LA CRÈTE ET LES ILES DE L'ARCHIPEL
La Crète, qui est, après Chypre, la plus vaste de toutes les îles de population grecque, est une dépendance naturelle de la péninsule hellénique. Les traités, qui disposent des peuples sans les consulter, ont fait de la Crète une île turque. Elle est grecque pourtant, non-seulement par le vœu de la grande majorité de sa population, mais aussi par le sol, le elimat, la position géographique. De toutes parts elle est entourée de mers profondes, si ce n'est au nord-ouest, où des bancs sous-marins la relient à Cythère et au Péloponèse.
Peu de contrées au monde ont été plus favorisées par la nature. Le climat en est doux, quoique souvent trop see en été, les terres en sont fertiles, malgré le manque d'eaux courantes sur les plateaux calcaires, les ports larges et bien abrités, les sites grandioses ou charmants. Par sa position transversale au débouché de Archipel, entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, la Crète semblerait devoir être le principal entrepôt du commerce qui se fait dans ces parages; ainsi qu'Aristote le remarquait déjà il y a plus de deux mille ans, on croirait cette île désignée d'avance pour devenir lintermédiaire général des échanges de la Méditerranée orientale, Tel était, en effet, il ya plus de trois mille ans, le rôle de cette île, d'après toutes les tradi-
tions grecques: alors la «@ thalassocratie », c’est-à-dire la domination des Le) *
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mers, lui appartenait : les Cyelades étaient les « îles de Minos », les colonies crétoises se répandaient en Sicile, les navires crétois abordaient à tous les rivages de la Méditerranée. Malheureusement la Crète était divisée en un trop grand nombre de petites cités jalouses pour qu'il lui fût possible de garder longtemps la prépondérance commerciale ; d’autres populations grecques, de race dorienne, s’en emparèrent, et les premiers habitants devinrent des clients et des mercenaires. Plus tard, île fut asservie par les Romains, et depuis cette époque elle n'a pu recouvrer son autonomie; Byzantins et Arabes, Vénitienset Tures l'ont successivement possédée, ravagée, appauvrie.
La forme très-allongée de l'île et l’arête de montagnes qui la domine de l'une à l’autre extrémité font comprendre pourquoi la Crète, dans ces temps antiques où la plupart des Grees bornaient la patrie aux murs de la cité, dut se diviser en une multitude de républiques distinctes, et comment tous les essais de confédération ou de « syncrétisme » tentés par les divers petits États durent misérablement échouer. Les habitants de l’île se trouvaient en réalité beaucoup plus séparés les uns des autres que s'ils avaient peuplé des ilots groupés en archipel. Les vallées du littoral sont presque toutes enfernées entre de hauts promontoires et n’ont d’issue facile que vers la mer. Grande ou petite, la cité qui occupait le centre de chaque vallée ne pouvait done communiquer avee ses voisines, si ce n'est par d’étroits sentiers, qu'une simple tour de défense suffisait à rendre inaccessibles. Une cité parvenaitelle à s'emparer, de vive force où par ruse, d’une ou de plusieurs vallées de la côte, les obstacles du sol lempêchaient d'étendre bien loin ses conquêtes, car sur tout le pourtour de l'île les contre-forts des monts dressent leurs escarpements entre les petites plaines et les vallons. Dans toute la Crète il n'existe qu'une seule campagne méritant véritablement le nom de plaine : c'est Ta Messara, le grenier de Pile, au sud du groupe central ; leropotamo, où Fleuve Saint, y roule toujours un peu d’eau, même en été,
La forme extérieure de la Crète répond d’une manière remarquable au relief de ses montagnes. Presque géométrique dans ses contours, le long rectangle de Pile se fait plus large ou s’amineit suivant la hauteur des sommets correspondants de la chaîne, Au centre de la Crète, à précisément où elle offre Ha plus grande largeur, s'élève le principal massif de l'île, que domine Pda (Psiloriti) où, suivant la mythologie des Hellènes, naquit autrefois Jupiter, Sa haute cime isolée et presque toujours neigeuse, qui rappelle la forme superbe de FEtna, ses puissants contre-forts, les vallées verdoyantes de sa base, lui donnent un aspect grandiose ; mais il était encore plus beau dans Pantiquité grecque, lorsque ses forêts lui méritaient encore le nom d'Ida ou « Boisé », Du sommet, on a toute Pile à ses pieds, et l'on voit se déve-