MONTAGNES DE LA LUSITANIE DU NORD
sortir d'Espagne, se dresse un autre massif escarpé de montagnes, dont larôle, orientée du sud-ouest au nord-est, sert de frontière entre les deux États : c'est la serra de Gerez, région de montagnes tellement bizarre et lourmentée, qu'on ne lui trouve guère d'analogue dans la Péninsule que la fumeuse serranta de Ronda. Quoique moins haute que le Gaviarra, 1 faut y voir néanmoins a continuation de la branche principale des Pyrénées cantbres: la roche granitique dont elle est composée, et l'alignement des divers uroupes de sommets que lon voit se succéder au nord-est, à travers les provinces espagnoles d'Orense et de Lugo, jusqu'au pie de Miravalles, témoignent qu'elle se trouve bien sur le prolongement de grande chaine pyrénéenne; tous les autres groupes de montagnes qui, sous divers noms, se ramilient et S'entremélent en labyrinthe dans la province de € Par-delà les monts », Tres los Montes, ne sont que des hauteurs d'ordre secondaire par rapport à la serra de Gerez, Elles paraissent d'ailleurs moins élevées qu'elles ne le sont en réalité, car elles reposent sur un plateau de 700 à S00 mètres d'altitude moyenne : en maints endroits, on dirait de simples rangées de collines.
Les grandes montagnes de la frontière, Gaviarra, Gerez, Larôuco, ressent blent aux monts de la Galice par le contraste de flores distinetes, qui semblerait ne pas devoir se rencontrer dans la même zone. Sur leurs pentes, le botaniste trouve un mélange singulier des végétaux de la France et même de l'Allemagne avec ceux des Pyrénées, de là Biseaye et des plaines du Portugal. Quant aux cimes plus méridionales, notamment celles de la serra de Mauro, qui s'avancent en forme de promontoire, entre le cours du Douro el celui de son grand affluent le Tamega, et qui protégent Porto et son dis Lrict des vents du nord-ouest, trop froids en hiver, trop chauds en été, c'est à peine si l'on peut y étudier la flore arborescente, car les roches ont été presque partout dépouillées de leur verdure, De même, les plateaux schisteux qui se prolongent à l'est en dominant Ra vallée du haut Douro, ont perdu leur parure naturelle de forèts & on n'y voit plus entre les ceps et les pampres des vignes que les débris noirâtres de la pierre délitée, L'ancienne faune des animaux sauvages a disparu en partie de ces contrées, comm l'ancienne flore ; mais les loups sont encore nonbreux et les bergers les redoulent fort, La chèvre des montagnes (capra : jagrus, hispanica) se rencon- Lait par troupeaux dans lt serra de Gerez à la fin du siècle dernier; des voyageurs modernes disent qu'elle existe encore, C'est probablement à la présence de ces chèvres sanvages que les montagnes d'où s'écoulent ls eaux de L'Ave, au nord-est de Braga et de Guimaräes, ont dà leur nom de
serra Gabreira,
Si la serra de Gerez peut être considérée comme l'extrémité du système pyrénéen, la superbe serra da Estrella, qui s'élève entre le Douro et le Tage, est bien le prolongement occidental de la série de chaînes qui forme l’arête médiane de la Péninsule, entre les deux plateaux des Castilles. Mais comme les sierras de Guadarrama, de Gredos, de Gata, les «© monts de l'Étoile » ont une individualité distincte et ne se rattachent au reste du système que par un seuil montueux et bizarrement raviné. En pénétrant en Portugal, la sierra de Gata, qui s'étale en une sorte de plateau, prend en conséquence le nom de las Mesas (Tables), et va se relever en chaînes indistinctes, là serra Gardunba, la serra do Moradel, entre le Zezere et le Tage. La grande rangée granitique de lEstrella, plus isolée et plus majestueuse que tous ces massifs secondaires, s'élève en pente douce au-dessus de la région accidentée où le Mondego et divers affluents du Tage et du Douro prennent leurs sources. De ce côté, laccès de la montagne est facile : c’est la serra mansa, la «montagne douce » ; du côté du sud, au contraire, au-dessus de la vallée du Lezere, ies escarpements sont abrupts, malaisés à gravir : c’est la serra brara, là « montagne sauvage ». Des lacs charmants, disposés en vasques élagées comme les «€ laquets » des Pyrénées et les « yeux de mer » des Carpathes, se rencontrent dans le voisinage du principal sommet, le Malhäo de Nerra, et donnent lieu à diverses légendes, Eux aussi sont censés être en communication avec la mer, participer à son flux et à ses tempêtes, el cacher, comme elle, d'immenses trésors dans leurs eaux, Les lacs et les cascades qui s'en épanchent ont fait donner à plusieurs montagnes de ce massif le nom fort juste « d'aiguières » : ce sont, en effet, des réservoirs de sources, que les vents d'ouest, toujours chargés de pluies, prennent som de ne jamais laisser tarir.
Les pentes supérieures de la serra Estrella sont couvertes de neige pendant quatre mois de l'année, et quelques cavités profondes en conservent mème en été, Les habitants de Lisbonne trouvent en abondance, dans ces glacières naturelles, Ta provision qui leur est nécessaire pour la confection de leurs sorbets. Même la serra de Lousäo, qui prolonge au sud-ouest les monts de l'Étoile, reçoit assez de neige en hiver pour en alimenter les cués de Lisbonne, C'est aux derniers promontoires du Lousäo que cesse le système orographique de PEstrella. Les hauteurs et les collines de l'Estremadure qui se prolongent au sud-ouest vers le massif de Cintra et qui se terminent au Cabo da Roca, point de repère des navigateurs, appartiennent à une formation dishnete, el consistent principalement en assises jurassiques revêtues au nord et au sud de strates crétacées, C'est d’une façon tout à fait générale seulement que lon peut ratta-
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