‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 56 sur 545 · LES · texte numérisé non relu

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lequel ils s'étaient établis avait le double avantage d’être parfaitement abrité contre toute attaque et de leur fournir amplement ce dont ils avaient besoin. Après avoir solidement assis leur puissance dans cette belle vallée de l'Eurotas, ils purent s'emparer facilement du littoral et de la malheureuse Hilos; puis, du haut des roches du Taygète, ils descendirent, à l'ouest, dans les plaines de la Messénie. Cette partie de la Grèce formait également un bassin naturel, bien distinct et protégé par de hauts remparts de montagnes ; aussi les Messéniens, frères des Spartiates par le sang et leurs égaux par le courage, résistèrent-ils pendant des siècles. Ils succombèrent enfin, tout Le midi de la Péninsule cbéit à Sparte, et celle-ci put songer à dominer la Grèce. Alors la région du Péloponèse, toute désignée d'avance pour servir de champ de bataille entre les peuples en lutte, la « salle de danse de Mars », fut le plateau ceint de montagnes qui se trouve sur le chemin de Lacédén'one à Corinthe et où s’élevaient les cités de Tégée et de Mantinée.

Par un contraste géographique remarquable, cette île de Pélops, aux rivages sinueux, offre, comparée à PAttique, un caractère essentiellement conlinental, qui s’est reflété dans l’histoire de ses populations : aux temps antiques, les Péloponésiens furent beaucoup plus montagnards que marins; sauf à Corinthe, où viennent presque s’effleurer les deux mers, et sur quelques points isolés du littoral, notamment dans lArgolide, qui est une autre Attique, les populations n'étaient nulle part ineitées au commerce marilime; dans leurs hautes vallées de montagnes ou dans leurs bassins fluviaux fermés, elles devaient demander toutes leurs ressources à l'industrie pastorale el à l'agriculture. L'Arcadie, qui occupe la partie centrale de la Péninsule, n'était habitée que de pâtres et de Taboureurs, et son nom, qui signifia d'abord «Pays des Ours », est resté celui des contrées champêtres par excellence ; on l'applique encore à tou: Es pays de bosquets et de pâturages, De mème, les habitants de la Laconie, séparés de la mer par des massifs de rochers qui étranglent à son issue la vallée de PEurotas, gardèrent longtemps leurs mœurs de guerriers et d'agriculteurs, et s’'accoutumèrent difficilement aux hasards de la mer. « Lorsque les Spartiates, dit Edgar Quinet, plaçgaient l'Eurotas et le Taygète à la tête de leurs héros, c'était à bon escient qu'ils reconnaissaient ainsi un même caractère dans la nature de la vallée et dans la destinée du peuple qui occupait ».

Aux âges les plus anciens auxquels remonte la tradition, les Phéniciens avaient d'importants comptoirs sur les côtes du Péloponèse. Is s'étaient installés à Nauplie, dans le golfe d'Argoss; à Kranæ, devenu aujourd'hui le port de Marathonist ou Gythium, en Laconie; ils achetaient les coquillages qui leur servaient à tendre la pourpre. Les Grecs eux-mêmes avaient quelques

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Dessin de À. de Curzon d'aprés nature.

LE TAYGETE.,

HISTOIRE DU PÉLOPONEÈSE. 95

ports assez actifs, tels que la « sablonneuse Pylos », cité du vieux Nestor, remplacée de nos jours, de l'autre côté du golfe, par la ville de Navarin. Plus tard, lorsque la Grèce devint le centre du commerce de la Méditerranée, Corinthe, si bien située à l'entrée du Péloponèse, entre les deux mers, prit le premier rang parmi les cités grecques, non par son importance politique, son amour de l'art ou son zèle pour la liberté, mais par la richesse de ses habitants et Le chiffre de sa population ; elle eut, dit-on, jusqu'à trois cent mille personnes dans ses murs. Mème après avoir été rasée par les Romains, elle reprit son importance ; mais depuis, sa position exposée la fit avager tant de fois qu’elle cessa d’avoir le moindre commerce, Ge n’était qu'une misérable bourgade, lorsqu'un tremblement de terre la renversa en 1858. Elle a été reconstruite à sept kilomètres de distance au bord même du golfe auquel elle a donné son nom, mais il est douteux qu’elle reprenne son ang de cité, tant qu'on n'aura pas creusé de canal entre les deux mers. Les chemins de Marseille et de Trieste à Smyrne et à Constantinople se réuniront alors au détroit de Corinthe, et le mouvement des navires égalera peutêtre dans ce passage celui que l'on voit en divers canaux semblables, naturels ou creusés de mains d'hommes, le Sund, le Bosphore, et le canal de Suez. En attendant le percement, que des industriels nous promettent pour un avenir prochain, Pisthme est presque désert; il ne sert qu'au passage des voyageurs et des colis débarqués par les vapeurs autrichiens dans les

deux petits ports des rives opposées. Les anciens, qui n'avaient pu réaliser

leurs projets de jonction entre le golfe de Corinthe et eelui d'Égine, et qui,

d’ailleurs, avant la tentative de Néron, craignaient d'entreprendre cette œuvre, dans la pensée que l’une des deux mers était plus haute et submergeait la rive opposée, avaient eu du moins l’ingénieuse idée de faciliter le trafie au moyen de mécanismes qui faisaient rouler les petits navires de Pune à l’autre plage : c'était un @ portage » perfectionné !.

Après l’époque des Croisades, lorsque la puissante république de Venise se fut rendue maitresse du littoral de la Morée, elle attira naturellement la population vers les côtes, et celles-ci se trouvèrent bientôt bordées de coloniescommereantes, Arkadia, l'ile Prodano, la Protée des Grecs, Navarin, Modon, Coron, Kalamata, Malvoisie, Nauplie d'Argolide. Ainsi, grâce à lappel des commerçants vénitiens, le Péloponèse, devenu pays d'exportation et de trafic, perdit graduellement le caractère continental que lui donnaient ses plateaux et ses remparts de montagnes, pour reprendre le rôle maritime qu'il avait eu partiellement à l'époque des Phénieiens. Le régime des Tures,

1 Moindre largeur de l'isthme, . . . à,940 mètres, Moindre hauteur... , , . . . . 40 — (76 mètres à la partie la plus étroite)

l'appauvrissement du sol et les guerres civiles qui en furent les conséquences, forcèrent de nouveau les populations à rompre leurs relations commerciales avee l'extérieur et à se renfermer dans leur île comme dans une prison. Alors le principal groupe d'habitants S'établit précisément au centre de la Péninsule, dans la ville de Tripolis ou Tripolitza, ainsi nommée, dit-on, parce qu'elle est lhéritière des trois cités antiques de Mantinée, Tégée et Pallantium. Depuis la reconquête de l'autonomie hellénique, la vie Ses encore une fois, comme par une sorte de rhythme, reportée vers le pourtour du Péloponèse, De nos jours, la ville qui prime de beaucoup toutes les autres en importance est celle de Patras, située loin de l'entrée du golfe de Corinthe et au débouché des plaines les plus fertiles et les mieux cultivées de la côte occidentale. En prévision de la grandeur future que lui promet son trafie, déjà fort considérable, avee PAngleterre et les autres pays d'Europe, on a tracé les quartiers de la nouvelle ville comme si elle devait un jour devenir légale de Trieste où de Smyrne.

En comparaison de cet emporium du Péloponèse, les autres villes de Ta Péninsule, même celles qui avaient le plus d'activité à l'époque vénitienne, ne sont que des marchés tout à fait secondaires, Ægium ou Vostitza, au bord du golte de Corinthe, est une Simple escale, moins célèbre par son commerce que par son admirable platane de plus de 15 mètres de circonférence, dont le tronc creux servait naguère de prison. Pyrgos, près de FAlphée, n'a point de port, Dans la belle rade de Navarin, défendue contre les flots et Les vents du large par le long ilot rocheux de Sphactérie, les carcasses des vaisseaux Lures coulés à fond dans le combat de 128 sont toujours plus nombreuses que Les navires de commerce flottant sur les eaux du port. Modon, Coron, sont également déchues, Kalamata, débouché des vallées fertiles de Ta Messénie, n'a qu'une mauvaise rade, où les embareations ne peuvent mouiller en tout temps. La célèbre Malvoisie, aujourd'hui Monemvasia, n'est plus qu'une forteresse à demi ruinée, et les vignobles des environs, qui produisaient le vin exquis dont le nom est appliqué maintenant à d'autres crus, ont depuis longtemps cessé d'exister, Enfin, Nauplie, qui se rappelle les courtes années pendant lesquelles elle servit de capitale au royaume naissant, à l'avantage de posséder un bon port bien abrité; mais ses murailles, ses bastions et ses forts en fontune place plus militaire que commerciale,

Les cités de l'intérieur, quelle que soit la gloire attachée à leurs noms, ne sont pour la plupart que de grosses bourgades, La plus célèbre de toutes, Sparte ou @ l'Éparse », ainsi nommée de ses groupes de maisons dispersées dans la plaine et n'ayant jadis pour toute muraille que la vaillance de ses

citoyens, promet de devenir une des villes les plus prospères de intérieur

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