MONTAGNES DE LA LUSITANIE MÉRIDIONALE
disposée en forme de triangle irrégulier, sur la rive gauche du Guadiana. Le fleuve ne les arrête pas; rétréci entre les parois qu’il a rongées, il est en maints endroits réduit aux dimensions d’un canal, et même au défilé dit Pulo do Lobo ou « Saut du Loup », il descend en rapides de rochers en
rochers. C’est en aval de ce défilé seulement, à la ville de Mertola, qu’il devient navigable pour les petites embarcations ; à peine une soixantaine de kilomètres de ce grand fleuve peuvent être utilisés pour le transport des denrées.
A l’ouest du Guadiana, les montagnes du système marianique se conti nuent parallèlement au rivage maritime. Assez basses d’abord, les chaînes sont de simples « hauteurs des terres » ou cumeadas, puis elles s'élèvent jusqu’à 500 mètres dans la serra do Malhäo et dans la serra da Mezquita. Un plateau, raviné par les torrents supérieurs de la Mira, rejoint ces massifs à la serra Caldeiräo ou du « Chaudron », ainsi nommée, dit-on, en Portugal d’un cratère de volcan, et à la chaîne qui se termine au nord du cap Sines par la cime de l’Ataraya ou la « Montagne du Guet ». Un autre plateau, seuil où passera le chemin de fer de PAlgarve à Lisbonne, continue le système principal et va former la base du beau groupe de la serra de Monchique, massif angulaire du Portugal. Au delà de ces monts, une arête aiguë, dite « l'Échine de Chien », s’avance dans la péninsule terminale, entre les deux mers de l'occident et du sud, et va rejoindre les rochers de Saint-Vincent et de Sagres, jadis « sacré », d’où le nom qu’il porte encore".
Pour les anciens, le promontoire Sacré était « l'éperon du navire d’Europe ». D’après les récits antiques, ceux qui allaient voir, du haut de ce cap, le soleil se coucher dans la mer, le voyaient cent fois plus grand qu'il ne paraît ailleurs et pouvaient entendre le sifflement de l’astre immense s’éteignant dans les flots. Strabon se donne la peine de discuter et de combattre cette opinion populaire, bien conforme d’ailleurs à l’idée que les Grecs non cultivés se faisaient des bornes du monde : comme les caps occidentaux des pays des Callaïques et des Armoricains, le promontoi:e Sacré paraissait être la « Fin des Terres »; mais, au lieu de terminer le continent du côté des brumes et des frimas, il avait du moins l'avantage d’être tourné vers la lumière du Midi : « les dieux, dit Artémidore, venaient s'y reposer la nuit de leurs travaux et de leurs voyages à travers le monde. » A l’origine de l'histoire moderne, Henri le Navigateur, le célèbre Infant, y installa son
‘ Altitudes du Portugal au sud du Tage :
Serra de Säo Mamede. . . . 1,025 mèt. | Ataraya. . . . . . . . . , 908 mèt. » de Ossa. . . . . . . 649 » Beja (Campo de Beja). . . . 252 » Foya de Monchique , , . . 903 » Ourique (Campo de Ourique). 9222 »
école hydrographique, dirigée par Jacome de Majorque, et c’est de là qu'il épiait lui-mème le retour des expéditions envoyées à la recherche des îles et
D tt lt
à la reconnaissance des rivages lointains. Peu de localités ont, aux yeux de l'historien géographe, plus d'intérêt que cette pointe terminale du continent d'Europe. Les paisibles travaux auxquels on s’y est livré pendant tant d’an-
nées pour arriver à la connaissance du chemin direct des Indes, lui parais-