MONTAGNES DE LA CRÈTE
lopper, au nord, un immense horizon d'îles et de péninsules, des pointes du Taygèle aux montagnes de l'Asie Mineure; du eôté du sud, par-dessus la petite ile de Gaudo ou Gozzo, nue, dépourvue de ports, on ne distingue pas les rivages de la Gyrénaïque, à cause de leur faible élévation relative.
Le principal groupe des montagnes occidentales de l’île, qui dépasse en hauteur moyenne le massif de lIda, quoiqu'il lui cède probablement par ses pilons suprêmes, se dresse en escarpements beaucoup plus difficiles à gravir. Ge groupe est celui des monts Blancs ou Leuca-Ori, ainsi nommés, soil à cause des neiges de leurs cimes, soit plutôt à cause de leurs parois de calcaire blanchâtre; ils sont entièrement déboisés ; à peine quelque verdure se montre-t-elle au fond des vallées qui en descendent. On désigne aussi les monts Blanes sous le nom de monts des Sphakiotes, à cause des populations doriennes, restées pures de tout mélange, qui s'y sont cantonnées comme dans une citadelle, Peu de massifs sont en effet plus abrupts, mieux défendus par la nature contre toute attaque de dehors. Quelques-uns des villages sont accessibles seulement par les lits pierreux de torrents qui descendent en cascades; pendant les pluies, quand les ravins sont remplis par l'eau grondante, toute communication est interrompue : on dit alors que « la porte est fermée ». Tel est le défilé où € pharynx » (pharynghi) d'Hagio- Rouméli, sur le versant méridional des monts Blancs; quand les nuages menacent de s’écrouler en averses, on n'ose s'engager dans l’étroite gorge, de peur d’être surpris et emporté par le torrent, Pendant la guerre de lindépendance, les Tures essayèrent vainement de forcer cette porte de la grande citadelle des monts. Mais sur les hauteurs s'étendent des terrains assez unis, qui pourraient nourrir une population nombreuse s'ils n'étaient pas aussi froids. Ainsi les villages d’Askyfo, inhabitables en hiver, à eause de leur grande élévation, occupent une plaine qu'entoure de tous les côtés un rempart cireulaire de montagnes. Cette plaine fur jadis un lac, ainsi que le prouvent les anciennes berges, encore très-visibles çà et là, et les roches insulaires situées au milieu du bassin. Les six qui tombent dans le vaste entonnoir ont trouvé des katavothres (khonos), qui leur permettent maintenant de s’épancher directement dans la mer. Une des grandes sources jailit dans la gorge mème d'Hagio-Rouméli.
Les autres chaînes et massifs de l’île sont moins élevés et beaucoup moins âpres que les monts Blancs". Les plus remarquables sont les monts Lassiti et, plus à l’est encore, les monts Dicté ou Sitia, qui font, à l'extrémité orientale de l'île, une sorte de pendant au groupe des sommets sphakiotes ; mais
! Superf, de l'île, d'après Raulin, 7,800 kil, car. Monts Blanes, d'après Rauhin. . : 2,462 mèt. Ida ou Pailoriti, » 2,498 mèt. Lassiti. . : » . 2,100 »
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ils n'ont point défendu de la servitude les populations qui les habitent. On | remarque, sur le versant septentrional de ces montagnes, d'anciennes plages
dont les coquillages, en tout semblables à ecux des grèves actuelles, prou- | vent que l’île s’est exhaussée d'au moins 20 mètres pendant la période géo- | logique moderne. La rive du nord, des monts Blancs aux monts Dicté, est plus découpée que les côtes du sud; projetant au loin ses caps ou € acrotères », elle offre plus de golfes, de baies et d’abris sûrs. Aussi est-ce de ce
côlé que se sont bâties toutes les villes commerçantes : on peut dire que ce
rivage, tourné vers les eaux de la mer Égée, toute peuplée de navires, est le littoral vivant, en comparaison de la côte du Sud, relativement déserte et regardant vers les plages de l'Afrique, plus désertes encore. Toutes les villes
FE | de la rive septentrionale occupent l'emplacement d’antiques cités. Megalo- : Kastron, plus connue sous le nom de Candie, que l’on donne également à Ù | l'ile entière, est l'Heracleion des Grecs, le port de la fameuse Cnosse. Retimo, | à la base occidentale du mont Ida, à changé à peine son vieux nom de | Rhytimnos. Enfin, la Canée, dont les maisons toutes blanches se confondent He | presque avec les pentes arides des monts Blanes, est la Kydonie des Grees, || 4 célébre par ses forêts de cognassiers. C’est actuellement le chef-lieu de File 14 et la ville, sinon la plus populeuse, du moins la plus importante de la Crète, son grand entrepôt d'échanges". Elle essaye de compléter son outillage HE | commercial par un deuxième port, celui d'Azizirge, fondé à l'est de la Canée au bord de la Sude, havre naturel parfaitement abrité, qui promet 14 de devenir Fune des principales stations maritimes de la Méditerranée. Di | La Crète est certainement bien inférieure en population et en richesse à Ai: | ce qu'elle fut autrefois. Elle est loin de mériter le titre de «€ Crète aux Cent- Villes » que lui avait donné l'antiquité grecque; de tristes villages, construits avec les débris d’un seul mur, remplacent la plupart des antiques cités pour lesquelles on avait dû creuser d'immenses carrières comme le prétendu ph « labyrinthe » de Gortyne, au sud du mont Ida. En dépit de sa grande fertilité, la Crète ne fournit au commerce qu'une bien faible quantité de denrées agricoles; on ne reconnait point là cette île féconde où Cérès donna naissance à Plutus sur un lit de gerbes. Les paysans sont censés propriétaires BE: de leurs champs, mais ils ne sont point libres et cultivent paresseusement le AA sol. Leurs oliviers ne donnent plus qu’une huile amère, leurs vignes fournissent un bon vin, malgré le vigneron, mais elles ne produisent plus la délicieuse & malvoisie » des Vénitiens; le coton, le tabac, les fruits de toute espèce sont fort négligés par les agriculteurs; la seule conquête qu'ils aient
: * La Cane, . . 192,000 hab. Megalo-Kastron. . . 12,000 hab. Retimo. . . 9,000 hab. . Ke. Population de l'ile entière. . . . . . 210,000 hab.
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