‹ Nouvelle géographie universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 85 sur 545 · THASOS ET SAMOTHRACE · texte numérisé non relu

THASOS ET SAMOTHRACE

toute l'humidité qui lui est nécessaire. Les eaux courantes murmurent dans les vallons, de grands arbres ombragent les pentes; les villages situés sur les premiers renflements des montagnes sont à demi-cachés derrière des rideaux de eyprès et sous les branches des noyers et des oliviers; plas haut, de magnifiques platanes, des lauriers, qui sont des arbres de haute futaie, des charmes, des chènes verts groupés en désordre, remplissent les vallées qui rayonnent en tous sens vers le pourtour de l'île ; enfin les escarpements supérieurs sont recouverts d'une forêt de pins, d'espèces diverses, dont le sombre feuillage contraste avee le marbre éclatant des roches, Seuls les grands sommets, le Saint-Elie, lipsario, qui se dressent à mille mètres et davantage, sont dénudés à la cime; leurs parois de caleaire cristallin, de gneiss, de micaschiste, fréquemment lavés et polis par les pluies, brillent d'un éclat extraordinaire; on les voit fulgurer de reflets sous les rayons du soleil.

Samothrace, moins étendue que Thasos, est cependant beaucoup plus élevée, L'inévitable € Saint-Ælie » qui la domine est une superbe masse de trachyte formant à l'est de la mer Egée le pendant du mont Athos, qui trône à l'occident. Vue du nord où du sud, Pile de Samothrace, avec sa puissante arèle presque uniforme en hauteur, ressemble à un immense cercueil posé sur la mer; mais quand on la regarde de Pest ou de louest, son profil est celui d'une gigantesque pyramide se dressant hors des flots. C’est l-haut, nous dit Homère, que s’assit Poseidon, pour contempler les luttes des Grecs et des Troyens, par-dessus l'ile plus basse d'Imbros; c’est dans les forêts sauvages de la noire montagne, presque uniquement composées de chênes, que les Cabires célébraient leurs mystères empruntés aux cultes secrets de l'Asie, Un mont d'un aspect aussi grandiose ne pouvait manquer, en effet, d'être tout particulièrement vénéré dans le monde hellénique. Samothrace était pour les anciens Grecs ce que le mont Athos est devenu pour leurs descendants, e’était la «sainte Montagne ». Des quantités de débris, des inscriplions nombreuses témoignent encore de Pempressement avee lequel les voyageurs pieux y accouraient de toates parts. Mais depuis que les dieux paiens n’ont plus d’autels, Samothrace est devenue déserte, [ne s'y trouve plus qu'un village, dont les habitants, visités seulement en été par quelques pêcheurs d’éponges, vivent comme des prisonniers, ignorant ce qui se passe dans le monde. Les rivages absolument dépourvus de ports et le courant redoutable qui sépare Samothrace de Pile d'Imbros ont détourné Ja navigalion, et bien que les vallées soient très-fertiles, assez, disent les indigènes, « pour faire ressusciter les hommes à peine enterrés, » nul émiant du céitinent voisin ne se sent attiré vers cette terre abardonnée,

Imbros et Lemnos, séparées de Samothrace par des gouffres marins de mille mètres de profondeur, semblent continuer à louest la chaîne de la Chersonèse de Thrace, Imbros, la plus rapprochée du continent, est la plus haute des deux îles; néanmoins le € Kaint-Ælie » qui la couronne atteint à peine au tiers de la hauteur du pie de Samothrace, Nulle forêt ne recouvre ses pentes; ses plaines sont nues, rocailleuses: à peine la huitième partie du sol est-elle eultivable, Cependant la position d'Imbros sur le grand chemin des nations, près de l'entrée des Dardanelles, lui a toujours assuré une certaine importance, La plus forte partie de là population s'est groupée au nord-est de l'île dans la vallée d'un petit ruisseau, souvent à sec, auquel on a donné emphatiquement le nom de Megalos-Potameos où Grand-Æleuve.

Lemnos (Limno), la Sta-Limène des modernes, est la plus grande des îles de Thrace, mais aussi la plus basse et la plus nue : on y marche pendant des heures sans découvrir un seul arbre, Même l'olivier manque dans les ‘ampagnes, et les jardins des villages sont pauvres en arbres fruitiers : on est obligé de faire venir le bois de Thasos et du continent, Pourtant Lemnos est d'une grande fertilité : elle produit de l'orge et d'autres céréales en abondance, et les pâtis de ses collines nourrissent plus de quarante mille brebis. L'île se compose en réalité de plusieurs massifs isolés, de trois à quatre cents mètres de hauteur, qui furent des voleans et que séparent des plaines basses couvertes de scories et des golfes profondément entuillés dans les rivages. Au temps des anciens Grees, les foyers souterrains de Lemnos brûlaient encore; Vuleain, précipité du haut du ciel, forgeait avec ses cyelopes dans les cavernes des montagnes. Quelque temps avant notre ère, une colline, le mont Mosvehles, et le promontoire de Chrysé S'engouffrérent dans les eaux; peut-être lendroitoù s'élevaient ses hauteurs estil indiqué par de vastes plateaux sous-marins et des écueils, qui s'étendent à l'est de l'ile, dans la direction d'Imbros, Depuis la chute de Mossehles, Lenmmos n'a point eu à souffrir d'éruptions ni de tremblements de terre, et la population, relativement assez nombreuse, n'a eu rien à craindre que des hommes Les habitants sont Grecs en grande majorité, et les Tures, graduellementévineés par la race qu'ils ont conquise, mais qui leur est supérieure en intelligence een achvité, diminuent constummenten nombre, Le commerce, en enter dans les mains des Hellènes, à toujours pour centre principal Fantique Myina, connue aujourd'hui sous le nom de Kastro et située à l'ouest de Pile, eur un promontoire qui s'élève entre deux rades. Parmi les articles de counmerce de Lemnos se trouve une terre dite € sigillée », célèbre dans tout l'Orient et de toute antiquité comme médicament astringent. On va la recueillie au centre de File; mais elle n'est censée avoir de vertu que st on

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