CONFIGURATION GÉNÉRALE DE LA TURQUIE
pays toute histoire propre et toute action eivilisatrice, Par suite de l'ébranlement général qui depuis trois mille ans n'avait cessé d'entraîner les peuples de l'est à l'ouest, ces conquérants de race touranienne réussirent à prendre pied dans la péninsule de Thrace, I + à plus de cinq cents ans déjà qu'ils y sont campés, plus de quatre siècles qu'ils sont devenus les maîtres de la presqu'île entière, et pendant cette longue période la Rome orientale a été comme retranchée du reste de l'Europe. Les guerres ineessantes que la présence des mahométans a nécessairement amenées entre eux et le monde chrétien, le fatal avilissement des nations conquises où même réduites en esclavage, enfin le fatalisme insouciant des maîtres du pays, ont complétement arrêté le progrès normal de ces contrées, pourtant si favorisées de la nature. Mais le temps est venu pour cette partie si importante de l'Europe de reprendre son rôle dans l’économie générale de la Terre, Ainsi que Pa dit le plus grand poëte de notre siècle, «le monde penche à l'Orient ». De vastes régions de la presqu'île thraco-hellénique sont encore aussi peu connues que l'Afrique centrale, [y a quelques années à peine, le voyageur Kanitz constatait la non-existence de rivières, de collines et de montagnes fantastiques, dessinées au hasard par les cartographes près de Viddin, dans le voisinage immédiat du Danube. Par contre, il signalait dans les divers districts de la Bulgarie centrale de trois à quatre fois plus de villages que n'en indiquaient jusqu'alors les cartes les plus détaillées. Un autre savant, le Français Lejean, reconnaissait qu'un prétendu délilé passant à travers l'épaisseur des Balkhans est un simple mythe. Depuis, des géodésiens russes, chargés de continuer la mesure d’un are de méridien à travers toute la Péninsule, trouvaient que la ville fréquemment visitée de Sofia est située à près d'une Journée de marche de l'endroit qui lui était assigné par les meilleures cartes, De même, leurs mesures établissaient pour tout l’ensemble de la chaîne des Balkhans une situation plus septentrionale qu'on ne l'admettait jusqu'ici. Combien d'erreurs aussi graves ne faudra-t-il pas rectifier dans les montagnes du Pinde et sur les plateaux de PAlbanie, où jusqu’à maintenant un si petit nombre d'hommes de science se sont hasardés? Et si le travail préliminaire de simple découverte n'est pas achevé, à plus forte raison l'exploration intime de la contrée, dans tous ses détails topographiques et dans ses ressources cachées, est-elle encore incomplète Toutefois, grâce aux voyages et aux études de plusieurs savants, j2mi lesquels il faut citer principalement Palma, Vaudoncourt, Lapie, Boué, Viquesnel, Lejean, Kanitz, Barth, Hochstetter, Abdullah-Bey, ie sol de la Turquie est déja connu dans tous les grands traits de son relief et de sa constitution géologique. C'était À une œuvre difficile, car les massifs et les
chaines de la Péninsule ne constituent point de système régulier : il ne s'y trouve point de rangée centrale dont les branches se ramilient alternativement à droite et à gauche et s’abaissent par degrés dans les plaines. Au contraire, le centre même de la Turquie est loin d’en être la région la plus élevée, et les plus hauts sommets se groupent d’une manière fort inégale dans les diverses parties de la contrée, L'orientation des crêtes de montagnes ne varie pas moins : elles se dirigent vers tous les points de l'horizon. On peut dire seulement d'une façon générale que les chaînes de la Turquie occidentale se développent parallèlement aux rivages de la mer Adriatique et de la mer lonienne, tandis que dans la Turquie orientale les rangées de monts ont une direction perpendiculaire à la mer Noire et à l'Archipel. Par son relief de montagnes et sa pente générale, la Turquie semble, pour ainsi dire, tourner le dos au continent européen : ses plus hauts sommets, ses plus larges plateaux, ses forêts les plus inaccessibles se trouvent à l’ouest et au nord-ouest, comme pour léloigner des plages de l'Adriatique et des campagnes de la Hongrie; de même, toutes ses eaux, qui s’épanchent au nord, à l’est, au sud, finissent par se jeter dans la mer Noire où dans la mer Égée, en baignant des plages tournées du côté de l'Asie.
Le désordre extrême des chaînes et des massifs de montagnes à eu pour conséquence un désordre analogue dans la distribution des peuples de la Péninsule. Qu'ils vinssent de Asie Mineure par les détroits, où des plaines de la Seythie par la vallée du Danube, les divers groupes d’immigrants, hordes sauvages ou colonies paisibles, se trouvaient bientôt éparpillés dans les vallons fermés et dans les cirques sans issue. Les populations les plus différentes, embarrassées pour se guider dans ce labyrinthe de monts, se sont ainsi juxtaposées comme au hasard, et presque toujours sont entrées en conflit, Les unes, plus nombreuses, plus vaillantes dans la guerre ou plus industrieuses dans Ja paix, ont aceru peu à peu leur domaine aux dépens de leurs voisins; d’autres, au contraire, vaincues dans la lutte pour l'existence, ont perdu toute cohésion et se sont partagées en d'innombrables fractions qui s’ignorent mutuellement. Les peuples de la Hongrie, ce pays où s’entre-mélent en si grand nombre les races et les langues, sont relativement homogènes en comparaison de ceux de la Turquie : en certains districts, des communautés de huit ou dix races différentes vivent côte à côle dans un rayon de quelques lieues.
Néanmoins un tassement général ne pouvait manquer de s’'opérer dans ce chaos, et les relations pacifiques du commerce achèvent de plus en plus le travail d'assimilation entre les races. Actuellement, si lon ne Uent pas
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