‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 6 sur 545 · LIMITES · texte numérisé non relu

LIMITES

Dès leurs premières expéditions de guerre ou de commerce, les habitants des rivages orientaux de la Méditerranée devaient apprendre à distinguer les rois continents qui viennent s’y rencontrer, Dans cette région centrale de l'ancien monde, l'Afrique tient à peine à l'Asie par un étroit ligament de sables arides, et l'Europe est séparée de l'Asie Mineure par une série contiue de mers et de détroits aux courants dangereux. La division de la terre connue en trois parties distinctes s’imposait done à l'esprit des peuples enfants, et lorsque, en pleine virilité de la race hellénique, l'histoire écrite vint remplacer les mythes et les traditions orales, le nom de l’Europe était probablement déjà transmis par une longue suite de générations, Hérodote avoue naivement que nul mortel ne saurait espérer d'en connaître Jamais la vraie signification, Les savants modernes ont pourlant essayé d'interpréter ce nom légué par les aïeux. Les uns y voient une ancienne désignation qui se serait appliquée d'abord à la Thrace aux @ larges plaines », et qui serait ensuite devenue celle de l'Europe entière; les autres le dérivent d’un surnom de Zeus aux « larges veux », l'antique dieu solaire chargé de la protection du continent, Quelques étymologistes pensent que l'Europe fut ainsi désignée par les Phéniciens comme le pays des « Hommes blanes ». Il semble plus probable toutefois que le nom d'Europe avait primitivement le sens de «couchant », Par contraste avec l'Asie, où pays du soleil levant,

C'est ainsi que l'Italie, puis l'Espagne, s'appelèrent Hespérie, que PAfrique

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occidentale reçut des Musulmans le nom de Maghreb, et que, de nos jours, les plaines d'outre-Mississippi sont devenues le « Far West ».

Quel que soit d’ailleurs le sens primitif de son nom, l'Europe est, d'après tous les mythes anciens, une fille de l'Asie, Ce sont les navires de la Phénicie qui les premiers ont exploré les rivages européens, et, par les échanges, en ont mis les populations en rapport avec celles du monde oriental, Lorsque la fille eut dépassé la mère en civilisation et que les voyageurs hellènes se furent mis à continuer les découvertes des marins de Tyr, toutes les terres reconnues au nord de la Méditerranée furent considérées comme une dépendance de l’Europe. Cette partie du monde, qui d’abord ne comprenait probablement que la grande péninsule thraco-hellénique, s'agrandit graduellement pour embrasser l'Italie, l'Hispanie, les Gaules et toutes les régions hyperboréennes situées au delà des Alpes et du Danube, Pour Strabon, l'Europe, déjà connue dans sa partie la plus accidentée et la plus « vivante », était limitée à lorient par les Palus Méotides et le cours du Tanaïs.

Depuis cette époque, les limites tracées par les géograplies modernes entre l'Europe et l'Asie ont été reportées plus à l'est. D'ailleurs, on le

comprend, ces divisions doivent toutes avoir quelque chose de conventionnel, puisque l'Europe, limitée de tous les autres côtés par les eaux marines, se rattache au territoire de l'Asie du côté de l'Orient. Par ses frontières de la Sibérie et du Caucase, l'Europe n’est en réalité qu’une simple péninsule du continent asiatique. Toutefois le contraste entre les deux parties du monde est trop considérable pour que la science cesse de partager l'Europe et l'Asie en deux masses continentales, Mais où se trouve la vraie ligne de séparation? D'ordinaire, les cartographes s’en tiennent aux limites administratives qu’il plaît au gouvernement russe de tracer entre ses immenses possessions européennes et asiatiques : é’est dire qu'ils se conforment à des caprices. D'autres prennent les arêtes du Caucase et des monts Ourals pour frontière commune des deux continents; mais cette division, qui semble plus raisonnable au premier abord, n’en est pas moins absurde: les deux versants d’une chaîne de montagnes ne sauraient être désignés comme appartenant à une formation distincte, et, le plus souvent, ils sont habités par des populations de mème origine. La véritable zone de séparation entre l’Europe et l'Asie n'est point constituée par des systèmes de montagnes, mais, au contraire, par une série de dépressions, jadis remplies en entier par le bras de mer qui rejoignait la Méditerranée à l'océan Glacial, Au nord du Caucase, les steppes du Manyteh, qui séparent la mer Noire de la Caspienne, sont encore particllement couverts de lacs salins; la Caspienne elle-même, ainsi que lAral

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LIMITES DE L'EUROPE, 11 el les autres lacs épars dans la direction du golfe d’Obi, sont des restes de l’ancienne mer, et les espaces intermédiaires portent encore les traces des eaux qui les inondaient jadis.

Sans parler des changements qui ont dà S’opérer dans la configuration

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