‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 463 sur 545 · ASTURIES ET GALICE · texte numérisé non relu

ASTURIES ET GALICE

Depuis le commencement du sièele, eet état de choses a peu à peu changé. L'appauvrissement des seigneurs, la suppression des couvents ont été mis à prolit par les industrieux Astures et Galiciens : ceux-ci échangent pour de la terre leurs économies péniblement amassées, et c’est ainsi que s'accomplit, par les ventes et les achats, une révolution considérable. On raconte aussi que d'anciens tenanciers ont fini par obtenir gain de cause contre les propriétaires féodaux dans un procès des plus épineux. Jadis les feudataires et les couvents, qui avaient reçu des rois les titres de propriété, avaient l'habitude d'accorder à certains eultivateurs la possession temporaire de quelque domaine, à charge d'hommage el de redevance ; d'ordinaire, la concession ne devait durer que pendant le règne de deux ou trois rois, suivant les districts; ailleurs, le droit du paysan propriétaire expirait à la fin du siècle; suivant les usages spéciaux de la Galice, il devait courir pendant une période de 529 ans. Mais ces conventions donnaient lieu aux interprélations les plus diverses : chacun les expliquait suivant son intérêt, et que deux, trois rois fussent morts, que le siècle ou les trois siècles se fussent écoulés, les paysans refusaient de se dessaisir du terrain. Ce sont eux qui ont fini par l'emporter.

Les Galiciens du littoral partagent leur temps entre la culture du sol et la pêche, Pendant la saison, plus de 20,000 hommes, disposant de trois à quatre mille embarcations, tendent leurs madragues et d'autres filets de moindres dimensions dans les baies, si riches en sardines, de la Corogne, de Mnros, d'Arosa, de Pontevedra, de Vigo. Le poisson capturé est porté dans les ateliers de salaison de la côte, où des femmes et des enfants aux gages des propriétaires de pêcheries emplissent de sardines pressées jusqu'à 9,000 boucauts par an. La consommation locale est énorme, et, dans les années normales, l'Amérique seule demande jusqu'à 17,000 tonnes de sardines au port de la Corogne.

La répartition du sol entre un plus grand nombre de mains et la bonne utilisation des richesses de la mer sont absolument indispensables pour que la Galice puisse nourrir convenablement sa population considérable, de beaucoup supérieure en densité à celle du reste de l'Espagne, Ainsi, lt province de Pontevedra est, à superficie égale, trois fois plus peuplée que tout le territoire de FÉtat, et dépasse d'un tiers la province même de Madrid, Et pourtant là Galice n'a ni grandes villes, ni routes nombreuses et bien construites, ni riches industries manufacturières! Le voisinage de la mer, les facilités de la pêche, la douceur et légalité du elimat ne suffisent point à expliquer Fexubéranee de la population. Si les Astures et les Gallegos n'é-

migraient en véritables foules pour aller chercher à Fétranger le pain qu'ils

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ne trouvent pas dans leur patrie, la famine ne manquerait pas de les décimer et de rétablir ainsi Péquilibre entre les subsistances et les consommateurs. Les familles essaiment constamment vers Lisbonne, Madrid et les autres grandes villes du Portugal et de l'Espagne. Les Gallegos sont les Auvergnals de la Péninsule. Très-âpres au gain, très-économes des deniers amassés, se défendant les uns les autres avec un grand esprit de corps, 1ls arrivent à monopoliser certaines professions, et nombre d'entre eux parviennent à la richesse, après avoir commencé là vie comme manouvriers ou comme porteurs d'eau.

Ceux qui reviennent dans leurs foyers, presque toujours plus à leur aise qu'au départ, el du moins plus riches d'expérience et d'idées, se trouvent être les véritables civilisateurs de ces régions éloignées, dont la population croupissail naguère dans une ignorance sans bornes et dans une misère sordide. C'est peut-être à Fextrème saleté des masures, de même qu'à une nourriture où domine trop le poisson, que la Galice doit d'être encore, seule parmi toutes les autres provinces de PEspagne, visitée par la lèpre et Péléphantiasis. Celle dernière maladie est de beaucoup la plus redoutée; à une époque peu éloignée de nous, la loi ordonnait que les cadavres des matheureux morts de cette affreuse lèpre fussent brûlés et que les cendres en fussent jetées au vent. Une superstition générale voulait que le fléau Pt infectieux mème après lt mort de là victime, et que celle-ci, déposée dans un cimelière, connmmuniquàt sa maladie à tous les corps voisins.

L'amélioration matérielle la plus urgente serait de rattacher définitivement la Galice et les Asturies à Madrid et au reste de la Péninsule par des voies de communication faciles. Au milieu du siècle dernier, on construisit de Madrid à la Corogne une fort belle route militaire, que Fon disait plaisunment avoir été pavée d'argent, tantelle en avait coûté au trésor 5 mais celle roule ne Suit plus el il serait grand temps de surmonter là sierra de Leon et les diverses ramilications terminales des Pyrénées cantabres par un chemin de fer atteignant enfin les bords de POcéan. Depuis longtemps la ligne est tracée, mais on sait pour quelles raisons politiques et financières elle attend encore son achèvement, De mème, le chemin de fer de Leon à Ovicdo, qui parcourt le bassin houiller de Mieres, et qui doit fournir un jour à l'industrie du centre de F'Espagne Paliment qui lui est indispensable, est encore arrêté par la masse des Pyrénées, au-dessous du col de Pajares. La seule voie de fer que la capitale ait allongée comme un bras vers les côtes de la Gantabrie est celle qui se dirige vers le port de Santander par la haute vallée de l'Ébre et le col de Reinosa, Quant aux chemins de jonetion qui nes rayonnantes en suivant Île

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pourtour de la Péninsule, c'est à peine si l'on peut dire qu'ils soient déjà projetés. De Tay à la Corogne, il faudra se contenter pendant longtemps encore d'une simple route de voitures ; la partie du littoral tournée vers là mer Cantabre, du Ferrol à Santander, n'a pas même sur tout son développement ce premier outillage de civilisation que donne un chemin arrossable, En maints endroits, il faut encore longer la côte par un sentier étroit et périlleux, escaladant les promontoires el remplacé dans les vallées torrentielles par des gués où l'on saute de pierre en pierre,

L'étroitesse du littoral cantabre, l'excellence des ports et les importantes ressources que donne la pêche, ont fait bâtie au bord de la mer la plupart des centres de population des Asturies. Immédiatement à l'ouest des provinces Vascongades se trouvent les petites villes maritimes de Castro-Urdiales, de Laredo, de Kantoña, souvent choisies comme lieux de rassemblement pour les flottilles pendant les guerres civiles qui ont eu la Biscaye pour théâtre, La rade de Santoña, célèbre par son excellent poisson, est lun des havres naturels les plus commodes et les mieux abrités de In Péninsule ; lorsque Napoléon donna l'Espagne à son frère Joseph, il en excepta la seule place de Santoña et il y fit commencer des travaux de défense qui l’auraient transformé en un Gibraltar français, faisant équilibre au Gibraltar anglais. Depuis, des projets analogues ont été repris nar le gouvernement espagnol, mais tis n'ont reçu qu'un commencement de réalisation.

Fort importante en temps de guerre, Santoña mériterait aussi d'être, en temps de paix, un centre actif de commerce ; mais tout le mouvement des échanges de la contrée a été accaparé par la ville de Santander, dont le port offre également un excellent mouillage et possède, en outre, dans ses nouveaux quartiers conquis sur les bas-fonds de la baie, les avantages d'un bon aménagement intérieur en quais, darses, chantiers et magasins, Comme débouché naturel des Castilles, Santander jouit d'un véritable monopole commercal pour exportation des farines de Valladolid et de Palencia, des laines dites sorianas et leonesas à cause des pays d’où on les expédie, Santander reçoit aussi, de Cuba et de Puerto-Rico, une grande quantité de denrées coloniales dont elle alimente le centre de F'Espagne, et ses commereants, indigènes et étrangers, sonten relations constantes d'affaires avec la France, l'Angleterre, Hambourg et la Scandinavie, Elle dispute à Bilbao, à Valence et à CGädiz le troisième rang comme ville d'échanges avec l'extérieur". A l'extrémité supérieure de la baie se trouvent des chantiers de construction qui eurent jadis une grande importance ; mais l'établissement est déchu,

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et maintenant c'est à la fabrication des cigares que l'État emploie, dans la ville de Santander, le plus grand nombre de mains. Parmi les causes qui ont aidé au développement du port, il faut en signaler une dont il n'y à point lieu de féliciter l'Espagne : cette cause est la fréquence des guerres civiles qui ont dévasté les provinces Vascongades et forcé le mouvement des échanges entre l'Espagne et la France à faire le grand détour à l'ouest du pays Basque. Iest arrivé, chose bizarre, que, malgré sa frontière Timitrophe de plus de quatre cents kilomètres de longueur, la France n'aiteu, en dehors des voies de la Méditerranée, qu'un seul chemin libre vers l'Espagne, celui de Santander, En été, des centaines de familles, de Madrid et des autres vil-

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ies de l'intérieur, viennent prendre les bains de mer sur la plage du Kardinero, au nord de a petite péninsule de Santander, En outre, des sources thermales fréquentées, sulfureuses et sodiques, Mceda, Ontaneda, Tas Caldas de Besaya, juillissent dans les vallons des montagnes qui S'élèvent au sud.

Au delà du port de Santander, sur un espace de 1950 kilomètres, ne se trouvent, jusqu'à Gijon, que des villages maritimes sans importance, Nan Martin de la Arena, port de la petite ville décline de Santillana, San Vicente de la Barquera, Llanes, Rivadesella, Lastres, Gijon, qui possède une trèsgrande manufacture de tabacs, n'est pas non plus une ville considérable, quoiqu'elle ait été la cité de Pélage et la capitale de toute PAsturie; mais elle est le port d'expédition des houilles que lui apporte le chemin de fer

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viedo, bâtie à 25 kilomètres de là, dans une vallée dont l'eau se verse dans le Nalon. Comme toutes les autres villes asturiennes, cette capitale est sans grande importance commerciale, Elle a quelques manufactures actives, une des dix universités d’Espagne , une belle cathédrale gothique, que l'on dit être la plus riche du monde entier en reliques el en objets divers «fabriqués par les anges et les apôtres ». Cette église en à remplacé une plus ancienne, qui fut Pédifice autour duquel se sont groupées toutes les maisons de la cité. Oviedo, qu'abrite la montagne de Naranco contre les vents du nord, jouit de lun des elimatsles plus salubres de Espagne : elle possède des eaux thermales efficaces, Les sites les plus charmants abondent dans les environs, soit qu'on se dirige à l'ouest vers les vallées st fertiles de Cangas de Tineo, soit qu'on aille du côté de Fest vers Cangas de Onis, le village fameux qui fut la première capitale du royaume de Pélage. Près de à, dans une vallée toute ruisselante de cascades et pleine de l'ombrage des ehâtaiuniers, des hôêtres et des chênes, les pèlerins visitent Ta caverne de Covadonga, où reposent les restes de Pélage; e'est le lieu le plus vénéré des patriotes espagnols.

Les ports occidentaux des Asturies, Cudillero, Luarca, — Navia, que ses habitants disent avoir été fondée par Cham, le fils de Noé, — Castropol au vieux nom grec, et sur la rive opposée du même estuaire, Ribadeo la Galicienne, ne sont guère que de petites bourgades de pêche; il faut aller jusqu'aux magnifiques rias de la côte tournée vers Pocéan Atlantique pour rencontrer de véritables villes, La première est le Ferrol, cité de création moderne : au milieu du dix-huitième siècle, ce n'étuit qu'un petit village de caboteurs; mais on comprit alors quelle pouvait être Pimportance mililire de sa baie pour la construction, Fapprovisionnement et Ta bonne défense des flottes. On éleva des forts sur les hauteurs qui dominent la rade, on garnit de puissantes batteries les deux bords du goulet d'entrée qui se trouve à 6 kilomètres de la ville, et Fon bâtit toute une ville mailituire sur un plan régulier, avec ses arsenaux, ses chantiers, ses magasins immenses, Suivant Pétat des finances espagnoles et l'importance des forces navales, le Ferrol augmente où diminue de populations tantôt cest une ruche trop étroite pour la foule pressée de ses travailleurs, tantôt elle est presque déserte, et Pherbe croit dans ses rues,

La population de la Corogne (Coraña) est beaucoup moins flottante que celle du Ferro, car elle n'est pas exelusivement militaire, etle commerce, la pêche, même Pindustrie manufacturière, oceupent un grand nombre d'habitants, La double ville de la Corogne, S'étalant en amphithéâtre sur Îa pente de la colline, entre des hauteurs fortifiées et Pilot qui porte la vieille

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