‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 435 sur 545 · ARTE TT · texte numérisé non relu

ARTE TT

située dans la plaine de la Muga, au débouché du col de Pertus, n’a pas été moins fréquemment prise et reprise, quoiqu'elle possède depuis le siècle dernier une citadelle énorme, d'un pourtour de 2 kilomètres et demi et capable de contenir plus de 20,000 hommes de garnison avec deux années d’approvisionnements. Le petit port fortifié de Rosas, devenu fameux dans les guerres maritimes, n’est plus qu'un village dominé par des murs croulants. Mais du moins en reste-t-il quelque chose, landis qu’on ne voit pas un vestige de l'antique cité grecque d’Emporion, située de l’autre côté de la baie. Les ruines de cette « Ville du Marché » où vivaient, dit-on, plus de 100,000 habitants, ont été entièrement recouvertes par les alluvions du Fluvia et les laisses de mer. La plage a gardé le nom d’Ampürias, et la contrée tout entière, l’Ampourdan, porte l'appellation de la ville qui n’est plus!.

La crête suprême des monts Pvrénées constitue sur la plus grande Y 8

partie de son développement la frontière entre l'Espagne et la France; c’est Tà que les fictions politiques ont fait passer cette ligne idéale qui, suivant les ordres venus de Paris et de Madrid, sépare tantôt de bons amis et alliés, tantôt des ennemis mortels. Toutefois les bornes ne sont point toutes placées sur le faîte. En maints endroits, les sinuosités de la

frontière descendent sur lun ou l’autre versant pour annexer, soit à l'Espagne, soit à la France, des pâturages ou des forêts qui sembleraient devoir appartenir au pays limitrophe. A l'extrémité occidentale de la chaîne pyrénéenne, c’est l'Espagne qui est le mieux partagée ; elle possède toute la vallée de la Bidassoa, sur le versant français. À l’autre extrémité des Pyrénées, la France a pris sa revanche, car elle s’est emparée de tout le massif du Canigou et de la haute vallée du Sègre, sur le revers méridional des montagnes de Carlitte. Mais, dans l’ensemble, ce sont les empiétements des

1 Villes principales de l’Aragon et de la Catalogne avec leur population approximative : ARAGON. Sabadell. , , . . , , . . . 15,000 hab.

Saragosse (Zaragoza). . . . . D6,000 hab. | Manresa, , . . . . . . . . 14,000 Calatayud. . . , « . . . . . 19,000 » Tarragone (Tarragona). . . 13,000 Iluesca. . . . . . . ; 10,000 Lérida. . . . . . .. 12,000 Teruel.. ........ 7,000 Midhis succes 8 er ta 12,000 Badalona. . . . . … 11,000

CATALOGNE (CATALUNA). Igualada. . . ee + 10,500

Barcelone (Barcelona). . . . . 180,000 Olot.. . . et 10,000 Réus. . . , . ,. . . . . . 95,000 Tarrasa.. , . 9,000 Tortose (Tortosai.. . . . 22,000 Gérone (Gerona). . . . à 8,000 Matard. . . , . . . . 17,000 Figuières (Figueras). . . . . 8,000

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VAL D'ARAN, VAL D'ANDORRE. N4l

Espagnols qui l'emportent, chose toute naturelle d'ailleurs, puisque la déclivité la plus douce, et par conséquent la plus facilement accessible, est celle qui regarde le midi. Plus nombreux, plus accoutumés à la vie des montagnes, les pâtres aragonais et basques n’ont pas manqué de s’approprier les pâturages du versant septentrional toutes les fois que l'occasion s'en est présentée, et, plus tard, les traités internationaux n’ont eu qu'à consacrer les prétentions du plus fort. |

Le val d’Aran, au centre même du système orographique des Pyrénées, est une de ces conquêtes que l'Espagne a faites sur la France sans que le sang ait eu à couler. Par le cours de ses eaux, cette vallée semblerait plutôt devoir être française, puisque les deux Garonne y prennent naissance ct s'y réunissent en un seul fleuve ; mais le défilé de sortie est fort étroit et facile à obstruer ; partout ailleurs, les montagnes se dressent en un rempart quadrangulaire couvert de neiges pendant une grande partie de l’année. Jusqu'au dix-huitième siècle, les Aranais avaient le « pas pleinier », c'est-à-dire le droit de commerce librement avec le pays limitrophe ; ils jouissaient aussi d’une complète autonomie administrative. Isolés, comme ils le sont, du reste du monde, les douze mille montagnards d’Aran auraient encore plus de droits, s’il est possible, que toute autre population d'Europe, à se constituer en république indépendante.

A l’est d’Aran, un deuxième massif de montagnes, moins nettement limité et s’ouvrant assez largement du côté de l'Espagne, est, du moins de nom, un pays républicain : c’est le val d’Andorre. Ce petit territoire, comparable à la république italienne de Saint-Marin, occupe une superficie d'environ 600 kilomètres carrés, peuplée de près de 6,000 habitants. Sauf les pâturages de la Solana (Soulane), situés sur le versant français, sur Ja rive gauche de l’Ariége naissante, tout le domaine d’Andorre écoule ses eaux dans le beau gave d'Embalira ou Valira, qui va lui-même s'unir au Sègre, dans la plaine riante de la Seu d’Urgel. Presque toutes les montagnes de la contrée sont devenues arides, et les Andorrans travaillent de leur mieux à les priver encore davantage de la terre végétale qui restait ; partout les bûcherons sont*à l’œuvre pour faire disparaître des pentes les dernières forêts de pins et de chênes. D’anciennes moraines, privées des arbres qui les consolidaient, se sont ainsi écroulées, et l’une d'elles, située dans le voisinage du bourg d’Andorre, a récemment détruit un hameau qui se trouvait à sa base.

Des traditions, que l’histoire ne confirme point, associaient les origines

de la république d’Andorre à une victoire de Charlemagne ou de Louis le Débonnaire sur les Sarrasins, et l’on montre encore des constructions qui leur sont faussement attribuées. Le fait est qu'avant la Révolution française le val d’Andorre n'était point constitué en souveraineté indépendante. Aux origines du régime féodal, le territoire d'Andorre était une seigneurie dépendant du comté d'Urgel et, par conséquent, du royaume d'Aragon. À li suite d'héritages, de procès et de guerres, il fut décidé en 1278 que la valiée serait, au point de vue politique, une simple seigneurie indivise, tenue à titre égal par les évêques de la Seu et les comtes de Foix ou leurs ayants droit : c’est là ce qu'ont établi les recherches de M. Bladé. En 1795, la République française refusa le tribut accoutumé, que l’on cessa de percevoir jusqu’en 1806, puis, en 1810, les Cortès espagnoles abolirent

le régime féodal. Andorre prit en conséquence une autonomie distincte, et devint un petit État s’administrant lui-même, mais dépourvu de ce que

le droit des gens désigne sous le nom de « souveraineté extérieure ». Toutefois les habitants, rendus à eux-mêmes, n’ont cessé de se gouverner suivant les vieilles coutumes féodales, bien différentes de celles que comporterait une république égalitaire telle qu’elle se fonderait de nos jours. Le territoire appartient exelusivement à un petit nombre de familles. La loi du majorat existe ; les aînés sont maîtres, et leurs frères puinés, presque assimilés au reste des serviteurs, doivent obéissance au chef de famille et ne jouissent de son hospitalité qu'à la condition de travailler à son profit. Encore en 1842 la dime s'était maintenue; il fallut l'exemple de l'Espagne monarchique pour la faire disparaître. En réalité, la liberté des montagnards d’Andorre se borne à ne devoir à l'Espagne ni- Pimpôt du sang, ni les taxes ordinaires, et à pouvoir se livrer impunément à la contrebande. C’est l'importation clandestine des articles de France et du tabac sur les marchés d'Espagne qui fait la principale richesse du pays : récemment, les « souverainetés d’Andorre » ont aussi jugé bon de chercher une autre source de revenus dans la fondation d’une maison de jeu, à proximité d’Ax, sur le versant ariégeois de leur territoire. La principale industrie légitime de la vallée est l'élève des bestiaux; les bergers andorrans mènent en hiver la plus grande partie de leurs troupeaux dans les plaines dites Llanos del Urgel, sur la rive gauche du Sègre. La république possède aussi de petites forges et une fabrique d’étoffes, foulées dans les eaux sulfureuses des Escaldas. Mais cette faible industrie et le commerce ne suffisent pas à nourrir les Andorrans : un grand nombre d’entre eux quittent le pays, avec ou sans espoir de retour.

La république andorrane reconnaît deux suzerains, l’évêque d’Urgel, qui

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