‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 487 sur 545 · PORTUGAIS · texte numérisé non relu

PORTUGAIS

Les Portugais ne sont pas seulement mélangés d'éléments arabes, berbers, israélites ; ils sont aussi très-fortement croisés de nègres, surtout dans la partie méridionale et sur le littoral maritime, Avant que les noirs de Guinée fussent exportés en multitudes dans les plantations d'Amérique, la traite n'en était pas moins fort active; mais c'est dans les ports méridionaux de Espagne et du Portugal qu'étaient vendus les esclaves africains. L'historien portugais Damianus à Goes évalue le nombre des nègres importés à Lisbonne pendant le seizième siècle à dix ou douze mille par an, sans compter les Maures, D'après le témoignage des contemporains, on rencontrait autant de noirs que de blanes dans les rues de Lisbonne; dans chaque maison bourgeoise les serviteurs étaient des nègres et des négresses, et les riches en possédaient des chiourmes entières, qu'ils achetaient sur les marchés. À la fin du siècle dernier, les personnes de couleur formaient encore la cinquième partie de la population de Lisbonne, et quand elles se rendaient en procession à l'église de leur patronne, Notre-Dame d'Ataraya, bâtie sur une colline de la rive opposée du Tage, on aurait pu croire, en présence de ces multitudes de noirs, qu'on se trouvait dans un pays d'Afrique. Peu à peu les croisements ont fait entrer dans la masse du peuple tous ces éléments ethniques provenant des populations les plus diverses de l'Afrique tropicale, et les Portugais ont pris ainsi dans leurs traits et leur constitution physique un caractère plus méridional que ne le comportait leur origine première : ils sont devenus en réalité un peuple de couleur. Quelques auteurs attribuent à l'influence persistante du sang nègre la remarquable immunité des immigrants portugais qui s'exposent au climat du Brésil, des Indes, de l'Afrique australe, ces contrées redoutables où meurent presque tous les autres colons d'Europe, ILest vrai, la plupart des Portugais réussissent et prospèrent au Brésil; mais précisément la majorité de ces immigrants lusitaniens sont originaires des provinces montueuses du nord, où les croisements avec les Africains ont été assez rares. La sobriété des colons portugais semble être la principale raison de leur facilité d'ecchimatement.

Actuellement, les étrangers qui ont le plus d'influence sur la population lusitanienne sont les Galiciens, qui se rendent en si grand nombre à Lisbonne et dans les autres villes du Portugal pour y exercer les métiers de boulanger, de portefaix, de concierge, de majordome, de domestique. En général, ils se mêlent peu aux autres habitants, d'autant moins qu’on les tourne en ridicule, à cause de leur grossier langage et de leur rusticité ; mais leurs colonies s'aceroissent incessamment et leur action sur la popu-

lation environnante augmente en proportion; d'ailleurs, laisance qu'ils

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finissent presque tous par acquérir, grâce à leur sobriété et à leur esprit d'économie, fait oublier facilement leur origine. Le mélange de tous ces éléments divers n'a point produit une belle race, IPest rare que les Portugais puissent se comparer à leurs voisins les Espagnols pour la noblesse du visage, Leurs traits mont, en général, aucune régularité, leurs nez sont retroussés, leurs lèvres épaisses. Ni lon ne voit parmi eux que trèspeu d'estropiés et d'infirmes, par contre on ne trouve que peu d'hommes de belle tailie; trapus, carrés, ils ont une grande disposition à prendre de lembonpoint : en certains districts, un reste de lèpre s'est encore maintenu. La plupart des femmes sont petites et grasses; elles n'ont point la beauté fière des Espagnoles, mais elles se distinguent par Péclat des veux, Fabondance de la chevelure, la vivacité de lt physionomie, Pamabilité des manières.

Les voyageurs se louent beaucoup des bonnes façons, de lobligeance, de la bonté naturelle des campagnards du Portugal, non encore gâtés par les habitudes du commerce : quoique ayant à l'étranger une réputation de barbarie, due sans doute au souvenir de leurs crimes de conquête dans l'Inde et le Nouveau Monde, la plupart des Portugais ont une tendresse compalissante pour ceux qui souffrent. IIS aiment le jeu, mais ils ne se disputent point; ils ont la passion des courses de taureaux, mais ils ont soin de garnir de liége les pointes des cornes, et Panimal est épargné pour

de nouveaux simulacres de luttes. Bien différents à cet égard de leurs voi-

sins les Espagnols, ils traitent bien les animaux domestiques et se distin-

guent mème par un talent spécial pour apprivoiser les bêtes sauvages : sur les bords du Guadiana, ils élèvent la fouine, dont ils se servent comme d'un chat contre les rats et les serpents. Dans leurs rapports mutuels, les Portugais sont doux, prévenants, polis : dire d'un Lusitanien qu'il est @ mal élevé », est loffenser de Ta manière la plus sensible, On s'étonne aussi de l'élégance, seulement trop cérémonieuse, de leurs discours. Se distinguant à leur avantage des Galiciens, qui parlent un patois difficile à comprendre, les paysans portugais ont en général une grande pureté de langage ; ils s'expriment avec une facilité et un choix de paroles des plus remarquables chez un peuple si pauvre en instruction. On n'entend aucun jurement, aucune expression indécente, sortir de leur bouche : quoique grands parleurs, bavards même, ils s'observent avec soin dans leur conversation. Aussi le Portugal a-t1l fourni de grands orateurs, et lun de ses poëtes, Camôes, est parmi les plus illustres que le monde ait vus naître. Mais on se demande si la Lusitanie peut donner le jour à des artistes proprement dits, car, à l'exception du mythique Gran Vasco, dont on ignore même

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TYLES PORTUGAIS, — PAYSAN D'OVAR; — FEMME DE LEÇA; -— PAYSANNE D'AFIFFE

Dessin de D. Maillart, d'après des photographies de M, Ferreira.

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