, comme il a été dit plus haut, le port artiticiel de San Carlos de la Rapite, communiquant avec l'Ébre par un canal creusé de main d'homme, mais fort mal entretenu, n’est accessible qu'aux embarcations d’un faible tonnage.
De même que Marseille est le véritable débouché commercial de la vallée du Rhône, de même, à l'époque des Romains, Tarragone était le grand marché maritime du bassin de l'Ébre ; grâce à sa situation en face de Rome, de l'autre côté de la Méditerranée, elle était devenue aussi le principal point d'appui de la domination latine dans la péninsule Ibérique ; elle possédait des monuments superbes, cirques, amphithéâtres, palais, temples, aquedues. Sa population était de plusieurs centaines de milliers d'hommes, d’un million peut-être ; son enceinte aurait eu plus de soixante kilomètres de tour, et le petit port de Salou, situé maintenant à deux heures de marche au sud-ouest, aurait été compris dans l’ancienne Tarraco des Romains. La ville moderne, «€ toute jaune sur la roche grise, » est presque entièrement construite de fragments d'édifices ruinés; des inscriptions, des bas-reliefs antiques se montrent çà et là, encastrés dans les maçonneries grossières. Une cathédrale massive, de hautes tours du moyen âge, des murailles à dem? renversées, quelques palmiers jaillissant du milieu de la sombre verdure des orangers, un aqueduc en partie romain travers®"t une plaine de jardins splendides, voilà ce que présente la Tarragone d'aujourd'hui. ILest vrai qu'elle se complète par la ville manufacturière de Réus, qui se trouve à une petite distance dans l’intérieur et qui à très-rapidement orandi depuis le commencement du siècle. C'est dans le voisinage que s'élève le couvent de Poblet, où sont déposées les cendres des rois d'Aragon.
Entre Tarragone, l'antique métropole, et Barcelone, la Barcino romaine, nouvelle capitale des contrées de l’Ebre et deuxième cité de l'Espagne, la