FLORE, FAUNE, HABITANTS DU RIO GRANDE DO SUL
L'exploration des tambaqui du littoral a révélé l'existence préhistorique d'indigènes ayant un type analogue à celui des Aimores ou Botocudos, mais avee un caractère presque bestial, Un crâne découvert près de la côte océanique, au sud-est de Porto Alegre, a les sourcils proéminents, la mächoire inférieure très avancée : l'ensemble de la physionomie devait avoir une expression féroce', La population que trouvèrent les conquérants était en entier d'origine guarani et se composait de tribus nombreuses, Carij6, Patos, Minuanos, Tapes, Charruas, ayant pour la plupart laissé leurs noms à montagnes, lacs ou autres traits de la contrée, Mais la race pure a presque disparu, et le sang des Indiens ne coule guère que dans les veines de la population blanche métissée. Au plus un millier d'indigènes, désignés par l'appellation banale de Coroados ou de Bugres, vivent encore au nord de l'État, autour de la colonie militaire de Caseros, Ce sont de prétendus « chrétiens » n'ayant plus aucun souvenir de leurs aïeux et vivant à la mode des gauchos. La race africaine, qui au temps de l'esclavage était maintenue par les institutions ou les mœurs en dehors des autres habitants, se résorbe à son tour. On comptait alors environ cent mille noirs dans la province de Rio Grande; de nos jours la statistique en donnerait un nombre beaucoup moins considérable.
De même, les autres éléments ethniques se fondent graduellement dans la population portugaise rio-grandense. Les Allemands, — ainsi désignés comme formant une nation distincte, — constituèrent la sixième ou la septième partie des habitants; actuellement ils s’élèveraient lout au plus au huitième, et seulement au dixième si on considère comme appartenant à la race ceux qui parlent habituellement la langue des aïeux, mais ils possèdent le quart de la fortune publique et la moitié de l’industrie locale. Ceux qui présentent la plus forte cohésion, les colons de la serra da Costa, — c’est-à-dire l’ensemble des terrains montagneux, — progressent le moins à tous points de vue : ils n'ont pas encore appris à parler le portugais, gardent leurs anciennes pratique: agricoles et s'habillent à la vieille mode, tandis que leurs fils domiciliés dans les villes se distinguent par la connaissance des langues, l'initiative et l'esprit industriel : presque toutes les usines et les maisons d'exportation sont entre leurs mains. Quant aux immigrants italiens, portugais, gallegos, qui sont arrivés dans ces dernières années, dix fois plus nombreux que les Allemands et constituant le gros de la population étrangère, ils sont,
1 $, Cârlos von Koseritz, Nature, 21 Aug. 1884.
grâce à leurs mœurs et à leur parler latin, bien plus rapidement entrainés dans le torrent de la circulation nationale’. La proximité de l'Argentine se révèle au Rio Grande do Sul dans les
N° 06, —= COLONIES ALLEMANDES DU URÉSIL MÉRIDIONAI,
co ce se tal Profbnaeurs di CAT reg TS OS Trobres OT eateblé les 1: 5000000 de RU PR ci lit travaux et le caractère des habitants. L'industrie de la « viande » prévaut dans le Rio Grande do Sul comme dans l’Uruguay et les pampas. D'im- T: menses troupeaux parcourent les pâturages et les grands établissements V1 Ca au
{ Nombre des immigrants dans le Rio Grande do Sul, en 1890 : 12 034. ; Ù » 1891 : 24595. Nc
entraînés
dans les
» prévaut as. D'imissements
RIO-GRANDENSES, PORTO ALEGRE, u7
urbains sont des abattoirs, Le type caractéristique du campagnard riograndense ressemble à celui du gaucho argentin : c'est aussi un cavalier infatigable, un homme de force et d'adresse peu communes, prompt à l'aventure, audacieux et rusé, et ne se laissant point émouvoir par la vue du sang. Dans les guerres du Brésil, civiles ou étrangères, la cavalerie rio-grandense prit une part décisive dans les batailles,
La capitale actuelle du Rio Grande do Sul, Porto Alegre, est située au vrai centre géographique de la contrée, à l'endroit où le Jacuhy, réuni à tous ses affluents, s'élargit soudain pour former l'estuaire de Guahyba : les routes de terre et les voies de la navigation maritime viennent s'y rencontrer, Elle oceupe sur la rive orientale de l'estuaire un promontoire piltoresque situé immédiatement à l'aval de tout un archipel d'îles boisées, et projette au nord et au sud entre les jardins ses élégants faubourgs : un de ces quartiers extérieurs, à l'extrémité septentrionale, a pour habitants les marins ou navegantes. Le sol sur lequel on a construit la ville est assez ondulé pour que les édifices s'élèvent en amphithéâtre, et vers l'est des collines boisées, parsemées de maisonnettes, donnent une physio-
nomie riante à l'ensemble du paysage. Porto Alegre n'a pas une antique origine : quelques familles açoriennes établies dans la contrée y possédaient en 1742 une escale de bateaux : ce fut le commencement d’un village qui, en 1775, prit le nom de Porto Alegre. Sa prospérité ne date que de l’époque où les colonies allemandes de la serra da Costa en firent un entrepôt de denrées agricoles; devenue maintenant cité d'industrie, elle possède des fabriques de cigares, des brasseries, des chantiers de construction. Le gouvernement brésilien y a placé une école militaire, centre stratégique des États méridionaux. Au point de vue littéraire et scientifique, Porto Alegre peut être considérée comme une sorte de capilale, grâce à ses écoles, à ses collèges, à ses journaux. À une petite distance vers l’ouest, près de la rive méridionale du Jacuhy, se trouvent les mines houillères de Säo Jeronymo, qui fournissent environ 2000 tonnes de combustible par an; elles se trouvent sur le parcours d’une bande carhonifère qui se prolonge du nord-est au sud-ouest, parallèlement au littoral, des gisements de Tubaräo à ceux de Jaguaräo.
la voie commerciale naturelle du fleuve, complétée en amont de Taquary par un chemin de fer qui pénètre à l'ouest dans le bassin de l'Ibicuy Grande en traversant les villes industrielles de Rio Pardo et de Cachoeira, lui apporte les denrées des campagnes occidentales, et une autre voie ferrée, poussant dans la direction du nord, à Säo Leopoldo et Nova Hamburgo (Hamburger Berg), relie les colonies allemandes à leur