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SOL ET CLIMAT DE LA NAVARRE

châtaigniers, les bouquets de chênes, les prairies inelinées des vallons, les eaux courantes que l'on voit briller sous l’ombrage des aunes, forment le plus aimable contraste avec les parois de grès ou de calcaire qui se dressent au-dessus de la verdure. Dans les vallées, sur les coteaux, aux pentes des montagnes, des villages éparpillent leurs petites maisons blanches au milieu des vergers. Pendant la saison des fleurs, les innombrables pommiers mêlent dans la campagne l'aspect de l'hiver à celui du printemps.

Les vents humides du nord-ouest, qui soufflent très-fréquemment du golfe de Gascogne, entretiennent dans ces contrées une lempérature moyenne fort égale. Les pluies y sont très-abondantes, surtout aux changements des saisons; mais aucune période de année n'en est privée. Sur le versant atlantique des monts, la chute annuelle de pluie est d'au moins un mètre et demi, c’est-à-dire triple de celle qu'on observe dans les plaines de l'Aragon. Aussi le climat local n’a-til rien de la nature africaine qui domine sur les plateaux de l'intérieur et sur les rivages méditerranéens ; il ressemble beaucoup plus à celui de l'Irlande et des Pays-Bas qu’à celui de Valence et de Murcie. Grâce à l'influence de l'Océan voisin, la contrée n'a pas à souffrir de fortes chaleurs estivales: elle ne redoute guère non plus les froids de Phiver, car le vent marin les tempère, et les premiers monts des Pyrénées arrêtent au passage l’âpre souffle du nord et du nord-est. S'il n'avait le désavantage d’un excès d'humidité, le pays Basque aurait un des climats les plus agréables de la terre; du moins est-ce l’un des plus salubres. C'est aussi l’un de ceux qui se prêtent le mieux à la production agricole. Dans les années de paix, la Navarre, les provinces Basques et la Rioja, qui s'étend sur la rive gauche de l'Ébre, sont parmi les contrées les plus riches de PEspagne en blé, en vins, en huiles, en bestiaux ; avant la guerre civile, la Navarre approvisionnait la France méridionale de viande de boucherie et de vins à bas prix, et depuis, des armées vont et viennent dans ses campagnes sans les épuiser. Pendant leur première grande guerre, les earlistes, presque toujours enfermés entre l’Ébre et les Pyrénées, eurent constamment d'amples ressources ; malgré ïe manque de bras et le gaspillage que les combats, les siéges, les assauts entraïnent après eux, la terre suffisait toujours à les nourrir, tandis que le sous-sol leur donnait en abondance le fer pour les combats.

L'égalité de température et l'humidité du sol sont aussi très-favorables au développement rapide de la végétation arborescente. Sur le versant atlantique, la population, fort nombreuse, profite de ces avantages du climat pour cultiver une grande variété d'arbres fruitiers, surtout des pommiers, dont le cidre, où zagardua, est une boisson très-répandue dans les trois

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provinces. Dans les vallées pyrénéennes de la Navarre, où les habitants sont encore clair-semés, les forêts ont gardé leur uniformité prowière ; elles n'en sont pas moins belles. Celle d'Iraty, où l'on ne pénètre que par d'âpres défilés et des montagnes escarpées, est l’une des plus grandioses, aussi bien que l’une des plus solitaires de la région qui s'étend au sud des Pyrénées françaises, entre le pie d'Anie et les Aldudes. Plus à l’ouest, les forêts qui avoisinent le val Cârlos (Valcärlos), ou val de Charlemagne, et le fameux col de Roncevaux, ou Roncesvalles, sont peut-être moins grandioses, mais elles sont plus aimables à cause de la variété des paysages, et plus intéressantes à cause des souvenirs de l’histoire et de l'écho des vieilles lraditions. Sur la foi des légendes, on se représente volontiers ce passage des monts comme une gorge effroyable entre des rochers à pie, et c’est, au contraire, un vallon doux et tranquille. Le célèbre mont d'Altabiscar, qui s'élève à l'orient, est une longue eroupe où les fleurs roses des bruyères se mêrent au jaune doré des genêts et des ajones, et la playa de Andrés Zaro, où le grand massacre eut lieu, est une plaine riante dont les eaux murmurent sous l’ombrage des aunes. Un vieux couvent, entouré de murailles erénelées et flanqué de quelques masures, barre une large roule carrossable qui vient de Pampelune, puis au delà, vers la France, un charmant sentier, semblable à l'avenue d’un pare, se glisse à l'ombre des hètres et s'élève en pente douce vers un col gazonné où se trouve la chapelle rustique d'Ibañeta. Ce paysage gracieux serait le Roncevaux, de sinistre mémoire, On ne voit pas un seul rocher d'où les Basques auraient pu rouler des blocs de pierre sur les envahisseurs franes; on cherche vainement des yeux le précipice au fond duquel Roland fit pour la dernière fois résonner son cor d'ivoire. C’est à leur vaillance et à leur ruse, non pas à l’âpreté des gorges d’Allabiscar, que les montagnards doivent leur triomphe sur les armées de Charlemagne. Sur le versant opposé, dans le val Cârlos proprement dit, le fond de la vallée, aujourd’hui dominé par une belle route, est beaucoup plus étroit et plus difficile à parcourir.

Quel est cet ancien peuple dont les traditions célèbrent le courage indomptable et qui de nos jours encore à maintes fois donné des preuves de son héroïsme ? Quelle est son origine première? Quelle est sa parenté parmi les autres populations de Europe et du monde? Toutes questions auxquelles il est impossible de répondre. Les Basques sont la race mystérieuse par excellence, Ils restent seuls au milieu de la foule des autres hommes. On ne leur connaît point de frères.

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I n'est pas même certain que tous les Euskariens ou Basques appartiennent à une souche commune, car ils ne se ressemblent nullement entre eux. I n’y a point de type basque. Sans doute la plupart des habitants de la contrée se distinguent par la beauté précise des traits, l'éclat et ln fermeté du regard, l'équilibre et la grâce de la personne ; mais que de variétés dans la stature, la forme du crâne et des traits! De Basque à Basque, il y à autant de différences qu'entre Espagnols, Français et Italiens. Ilen est de grands et de petits, de bruns et de blonds, de dolichocéphales et de brachycéphales, les uns dominant dans tel district, les autres ailleurs. La solution du problème devient de plus en plus difficile, car la race, si elle est vraiment une, ne cesse de perdre par les croisements de son originalité première. 1 est probable qu'avant l'ère de l'histoire écrite, des populations d’origine diverse se sont trouvées réunies dans le même pays, soit par des migrations, soit par la conquête, et que la langue des plus civilisés sera devenue peu à peu celle de tous. La vie de chaque peuple abonde en faits de cette espèce,

Si l'on ne tient pas compte des différences et même des contrastes que présentent entre eux les Basques des provinces espagnoles et de la Navarre française, on peut dire que, dans l’ensemble, la plupart des Basques ont le front large, le nez droit et ferme, la bouche et le menton très-nellement dessinés, une taille bien proportionnée, des attaches d'une grande finesse. Leur physionomie est d’une extrême mobilité, Les moindres sentiments se révèlent sur leur visage par l'éclair du regard, le jeu des sourcils, le frémissement des lèvres. Les femmes surtout se distinguent par la pureté de leurs traits; on admire leurs grands veux, leur bouche souriante et fine, la souplesse de leur taille. Même dans les villes et les villages qui servent de lieux de passage aux étrangers, de Bayonne à Vitoria, et où les croisements ont le plus altéré les traits de race, on est frappé de Ja beauté de la plupart des femmes et de leur élégance naturelle. Dans certains districts reculés la lideur est un véritable phénomène. Deux localités du Guipüzcon, Azpeylia el Azcoytia, près desquelles se trouve le fameux couvent de Loyola, sont tout particulièrement célèbres à cause de la beauté de leurs habitants, hommes et femmes. On dit qu'il serait difficile d’y trouver une jeune fille qui ne fàt pas un modèle parfait.

Mais les Basques n'ont pas seulement la beauté de la forme, ils ont aussi la dignité du maintien. On aime à les voir marcher fièrement, la veste jetée sur l'épaule gauche, la taille serrée par une large ceinture rouge, le béret légèrement ineliné sur l'oreille. Quand ils passent à côté du voyageur, ils le saluent avec grâce, mais comme des égaux, sans baisser le

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regard. Les femmes, presque toujours modestement vêtues de couleurs sombres, ne sont pas moins nobles d'attitude. Elles portent toutes haut la

tête, et, quoique marchant très-vile, ont un'port de déesse. L’habitude qu'elles ont de placer leurs fardeaux sur la tête contribue probablement à leur donner cette fière tournure qui les distingue; l'équilibre parfait qu'elles doivent apprendre à maintenir, pour descendre ou monter les

pentes sans que leur cruche risque de tomber, développe dans leurs mem-

bres un aplomb naturel, qui se rencontre rarement chez les femmes des

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par la pureté des lignes, beauté bien rare chez les paysannes accoutumées au dur travail de la terre.

Les Basques se donnent à eux-mêmes le nom d'Euskaldunac où d'Euskariens, et leur langue est l'euskara, où eskuara, On ne sait pas encore quel estle sens précis de ce mot; mais, d'après toutes les probabilités, il signilie simplement « parole ». Les Euskariens seraient done les «€ Hommes qui parlent ». Tel est aussi le nom que les Slaves et mainte autre race se sont donné dans leurs idiomes. Cette langue «€ par excellence » que parlent les Basques et qui en fait un corps de nation vraiment distinet parmi toutes les races de l'Europe et du monde, semble jusqu’à maintenant être tout à

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