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MORNES ET FLEUVES DU MATTO GROSSO

déjà gonflé de nombreux affluents, traverse la plaine dans laquelle se trouve la ville de Matto Grosso, à deux cent cinquante kilomètres des sources. À cent dix kilomètres plus bas, un pont traverse le courant. C'est le dernier que l’on trouve : au delà, les eaux libres ont cinq mille kilomètres à parcourir avant d'atteindre l'Océan. La navigation est encore difficile dans ces hauts de la rivière : le lit s’encombre de troncs d'arbres, et même, pendant la saison sèche, des bancs de sable, au-dessous desquels l’eau suinte lentement, arrètent les embarcations; il faut s'ouvrir un chemin en creusant des rigoles temporaires",

Le Paraguay, dont le nom traduit tel qu'il se prononce actuellement a le sens de « rivière des Perroquets », mais dans lequel il faut voir probablement, avec Bonpland, la « rivière des Indiens Payaguä », est l’une des plus remarquables de la Terre comme voie de navigation. Peu de cours d'eau ont une plus faible pente proportionnellement à leur longueur. D'après Francis de Castelnau, il naîtrait à l'altitude de 305 mètres; cette mesure, il faut le dire, est certainement trop faible, d’après le témoignage unanime des voyageurs qui, depuis, ont parcouru la contrée : on le voit couler dans sa partie supérieure comme un véritable gave, et tomber en cascades; une de ses chutes, qu'on aperçoit à travers un feuillage épais, forme une succession de gradins, d'environ 12 mètres de hauteur totale, qui ressemblent à un « escalier de Neptune » comme ceux des parcs”. Mais, en laissant de côté les affluents supérieurs du fleuve, dans la partie de leur cours que dominent montagnes et collines, Leverger constate qu'à l’endroit où les eaux calmées commencent à serpenter lentement vers la mer, le niveau des campagnes ne s'élève qu’à 200 mètres. À partir d’un point situé à 4000 kilomètres de la mer, la déclivité est seulement de ÿ centimètres par kilomètre. Aussi les bateaux à vapeur d'un faible tirant d'eau peuvent-ils, sans rompre charge, remonter en plein Brésil, bien au nord des deux républiques de l'Argentine et du Paraguay, jusqu'à la base du plateau, dans la rivière majeure et ses affluents, Jaurü, Sepotuba, Cuyabä, Sûo Lourenço, Taquary. Aucun obstacle, sauf ceux que la politique inventa pour la « protection des frontières » et la « défense du travail national », ne s'opposait, dès les temps de la découverte, au libre peuplement de la contrée.

Un autre phénomène remarquable du Paraguay est l'entremèlement des sources maîtresses avec celles des affluents amazoniens. Le Jaurü, qui

4 Joäo Severiano da Fonseca, Viagem ao redor do Brazil. # Hercule Florence, Esbogo do Viagem.…, trad. par À, de Taunay, Revista do Instituto, 1875.

servit autrefois de ligne divisoire entre les possessions espagnoles et les colonies portugaises, se rapproche assez du Guaporé pour qu'il fût facile de rejeter, par un canal, les eaux de la rivière occidentale dans un affluent du Jaurû. Un autre tributaire du même cours d'eau, l'Aguapehy, n'est séparé de la rivière Alegre, qui descend vers la ville de Matto Grosso, que par un isthme étroit et d’un faible relief, n'ayant, d'après Leverger, que 2400 « brasses », soit 5280 mètres. Dès l’année 1772, un capitaine

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