‹ Nouvelle géographie universelle [microforme]Chapitre 17 sur 401 · JE · texte numérisé non relu

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être compter les Guaraunos (Warrau) du territoire anglais, campés dans les forêts des régions alluviales du nord-ouest et partiellement christianisés. Ne différant guère de ceux qui habitent le delta de l’Orénoque, ils vivent aussi sous des cabanes construites et entièrement meublées en bois, feuilles et fibres de palmier mauritia, et s’habillent, se 1ourrissent, s'abreuvent des produits de cet arbre. Bien différents de la plupart des autres Indiens, les Guaraunos ne se lavent jamais. Quand plu- Sieurs familles ont une dispute à régler, ils se donnent rendez-vous Sur un banc de sable. Tà, les hommes de tout âge se disposent sur deux XX. 6

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lignes opposées, armés de boueliers faits avec les nervures du mauritia, puis, s'excitant par les danses et les cris, se heurtent, se pressent de toutes leurs forces. Ceux qui renversent les autres ont gagné l'objet en litige‘. Toutes les femmes warrau ont, dit Richard Schomburgk, « une physionomie profondément mélancolique et infiniment douce ».

Le groupe des Caribes ou Caraïbes est représenté dans toutes les parties des Guyanes, et même en territoire britannique; quelques-unes de leurs tribus portent le nom générique de la famille. Une de leurs peuplades existe notamment à Warramuri, à l'ouest de la bouche de cuka, à côté d'un amas énorme de coquillages et autres débris de ewsine, témoignant d'un séjour de mangeurs, prolongé pendant plusieurs siècles, Everard im Thurn donne à ces indigènes le nom de « Vrais Caraïbes », dans la pensée qu'ils débarquèrent en cet endroit à leur arrivée des Antilles, patrie présumée de leur race : des légendes les disent en effet venus du nord, tandis que les Caraïbes eux-mêmes racontent être « descendus du ciel par un trou* ». Il paraît probable à la plupart des ! ethnologistes américains que les régions centrales du Brésil furent les M foyers des émigrations caraïbes, et, dans ce cas, les tribus de l’intérieur des Guyanes mériteraient mieux que celles du littoral le nom de « Vrais Caraïbes ». Les Galibi de la Guyane française, qui sont aussi de race À pure et qui portent la même appellation, différant à peine p* une plus !

grande mollesse de la prononciation, vivent depuis au moin x siècles et demi dans la zone du littoral à l’ouest de Cayenne : eu . 2,on 7}

comptait une vingtaine de leurs villages; maintenant on trouve de leurs # établissements sur le Sinnamari, sur l’Iracoubo, et principalement sur lh MR rive gauche du Maroni. Une autre tribu caraïbe, celle des Calina, reste d'une grande nation, s’est maintenue sur les bords du Suriname. Les # fameux Roucouyennes de l’intérieur, ainsi nommés par les créoles à cause BR du roucou dont ils se peignent le corps, mais se donnant à eux-mêmes | le nom de Ouayana, — peut-être reproduit dans le mot de Guyane, — # sont aussi des Caraïbes”, Les beaux Akawoiï (Waika) ou Kapohn des districts | montagneux que traverse le Mazaruni dans la Guyane anglaise, les Partamona du Potaro, les Arecuna redoutés, qui vivent dans les hautes ï vallées autour du Roraima, les Ouayeoué du haut Essequibo, les Taira de la Guyane française, enfin les Macusi des versants supérieurs du rio 8

Branco, appartiennent également à la souche caraïbe et parlent des BR

1 W. IL, Brett, ouvrage cité; — Everard F. im Thurn, mémoire cité, 2 Adolph Bastian, Ethnologische Forschungen.

5 Henri À. Coudreau, la France Équinoxiale.

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gues congénères, ou plutôt des dialectes d’un même langage. De même de le wapisiana dans les régions de partage entre l’Essequibo et le rio fanco, le galibi était devenu sur la côte une sorte de parler général ur toutes les tribus. Le vocabulaire français a reçu plusieurs mots Igalibi, tels que caïman, toucan, ptrogue, hamac".

En général, les Caraïbes guyanais sont moins beaux que les Arawak, Ftout si l'on prend chez ceux-ci les Atorai comme type de race. Les libi sont petits, grêles; une figure ronde et molle, manquant de barbe, àr donne un air féminin. Les Macusi ont le visage moins glabre, mais 48 ont les formes plus lourdes, la taille plus massive. Les Roucouyennes, mme la plupart des Indiens, paraissent plus grands qu’ils ne le sont, fce à la longueur et à la largeur du buste, qui contraste avec le faible fveloppement des membres. Ils semblent avoir un gros ventre par l’effet ês ceintures plusieurs fois enroulées dont ils s’enveloppent, par règle hygiène. Ils ont les doigts des mains très courts, et les pieds larges B plats. La paupière est légèrement oblique, comme chez les Chinois. s ont l'habitude de s’arracher les cils, « pour mieux voir », disent-ils; Mais il s’agit probablement d’une offrande au soleil”. Quelques tribus de alibi suivent aussi la mode wapisiana de se percer la lèvre inférieure ec un os ou une épingle, qu'ils remuent constamment avec la langue, de se gonfler les mollets par de larges jarretières fortement serrées i-dessous du genou.

La troisième famille ethnique des Guyanes est celle des Tupi, la Ation brésilienne par excellence, représentée par des centaines de ibus entre le Maroni et le rio de la Plata. Les deux principales tribus pi du territoire guyanais sont les Oyampi des Tumuc-Humac, sur Je haut yapok, et les Émerillons, qui vivent plus à l’ouest, entre l’Approuague et s affluents du Maroni. Grands agriculteurs, ils fournissent de manioc s chercheurs d’or et commencent à se créoliser par le costume et le gage”. Mais parmi les tribus de ces régions de l’intérieur il en est ncore plusieurs dont on ne connaît pas la langue et qu’on ne sait jicore rattacher à aucune souche ethnique. Tels sont les Oyaricoulets hi habiteraient dans la vallée de l'Itani, un des sous-affluents du Maroni l’Aoua. D'après la légende, — car aucun voyageur ne les a décrits be par oui-dire, — ils auraient la peau blanche, les yeux bleus et la trbe blonde : on n'était pas éloigné d’y voir des blancs résolus à se M jules Crevaux, Voyage d'exploration dans l'intérieur des Guyanes.

A Élie Reclus, Notes manuscrites.

4 Henri A. Coudreau, Chez nos Indiens et Notes manuscrites.

tenir à l'écart de leurs frères venus d'Europe; toutefois les Roucouyenne dirent à Coudreau que ces Indiens sont « comme les autres ». Dans |

Guyane anglaise vivraient aussi les fabuleux Didi, gens velus que tous le!

autres Indiens redoutent sans les avoir jamais vus. D'ailleurs, quand | sauvage a peur d’apercevoir un être redouté, ou même un rocher à form bizarre, qu'il croit être un démon ennemi, il se frotte les yeux de poivre: cessant de voir, il s’imagine qu’on ne le voit plus".

Quelles que soient les familles ethniques auxquelles ils appartiennent, les Indiens guyanais se ressemblent beaucoup par les mœurs : s’il s'agissai de classer les tribus d’après le genre de vie, maintes peuplades difléran par l'idiome se trouveraient juxtaposées : ainsi, pour la couvade, les Galil; prendraient place à côté des Wapisiana, des Oyampi, des Émerillon L'analogie du milieu et des conditions économ*: es a rapproché les popu: lations. En aucun groupe l'autorité ne s’est ec. stituée solidement sur | modèle apporté par les colons d'Europe. Que tel ou tel personnage port un titre quelconque plus ou moins honorifique, il n’est point un vér:

table « chef » pour cela; ses qualités personnelles peuvent lui assura!

une grande influence, mais il ne s’ingère point à donner des ordres Chaque individu reste complètement libre de ses mouvements et de « actes. Les enfants mêmes sont respectés; jamais on ne les punit : «(h

ne bat que les chiens », dit un proverbe macusi. Cependant les épreuvx# de la puberté étaient jadis terribles : ainsi la mère fustigeait ses fillan pendant le sommeil du père et des frères, et malheur à elles si leurs en

réveillaient les dormeurs*! Chez les Roucouyennes, la fête de l’initiatin

consiste à soumettre les garçons et les jeunes filles à la piqûre des gutpxw

et des fourmis : les malheureux défaillent de douleur, mais ils ne pou sent pas une plainte’.

Quant aux médecins-sorciers, les piai (puyai, peartzan, peai-man, désignés par les Espagnols et les Brésiliens sous le nom de piaché et à « pagets », ils doivent à leur science curative et divinatrice une autorit morale plus grande que celle des chefs, mais eux non plus ne se] mettraient pas de commander. Peut-être la vénération témoignée a

pagets tenait-elle jadis pour une bonne part à la difficulté des examen

qu'ils étaient obligés de subir avant d’être reconnus dignes par leur

confrères d'entrer dans la docte corporation‘, Plus d’un candidat succom

1 C. Barrington Brown ; — Everard F, im Thurn, ouvrages cités.

& Richard Schomburgk, ouvrage cité,

5 Henri A. Coudreau, Société de Géographie, séance du 15 juin 1891. 4 Jules Crevaux, ouvrage cité,

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