BASQUES
avec l'étranger, toutes les idées nouvelles qui leur ont été apportées depuis les temps préhistoriques, sont naturellement désignées par des expressions qui appartiennent pas au fond primitif de leur idiome ; peut-être mème faudrait-il remonter jusqu'à l'âge de pierre, avant l'introduction des animaux domestiques dans le pays, pour trouver le basque dans sa pureté primilive, car il semble que tous les noms euskariens de ces animaux ct ceux des métaux sont d'origine âryenne, finnoise où même sémitique. Mais, si nombreux que soient tous ces emprunts, il n'en reste pas moins certain que la langue basque n’est point âryenne comme presque tous les autres idiomes de l'Europe; ce n'est pas une langue à flexions comme celles de la famille indo-européenne; mais si elle devait entrer dans un groupe déjà connu, il faudrait la rattacher au système «€ polysynthétique » des dialectes américains, ou aux idiomes « agglutinants » des peuples de lAltaï. Elle appartient done à une période de la vie de l'humanité plus ancienrie, moins avancée que celle dans laquelle sont nées les autres langues de l'Europe. De leur côté, les patriotes basques déclarent leur « parole » bien supérieure à toutes les autres : d'après quelques auteurs, c'est en eskuara que le premier homme aurait salué la lumière; l'orthodoxie locale érigea même cette imagination en article de foi, et bien mal venu eût été l'étranger qui se serait permis d'émettre un doute sur ce fait primitif de l’histoire humaine. Mais de nos jours tous les philologues peuvent juger la question, car, sans compter une bibliothèque d’écrits consacrés à l’eskuara, les divers dialectes de cette langue ont une littérature, chants, comédies, traductions, devenue accessible aux hommes d'étude.
En attendant que la comparaison des langues humaines nous ait révélé si l’idiome euskarien est vraiment indépendant de tout autre, il nous faut considérer les Basques, restés sans frères sur les continents, comme un peuple entièrement à part, comme le débris d’une ancienne humanité rongée de tous les côtés par les flots envahissants d’une humanité plus moderne. Les preuves ne manquent point pour établir que les Euskaldunac ont été jadis un peuple nombreux occupant une grande étendue de territoire, Si l'on n'a point encore réussi à retrouver aux bornes du monde les origines du basque, on découvre cette langue à l'état fossile, pour ainsi dire, dans les contrées qui entourent le bassin de la Méditerranée occidentale. Nul monument écrit ne raconte comment des peuples frères de race occupaient ces régions si bien disposées pour n'être qu'un seul domaine géographique ; mais au lieu de récits, de légendes où d’hymnes, il reste encore des noms de montagnes, de fleuves et de cités qui proclament après des milliers
d'années la puissance des anciens aborigènes. A l'est du pays où se trouvent
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aujourd’hui les dernières populations basques, dans les vallées pyrénéennes du Bastan français, d'Aran, d'Andorre, de Querol, les noms euskariens abondent. [Len est de même dans les plaines qui s'étendent au nord des monts jusqu'aux abords de la Garonne, et la ville d'Aueh, Fantique Hiberri (ville neuve), rappelle encore par son nom le séjour des Auskes où Euskariens ; à l'orient des Pyrénées, Elne et Collioure, situées, l'une à une faible distance, l'autre au bord du golfe du Lion, étaient aussi des Hiberri, ainsi que le témoignent encore les noms corrompus des deux villes modernes ; enlin, parmi tant d'autres villes espagnoles aux appellations euskariennes, on peut citer une troisième Iiberri, la voisine de Grenade, que domine la montagne nommée d’après elle la Sierra de Elvira, Et que de cités antiques, bâties par les mêmes peuples, durent précéder ces «villes neuves » !
La plupart des écrivains qui se sont occupés de l'Espagne ont admis, avec la plus grande plausibilité, que ces anciens peuples de langue euskarienne étaient les Jbères dont’parlent les auteurs anciens et qui occupaient autrefois la plus grande partie de la Péninsule, Par cela même, les Basques actuels se trouveraient être les descendants directs des Tbères; ils seraient, dit Michelet, «le reste de ce monde antérieur au monde celtique et dont on ne connaît que la décadence. » Tout naturellement, on à eru également devoir attribuer aux ancêtres des Basques les diverses inscriptions et légendes de monnaies en « lettres inconnues », letras desconocidas, que l'on a découvertes en Espagne et dans la France méridionale, et que M. Boudard a fini par interpréter comme étant réellement de langue euskarienne, IPest à peine permis de douter de l'identité parfaite des Ibères et des Basques, Get isolement du petit peuple pyrénéen n'existait done pas dans l'antiquité, Par les Vascons, il occupait le nnidi de la France, par les diverses tribus ibériennes et celtibériennes, il couvrait la péninsule d'Hispanie. Au delà des Colonnes d'Hercule, les Euskaldunac s'étendaient aussi jusqu'aux pentes de l'Atlas, ar les auteurs anciens éilent quelques localités dont les noms sont entièrement basques ; Fune des peuplades énumérées par Strabon porte méme la désignation lout euskarienne de Mutur-Gorri (Visages-Rouges), que les hommes de la tribu devaient peut-être à leur face bronzée par le soleil. Enfin, les témoignages des auteurs romans accordent à déclarer que les Ibères avaient colonisé les grandes île: de la Méditerranée ; les nations liguriennes qui habitaient les côtes de F'italie appartenaient probablement à la même souche.
On s’est étonné que les Basques aient pu se maintenir en’ corps de nation, parlant sa langue, précisément dans cette partie des Pyrénées où les montagnes, trop basses pour se dresser en barrière contre les armées d’invasion,
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