‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 499 sur 545 · LAMEGO, VISEU, COIMBRE · texte numérisé non relu

LAMEGO, VISEU, COIMBRE

commerce légitime ou de contre-bande ; suivant les oscillations des larifs douaniers, elle expédie de l’une où de l’autre manière les étoffes et les autres marchandises de ses entrepôts: c'est le centre le plus important du Portugal pour la production des soies gréges, Au sud du Douro, la ville pilloresque de Lamego, dominant le fleuve, en face de la région des grands vignobles, est renommée pour ses jambons ; Almeida, qui veille à la fronère, pour tenir en échec la garnison espagnole de Ciudad Rodrigo, disputait jadis à la ville d'Elvas le rang de première citadelle du Portugal ; Vizeu, célèbre par les hauts faits du Lusitanien Viriatus à l'époque de la domination romaine, est vn lieu de passage important entre la vallée du Douro et celle du Mondego. Sa foire de mars est la plus fréquentée de tout le Portugal. C'est dans la cathédrale de Viseu que se trouve le’ plus remarquable tableau du Portugal, vrai chef-d'œuvre, attribué à un peintre dont l'existence mème est problématique, Gran Vasco. Les bergers des environs de Viseu sont les hommes les plus beaux et les plus forts de tout le Portugal : tête et jambes nues, ils ont un aspect fort sauvage, quoique, à légal de tous leurs compatriotes, ils aient des manières polies et dignes.

Coïmbre, l’ancienne Æminium et l'héritière de la Conimbrica romaine, dans le Beira-mar, est la cité la plus fameuse et la plus peuplée entre les deux métropoles de Lisbonne et de Porto. Elle est connue surtout comme ville d'université; ses mille où quinze cents collégiens et étudiants, jadis deux fois plus nombreux, ses professeurs en soutane, tout un monde d'école qui rappelle les républiques universitaires du moyen âge, donnent à la ville une physionomie particulière : c’est là que le portugais se parle avec le plus de pureté. Coïmbre se distingue aussi par la beauté de ses environs, ses bosquets d’orangers, ses maisons de campagne éparses dans la verdure, son admirable jardin botanique où les plantes tropicales s’entremèlent en groupes charmants aux végétaux de la zone tempérée. Sur les bords du clair Mondego, d'où l’on aperçoit le pittoresque amphithéâtre de la ville, s’'étalant sur la pente du coteau, on visite la quinta das Lagrimas (maison des Larmes) où fut égorgée la belle Inès de Castro, si cruellement vengée plus tard par son mari, Pierre le Justicier. Sur le corps meurtri d’Inès les nymphes du Mondego versèrent des larmes qui se sont changées en une source d'eau pure : ainsi le raconte une légende créée peut-être par les beaux vers de Camôes, que l’on a gravés sur une

pierre, à l'ombre des grands cèdres.

Peu de contrées en Europe sont aussi belles et d’un aspect plus enchanteur que les campagnes du Beira-mar arrosées par le Mondego, cette « ri-

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“ère des Muses », d'autant plus chère aux Portugais qu'elle coule en entier sur le territoire lusitanien. Un des villages situés entre Coïmbre et la mer porte le nom bien mérité de Formoselha ; une ville voisine est appelée Condeça Nova, qu'une étymologie, posbablement erronée, fait dériver de Condeixa, c’est-à-dire « la Corbeille de Fruits »; nulle ville ne serait mieux nommée; ses oranges, qui fournissent à Coïmbre un de ses principaux articles de commerce, sont exquises; ses jardins, bien cultivés, sont merveilleux par la verdure, les fleurs et les fruits. Au nord, dans le beau groupe de montagnes qui domine Coïmbre, l’ancien couvent de Bussaco, bâti sur une terrasse au milieu de forêts solennelles où se mêlent les cyprès, les cèdres, les chènes, les ormeaux, est un véritable lieu de délices. La large route qui conduit au monastère transformé maintenant en un lieu de villégiature pour les riches habitants de Coïmbre et de Lisbonne, serpente, de détour en détour, sous les branches entrecroisées, Au pied de la montagne jaillissent les eaux thermales de Luso, très-fréquentées depuis quelques années, surtout à cause de la beauté des paysages environnants. Les pins de Goa et d’autres arbres exotiques ont été plantés, pour la première fois en Europe, dans la forêt de Bussaco.

Le port de Coïmbre, Figucira da Foz, l'un des mieux abrités du littoral, a, comme les autres ports de rivière de la Lusitanie du Nord, le désavantage d'être obstrué à l'entrée par un seuil de sable mobile. Pourtant l'embouchure du Mondego reçoit un assez grand nombre de caboteurs qui viennent y chercher les fruits et les autres denrées de cette contrée st fertile : tous les vins du district de la Barraïda, que produisent les plaines comprises entre le cours du Mondego et celui du Vouga, ont mème pris de leur port d'expédition le nom de « vins de Figueira », sous lequel ils sont fort appréciés au Brésil. Les deux autres ports les plus actifs de la contrée sont les deux villes d'Ovar et d’Aveiro, situées dans la « Hollande portugaise », au bord des étangs que les dunes du littoral ont séparés de la haute mer, Au moyen âge et lors de la grande période des découvertes, un commerce fort important d'échanges et de pècherie se faisait par l'entremise de ces deux villes. Aveiro posséda, dit-on, jusqu'à cent soixante navires qu’elle utilisait pour la grande pêche. Les variations de la barre ont mis un terme à cette prospérité. Le littoral sableux ne présentant point une résistance suffisante à l'uction des vagues, il se déplacerait à chaque tempête si l'on ne travaillait à fixer la passe par des rangées de pieux, à la base desquels la vase est affouillée par le courant; mais ces moyens ne suffisent pas toujours et le chenal a fréquemment dévié. L'ancienne ouverture, dite Barra da Vagueira, se lrouvait près de l'extrémité méridionale du long estuaire intérieur.

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